
Le marché obligataire mondial n’a pas « corrigé ». Il a montré, en quelques séances, qu’une intervention du Trésor américain ne suffit plus à calmer les doutes et encore moins à rétablir la confiance.
Le rendement du Treasury à 10 ans a touché 4,98 % en séance vendredi 11 septembre 2026, à un point de base du pic du 19 octobre 2023 — lui-même le plus haut depuis 2007.
Il a clôturé la semaine vers 4,97 %, en hausse d’environ 18 points de base. Le 2 ans a gagné 26 pb, à 4,63 %. Les MBS de référence sont montés à 6,03 % (+26 pb sur la semaine, +39 pb en dix séances). Les municipales américaines ont atteint des rendements parmi les plus élevés depuis 2011.
Rien, dans une formule de prix, ne change entre 4,99 et 5,01. Le chiffre rond compte parce qu’il concentre la mémoire de marché, les stops, les commentaires et la magie des animal spirits .
Hors le bref dépassement de 2023, le 10 ans n’avait plus vécu au-dessus de 5 % depuis la veille de la crise financière.
Au-delà, le récit bascule : la prochaine étape évoquée n’est plus 4,75, c’est 5,50 puis 6%. Pour les animal spirits quand on a franchi un seuil, après la voie est libre.
Ce n’est pas un accident américain. La hausse a été synchrone mais ce sont bien les USA qui conduisent le mouvement..
Le 10 ans français a grimpé d’environ 26 pb, à 4,45 %, un niveau inédit depuis août 2008.
L’Italie a atteint 4,35 % (+20 pb), la Grèce 4,22 % (+22 pb), l’Allemagne 3,50 % (+17 pb, plus haut depuis août 2009), le Royaume-Uni 5,34 % (+21 pb, plus haut depuis juillet 2007). L’Australie est à 5,37 %, la Nouvelle-Zélande à 5,02 %.
Les émergents ont suivi, en dollars comme en monnaie locale.
Quand Bunds, OAT, Gilts et Treasuries montent ensemble, l’explication n’est plus « un FOMC mal compris ». C’est une réévaluation du prix de l’argent long qui fait penser a une page tournée, celle de la fin de l’argent bon marché.
Une inflation qui ne redescend pas assez, une offre souveraine massive, prime de terme qui se reconstitue et par dessus tout, le silence des responsables, aucun grand responsable ne promet de revenir à des politiques monétaires et financières raisonnables; pas de consolidation budgétaire en vue, des gadgets pour emettre plus, c’est tout!
Les données américaines ont servi de détonateur immédiat. CPI à 3,4 % sur un an, PPI à 4,6 %, anticipations d’inflation à un an de l’université du Michigan à 4,6 % (+0,6 point).
Le marché des fonds fédéraux a terminé la semaine en anticipant deux hausses d’ici la fin d’année, contre environ 1,35 en début de semaine. Le yen a gagné 1,7 % : le carry trade, longtemps moteur de liquidité mondiale grace au financement japonais , se tend.
L’intervention Bessent : trop petite, trop « parlante », une communication maladroite et jugée arrogante. Scott Bessent a expliqué avoir élargi les rachats d’anciennes Treasuries pour calmer une « fièvre ». Le 9 septembre, le Trésor a annoncé jusqu’à 6 milliards de dollars de rachats de titres 10-20 ans — le triple du plafond habituel de 2 milliards, au-dessus du « au moins 4 milliards » promis en août, mais en deçà des 8 à 10 milliards qu’une partie du marché attendait. Le même jour, il émettait 39 milliards de notes à 10 ans. Le filet d’achat est resté petit face à l’offre. Les rendements ont continué de monter.
Le verdict des investisseurs a été net : l’opération a paru trop timide et en plus elle a érodé la crédibilité.
Ellen Zentner (Morgan Stanley Wealth Management) a comparé certains gestes américains à ceux d’emprunteurs plus fragiles : intervention visible, processus peu institutionnalisé. Bessent s’est présenté comme « la maison », détenteur d’une information asymétrique. Traduit au Japon, le propos a sonné « un peu effrayant » aux oreilles de la ministre des Finances Satsuki Katayama. Quand l’émetteur de référence doit expliquer qu’il n’est pas une banque centrale tout en agissant comme un pompier de marché, le message reçu n’est plus « le Trésor maîtrise ». C’est « le Trésor s’inquiète ».
8 septembre – Bloomberg :
« Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que sa décision, le mois dernier, d’étendre un programme de rachat d’obligations d’État américaines anciennes visait à calmer une “fièvre” sur le marché obligataire. “Mon rôle est de tenter de ramener les choses à l’équilibre”, a déclaré M. Bessent… “Je ne crois pas pouvoir modifier le prix d’équilibre. Mais rien n’est jamais vraiment en équilibre… Il y avait comme une fièvre qui montait… Ayant travaillé sur les marchés financiers, comme lorsqu’on spécule, on a envie d’accélérer les choses”, a-t-il ajouté, faisant allusion à son expérience de dirigeant de fonds spéculatifs. »
9 septembre – Bloomberg :
« Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ne cesse de mettre en garde les investisseurs : il va les ruiner. Qu’ils fassent grimper le prix du pétrole, baisser le yen japonais ou, plus important encore, augmenter les rendements des bons du Trésor américain, ils commettent une grave erreur, insiste-t-il, car il se trouve de l’autre côté de la barrière, en possession d’informations précieuses sur les projets politiques du gouvernement, informations qu’ils ne possèdent pas. Dans le jargon de la théorie des jeux, on parle d’asymétrie d’information, comme aime à le souligner l’ancien trader de fonds spéculatifs. Il l’a évoqué publiquement au moins quatre fois ces trois dernières semaines, notamment mardi, lorsqu’il a mis les cambistes au défi de « parier contre moi s’ils le souhaitent ». » « Ça commence à se faire sentir, du moins sur les marchés obligataires et pétroliers… »
10 septembre – Financial Times :
« La tentative de Scott Bessent de stabiliser le marché de la dette publique américaine, qui s’élève à 32 000 milliards de dollars, a eu l’effet inverse. Les investisseurs avertissent que la première mesure prise par le secrétaire au Trésor était trop timide pour enrayer la flambée des rendements et a, au contraire, nui à sa crédibilité… Cette intervention a ravivé les craintes que l’Amérique, pilier de la finance mondiale, agisse d’une manière plus souvent associée aux emprunteurs plus fragiles. « Nous ne pouvons ignorer le fait que certaines des actions entreprises par les États-Unis comportent des risques propres aux marchés émergents », a déclaré Ellen Zentner, stratège économique en chef chez Morgan Stanley Wealth Management. « D’ordinaire, nous n’avons pas vu de politiques interventionnistes de la part des États-Unis. Ou, lorsque cela s’est produit, il s’agissait d’un processus formel et institutionnalisé. » »
11 septembre – Bloomberg :
« La ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, a déclaré que la récente déclaration du secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, se qualifiant de « banque centrale », paraissait quelque peu inquiétante une fois traduite en japonais. Elle a toutefois précisé comprendre que cette expression reflétait l’ancien rôle du secrétaire en tant que gestionnaire de fonds spéculatifs. Bessent s’était décrit lui-même en début de semaine comme « la banque centrale », car il a accès à des « informations asymétriques » concernant les prochaines orientations politiques de la Banque du Japon. « Compte tenu des subtilités de la langue japonaise, cela sonne un peu effrayant, n’est-ce pas ? » Katayama a déclaré aux journalistes… Les médias japonais ont traduit les propos de Bessent concernant la « maison » par « domoto », un terme associé aux jeux d’argent illégaux.
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