Ormuz, l’ego et l’absence de diplomatie
Un superpétrolier touché dans le détroit d’Ormuz, un navire saoudien en feu en mer Rouge, des drones américains sur Larak, des missiles iraniens : le théâtre du Golfe s’est rallumé.
L’explication militaire ne suffit pas. Chez Jacques Baud, le nœud est politique et psychologique.Washington ne sait pas arrêter ce qu’il a commencé.
L’Iran reste, depuis 1979, une plaie dans l’imaginaire américain. Trump, qui a reconnu avoir été entraîné dans la guerre, ne peut plus dire : « on m’a piégé, j’arrête. » Il doit démontrer que l’affaire valait la peine.
Paraître faible face à Téhéran, c’est aussi, dans cette lecture, paraître faible face à Moscou. D’où la reprise des tirs après une pause, et l’hypothèse d’un conflit qui survit aux midterms.
Le récit d’un Iran à genoux est, pour Baud, un effet d’optique.
Un trafic d’Ormuz soi disant « en hausse de 400 % » reste une fraction de ce qu’il était. Les mines, si elles sont bien là, disent le contraire du communiqué : le détroit n’est pas sous contrôle américain. Téhéran a intérêt à le faire savoir
La diplomatie, elle, est absente. Un mémorandum signé à la hâte n’est pas une négociation. Trump peut le jeter : c’est cohérent avec sa méthode — pression, sanctions, canonnière — qui a remplacé le droit par des « règles » définies par le plus fort.
Les alliés obeissent . La Chine refuse. Le reste du monde en tire la leçon.
Le pacte de défense saoudo-turco-pakistanais est un réflexe de voisinage : se protéger entre soi quand le gendarme du Golfe fait la guerre et le blocus à la fois.
Sans table de negociation réelle et sans issue honorable pour l’ego présidentiel, les pétroliers continueront de brûler..
Chaîne Dialogue Works, 31 août 2026
Entretien Nima / colonel Jacques Baud.
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L’émission part de faits d’actualité présentés par l’animateur : frappe américaine de drones sur l’île de Larak, dans le détroit d’Ormuz, au motif que l’Iran minerait le passage — alors que Trump affirmait depuis plusieurs jours que les mines avaient été balayées.
L’Iran aurait répliqué par une douzaine de missiles vers la Jordanie, avec des r missiles de croisière contre des navires américains. Un superpétrolier aurait heurté deux mines dans le détroit. Un navire saoudien brûlerait en mer Rouge après une frappe yéménite.
L’hôte y voit un retour de la guerre, lié aux midterms américaines et à l’échec annoncé d’un retour des diplomates.
Baud recentre d’abord sur la psychologie. L’Iran, dit-il, reste une affaire émotionnelle aux États-Unis depuis 1979 et la crise des otages, malgré les accords d’Alger de 1981.
Il est plus facile de commencer une guerre que de l’arrêter.
Trump, « piégé » dans le conflit selon ses propres aveux, refuse de l’admettre : il doit prouver que l’entrée en guerre avait un sens.
Pete Hegseth est « pire » encore.
Ni l’un ni l’autre ne veut paraître faible. Cette faiblesse perçue face à Téhéran pèse, selon Baud, sur le rapport à Moscou : Washington croit que la Russie le respecte moins. Il écarte l’idée d’une attaque russe contre l’OTAN, mais note que c’est ainsi que la crise est lue aux États-Unis.
D’où l’impossibilité d’une séquence du type « on frappe, on déclare la victoire, on part ». Le conflit peut durer après les midterms.
Sur Ormuz, Baud récuse le récit d’un Iran « affaibli » parce que le trafic aurait « augmenté de 400 % » : ce niveau resterait sous 20 % du trafic d’avant-conflit. Les incidents de pétroliers serviraient à Téhéran à montrer qu’il contrôle encore le détroit.
Sur la diplomatie : l’Iran parlerait encore de négociation. Washington, non. Depuis 2025, pas de vraie table, point par point, pendant des jours ou des semaines.
Seulement la diplomatie de la canonnière, la « gunboat diplomacy » : si vous ne cédez pas, on frappe — Venezuela, Cuba, Palestine, Iran.
Witkoff et Rubio font des passages éclair. Le mémorandum d’entente (MOU) n’est pas un traité ; il a été signé vite, sans discussion de fond. Trump a dit ne plus s’en soucier.
Pour Baud, un MOU n’expire pas : c’est une parole donnée.
Le traité éventuel devait passer par le Conseil de sécurité pour s’ancrer dans le droit international, non dans un « ordre fondé sur des règles » que le plus fort définit.
Il élargit : l’Occident a perdu le crédit qu’il avait comme référence du droit.
Les sanctions remplacent la discussion, y compris envers alliés (Canada, Danemark) et au sein de l’UE.
Les États-Unis dictent la politique étrangère de leurs partenaires. La Chine peut dire non. Cela nourrit OCS, BRICS, etc.
Sur le pacte de La Mecque (Arabie saoudite–Turquie–Pakistan, réunion à Istanbul), Baud le range sous l’article 51 de la Charte de l’ONU (légitime défense collective), comme l’OTAN à l’origine — pas nécessairement un article 5 aussi automatique. C’est une tentative régionale de sécurité face à la pression (Yémen, Ormuz, blocus que Trump dit vouloir maintenir).
Fil conducteur : pas de sortie rapide. Ego américain, absence de négociation réelle, besoin iranien de montrer qu’Ormuz n’est pas « nettoyé »