Corruption: Démission de Ruslan Kravchenko : le procureur général ukrainien

Démission de Ruslan Kravchenko : le procureur général ukrainien quitte ses fonctions au cœur d’une affaire de corruption

Ruslan Kravchenko, procureur général de l’Ukraine depuis juin 2025, a annoncé lundi 7 septembre 2026 sa démission, quelques jours après des perquisitions menées par les autorités anticorruption dans les locaux de son administration.

Cette décision intervient dans le cadre de l’opération « Carthage », une enquête du Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) et du Bureau du procureur spécialisé anticorruption (SAPO) portant sur un réseau de protection de centres d’appels frauduleux.

Kravchenko n’est pas officiellement cité comme suspect et n’était pas personnellement visé par une enquête au moment de sa démission. Les enquêteurs accusent toutefois l’un de ses subordonnés, Serhiy Kropyva, adjoint au chef du département de la coopération juridique internationale du parquet général, d’avoir dirigé un groupe criminel.

Ce groupe aurait perçu régulièrement des pots-de-vin pour protéger des centres d’appels qui escroquaient des Ukrainiens et des étrangers, puis blanchi les millions ainsi obtenus (immobilier, bijoux et autres biens de valeur).

Dans un communiqué publié sur Telegram, Kravchenko a déclaré : « C’est une décision politique. Et je l’ai prise en conscience. Je ne veux pas que le poste de procureur général soit utilisé comme un instrument de confrontation politique. » Il a réaffirmé que sa position sur les accusations n’avait pas changé et a nié toute implication personnelle, qualifiant les allégations d’« infondées ».

Il a remercié le président Volodymyr Zelensky et le Parlement (Verkhovna Rada) pour leur confiance.

Plus tôt dans la journée du 7 septembre, Kravchenko avait encore indiqué aux journalistes qu’il n’envisageait pas de démissionner de son propre chef, tout en précisant qu’il n’était pas attaché à son poste et qu’il respecterait une décision du président ou du Parlement.

Le contexte politique et les suites immédiatesLe président Zelensky a rencontré Kravchenko le 7 septembre, après avoir échangé avec les responsables du NABU et du SAPO. Mardi 8 septembre, Zelensky a indiqué qu’il soumettrait la démission au Parlement, qui doit l’approuver avant qu’un décret présidentiel ne la formalise.

Cette sequence signifie qu’il a été poussé dehors.

Cette affaire s’inscrit dans une série de scandales de corruption qui touchent les plus hauts cercles du pouvoir ukrainien malgré la guerre.

En mai 2026, la Haute cour anticorruption a notamment placé en détention Andriy Yermak, ancien chef de cabinet de Zelensky, dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent lié à un projet immobilier de luxe près de Kiev et à d’éventuels détournements au sein d’Energoatom. Yermak a nié les faits.

Le parquet général ukrainien dispose de pouvoirs étendus, notamment en matière d’enquêtes sur la corruption et les crimes de guerre commis par la Russie.

Kravchenko, âgé de 36 ans (né le 14 mars 1990 à Sievierodonetsk), avait été nommé en juin 2025 après avoir dirigé le Service fiscal d’État (décembre 2024-juin 2025) et l’administration militaire de l’oblast de Kiev.

Des enregistrements rendus publics par le NABU font référence à un « patron » portant le patronyme Andriiovych et ayant précédemment dirigé le service fiscal, des éléments qui correspondent à son profil, même s’il n’est pas formellement mis en cause.

Tensions persistantes avec les organes anticorruption

Kravchenko a été critiqué par ses opposants pour une volonté présumée de limiter l’indépendance du NABU et du SAPO, accusation qu’il a toujours rejetée.

Ces tensions s’inscrivent dans un contexte plus large : en 2025, des tentatives de réforme visant à réduire l’autonomie de ces institutions avaient provoqué des manifestations, contraignant le pouvoir à reculer.

Les centres d’appels frauduleux représentent un fléau important en Ukraine, employant selon certaines estimations des dizaines de milliers de personnes et ciblant aussi bien les citoyens ukrainiens que des victimes à l’étranger.

L’enquête « Carthage » a déjà donné lieu à des mises en détention, dont celle de Kropyva.

La démission de Kravchenko, quatrième procureur général sous la présidence de Zelensky, illustre les difficultés persistantes de l’Ukraine à éradiquer la corruption de haut niveau

Le Parlement devra désormais statuer sur son départ et sur la nomination d’un successeur, dans un climat politique déjà tendu.

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