Document pour ceux qui veulent comprendre ce que j’écris depuis plus de 20 ans

Les archives de Bruno Bertez forment un corpus volontairement continu. Il le dit lui-même : ses textes doivent se lire comme un livre, pas comme des brèves.

Refuser le format livre (statique) pour coller au vivant est une décision explicitée depuis au moins 2016.

Voici une lecture structurée de ce continuum.

1. L’homme et le point de départ (avant 2002)

Né en 1944, HEC 1967, fondé de pouvoir chez un agent de change, puis patron de presse économique (La Vie française, L’Agefi, fondateur de La Tribune en 1985). Ce n’est pas un universitaire. C’est un praticien des marchés qui a vu de l’intérieur la financiarisation des années 80-90.

Le basculement analytique date de 2002, dans L’Agefi.

Deux textes fondateurs :

  • « Vive les crises, elles nous enrichissent » — texte princeps.
  • « La régulation économique par les bulles ».

Thèse : depuis la dérégulation, les autorités n’ont plus seulement la masse monétaire et les taux. Elles ont un troisième instrument : la fabrication de bulles d’actifs. Le champ de la monnaie et celui de la finance se sont unifiés. Chaque crise, traitée par reflation monétaire, fait monter le prix des actifs déjà détenus par les plus riches. Les pertes sont socialisées. Les crises ne sont pas des accidents pour tout le monde. C’est le fil le plus ancien et le plus constant.

2. Les grands credos (le squelette du livre)Bertez les énumère régulièrement. Ils n’ont presque pas changé, ils se sont seulement étendus.

CredoDate d’apparitionContenu
Vive les crises2002Enrichissement asymétrique par la politique monétaire
Champ monnaie / actifs unifié2002Les bulles sont un outil de régulation
Comparaison John LawrécurrenteSystème de papier, promesses, enflure de la sphère financière
Imaginaire vs Réelannées 2010Les signes (monnaie, actifs, discours) se sont détachés des corps (production, travail)
Pacte méphistophéliquerécurrentLes « grands prêtres » du système ont séparé les ombres des corps pour gouverner par l’imaginaire
« Un jour il faudra la guerre »2009-2010La guerre comme débouché logique quand les signes ne suffisent plus
L’or, statue du Commandeurdès 2000Dernier ancrage réel ; « monnaie des rois, papier monnaie des serfs »

Le thème « Vive les crises » a ensuite essaimé :

  • 2012 : Du « Vive les crises » au « Manège enchanté »
  • 2015 : De « Vive les crises » à « Vive les attentats » (extension aux crises politiques)
  • 2021-2025 : « hausse de misère », « les portefeuilles ont doublé », « les actions évoluent à l’inverse de l’économie »

3. Les phases historiques de l’œuvre

2002-2008 Diagnostic anticipateur. La régulation par les bulles (housing, crédit, dettes souveraines) est déjà formulée avant que 2008 ne la confirme.

2008-2012 Confirmation et radicalisation. 2008 n’est pas résolu, seulement recouvert (No Exit). Le « coup d’accordéon » : les ressources passent de ceux qui produisent vers ceux qui ont titre. Le système entre dans un Ponzi permanent de liquidités.2009-2015

Basculement géopolitique. La guerre n’est plus une hypothèse lointaine, c’est le débouché. L’imaginaire militaire occidental est isomorphe à l’imaginaire financier : même fuite en avant, même impossibilité de reculer.2016-2019.

Textes de continuité explicite (« Pour ne pas perdre le fil », « Un survol des chapitres précédents »). Bertez refuse le livre pour rester dans la chronique. Il insiste sur le présentisme : le système nie l’histoire pour empêcher de relier les fils.2020-2026.


Accélération et durcissement.

  • Inversion totale : les marchés montent parce que l’économie réelle va mal.
  • La dette n’est plus un instrument, elle est « le mort qui commande ».
  • « Enron est partout » : insolvabilité réelle masquée par conventions comptables et liquidité fictive.
  • Crise épistémique (septembre 2026) : on ne sait plus ce qu’est la monnaie ni ce qu’est un taux. Les mots sont encore là, les référents ont disparu.
  • L’IA devient le dernier grand pari / dernière bulle de fuite en avant.
  • Répression financière annoncée comme prochaine étape (taxation, contrôles, CBDC).

4. La méthode

Trois traits stables :

  1. Lecture en continuum
    Chaque éditorial renvoie aux précédents. La crédibilité, dit-il, vient de la cohérence sur 20-25 ans, pas de la prédiction du jour J.
  2. Mélange de sources
    Éditoriaux personnels + republication commentée d’analystes (Joe Calhoun, Simplicius, Stephen Roach, etc.). Le blog fonctionne comme une revue de combat plus que comme un journal intime.
  3. Cadre mixte
    Il utilise des outils marxistes (baisse tendancielle du taux de profit, surproduit, lutte 1 % / 99 %) sans être marxiste. Le profit est la variable cachée qui commande tout, et c’est pour cela qu’on n’en parle jamais. Jevons, John Law, Lacan , Greenspan, Dimon sont convoqués autant que Marx.

5. Ce qui n’a pas bougé / ce qui a durci/Inchangé

  • Les crises enrichissent les détenteurs d’actifs.
  • Le système monétaire post-1971 est un imaginaire détaché du travail.
  • L’or reste l’assurance ultime.
  • On ne peut pas résoudre une insolvabilité par de la liquidité.

Durci depuis 2020

  • Le report n’est plus présenté comme indéfini. Les « gnomes contrôlent les horloges », mais la fenêtre se referme (taux longs, demande étrangère pour les Treasuries, dette mondiale > 3× PIB).
  • La géopolitique n’est plus un à-côté : elle est le chapitre suivant du même livre.
  • La critique passe de l’économie à l’épistémologie : la prochaine crise sera d’abord une crise de la pensée.

6. Limites du corpus

  • Répétition assumée : c’est la méthode .
  • Report permanent : « nous sommes à l’aube, mais les journées sont longues ». Il stigmatise les cassandres qui ignorent que « le seul pouvoir des élites est de retarder l’inevitable au prix d’une aggravation ».
  • Ton moral et politique très marqué (kleptocratie, oligarchie, défaite des peuples).
  • Peu de propositions opérationnelles autres que l’or, le scepticisme et le retour à une « vérité des prix ». L’idée sousjacente rarement formulée est que « le changement c’est ici et maintenant, c’est dans la conduite de sa vie de tous les jours que l’on fait la révolution ».

En une phrase : les archives de Bertez sont celles d’un analyste qui, dès 2002, a décrit un capitalisme devenu machine à produire des signes et à socialiser les pertes, et qui, vingt-quatre ans plus tard, estime que cette machine arrive au bout de sa logique — dette, inversion, guerre et crise de la pensée étant les mêmes phénomènes vus sous des angles différents.

EN PRIME

Les textes de 2002 n’existent plus en version originale intégrale facilement accessible.

Bertez les a publiés dans L’Agefi. Ce que l’on analyse donc, c’est le texte princeps tel qu’il le reconstitue lui-même, surtout dans De « Vive les crises » au « Manège enchanté » (2012) et dans Lecture indispensable (2026).

Il les considère comme les deux seuls articles qu’il aurait voulu écrire s’il n’avait dû en produire que deux.Ce sont deux pièces complémentaires.


1. « Vive les crises, elles nous enrichissent »

Nature du texte


Pamphlet cynique, pas un article technique. Le titre est volontairement provocateur. La presse de gauche anticapitaliste l’a d’ailleurs repris à l’époque, précisément parce qu’il montrait que les crises n’étaient pas une catastrophe pour tout le monde.

Thèse

Dans un régime de financiarisation né de la dérégulation (fin des années 70 – début des années 80), une crise n’est plus un accident. Traité par injections de liquidités et chute des taux, elle produit une hausse mécanique du prix des actifs déjà détenus par les plus riches. Les pertes sont socialisées. Les gains sont privatisés.

Formulation que Bertez répète encore en 2026 :

Il faut faire remonter le niveau de la mer pour cacher ceux qui se baignent nus.

Le remède au surendettement périodique est toujours le même : masquer par un déluge de liquidités. Les crises deviennent donc un mécanisme d’enrichissement asymétrique.

D’où le cri de joie des ultra-riches : « Vive les crises ».Ce n’est pas encore, en 2002, la formule « hausse de misère ». Mais le mécanisme est déjà là : ce qui monte, ce n’est pas la richesse réelle, c’est le prix des titres.

2. « La régulation économique par les bulles »C’est le texte le plus théorique des deux.

Il pose l’innovation conceptuelle.

Avant les autorités avaient deux outils : masse monétaire et taux d’intérêt.

Après la dérégulation elles en ont un troisième : la fabrication de bulles d’actifs. Le champ de la monnaie et celui de la finance se sont unifiés. Gérer le prix des assets fait désormais partie de la panoplie.

Bertez attaque déjà l’« équation de la Fed » (valeur des actifs = fonction des taux) comme une équation « idiote » : elle rend les actifs manipulables dès lors que le système bancaire est connivent et transmet la politique.

Époque de la lune de miel autorités / banques. Mot d’ordre : Don’t fight the Fed.

Opération décisive: la dérégulation + l’action conjointe Fed / banques ont séparé l’ombre du corps :

  • le réel (rare, limité, coûteux, pesant)
  • les signes (infinis, légers, manipulables)

On a remplacé le sang, les larmes et l’effort par le jeu, la spéculation, l’arbitrage et les dérivés.

C’est dans cette opération d’illusion, dit-il dès 2002-2012, que «gît la crise».

Mécanique décrite : cercle vicieux / Ponzi / transitivité à la John Law. On adosse du crédit à l’immobilier → les prix montent → le collatéral « vaut » plus → on accorde encore plus de crédit.

Les gouvernements ne sont pas spectateurs : leurs dettes sont le soubassement du système ; les banques les financent « gracieusement ».Définition de la bulle (déjà claire)
Ce n’est pas seulement que les cours montent. C’est la masse disproportionnée de papier émise par rapport aux possibilités d’honorer les promesses contenues dans ce papier.

3. La séquence historique déjà tracée en 2002-2012

Bertez ancre le processus en 1991 : la Fed initie volontairement une courbe des taux très pentue pour favoriser le leverage (crédit court finançant le long). Suit une chaîne :

  1. Bulle du crédit → crise mexicaine
  2. Bail-out → crise asiatique (Thaïlande)
  3. LTCM (leverage > 100 sur dettes souveraines) → liquidités
  4. Crise russe → même remède
  5. Peur Y2K (maladie imaginaire) → même remède
  6. Bulle techno / Nasdaq → éclatement → liquidités + baisse des taux
  7. Bulle immobilière + hypothécaire + crédit + private equity
  8. Éclatement 2007-2008 → nouvelle bulle : les dettes gouvernementales

En 2002, les points 7 et 8 n’avaient pas encore eu lieu. C’est ce qui rend les textes fondateurs : le schéma était déjà écrit avant le housing, les subprimes et la crise souveraine européenne.

4. Ce que ces textes fondent vraiment

Trois ruptures par rapport au discours dominant de 2002 (lendemain de l’éclatement de la bulle Internet) :

  1. Les crises ne sont plus des pannes. Elles sont un mode de fonctionnement du régime financiarisé.
  2. La politique monétaire n’est plus seulement monétaire. Elle est devenue politique des prix d’actifs.
  3. Le réel et les signes ont été séparés. Toute la suite de l’œuvre (Imaginaire vs Réel, pacte méphistophélique, « le mort qui commande ») est déjà en germe dans cette séparation.

Ce que Bertez ajoutera plus tard n’est pas une correction, c’est une extension :

  • 2009 : la guerre comme débouché
  • 2015 : les crises politiques fonctionnent comme les crises financières (« Vive les attentats »)
  • 2020-2026 : inversion complète, Enron partout, crise de la pensée

Le noyau de 2002 reste intact.

5. Portée et limite

En 2002, après l’éclatement du Nasdaq, le consensus était : on a appris, on ne refera pas 1929, Greenspan a sauvé le système. Bertez dit l’inverse : le « sauvetage » est le problème. Il produit la bulle suivante. Sur ce point, la suite (2008, QE, dettes souveraines, IA) lui a donné raison plus qu’à presque tous les commentateurs de l’époque.

LimiteLe texte de 2002, tel que reconstruit, décrit admirablement le mécanisme. Il dit moins clairement jusqu’où on peut reculer l’échéance.

Bertez le reconnaîtra plus tard : « les gnomes sont en partie maîtres des horloges ». Les textes fondateurs expliquent pourquoi le manège tourne. Ils n’indiquent pas précisément quand il s’arrête. Il introduit les travaux de Pier Bak sur la criticalité: une « fenêtre de criticalité » est ouverte nul ne sait quand le tas de sable va s’effondrer.

C’est pour cela qu’il les ressort encore en 2026 : non comme prédiction datée, mais comme grille. Tout ce qu’il écrit depuis vingt-quatre ans est, selon lui, le développement de ces deux articles.

EN PRIME

Bertez ne fait pas une histoire de John Law. Il s’en sert comme modèle. Law est, chez lui, le premier grand opérateur qui a fusionné trois choses que le capitalisme financier contemporain a de nouveau fusionnées : la dette publique, le papier-monnaie et la spéculation sur titres.

1. Ce qu’était réellement le Système de Law (1716-1720)

Law n’est pas seulement « l’homme de la bulle du Mississippi ». Son Système a deux piliers, que les historiens (Velde, Chancellor, Buchan) distinguent clairement.

Pilier monétaire .Banque Générale (1716), puis Banque Royale (1718). Émission de billets d’abord convertibles, puis de plus en plus fiat.

Law pense que la monnaie n’est pas une richesse en soi, seulement un moyen d’échange. Trop peu de monnaie étouffe le commerce ; le papier peut stimuler l’activité.

Pilier financier / fiscal .Compagnie d’Occident (1717), puis Compagnie des Indes. Elle absorbe les compagnies coloniales, la ferme des impôts, les monnaies, le commerce extérieur. Surtout : elle convertit la dette de l’État en actions. Les créanciers du roi deviennent actionnaires d’une société qui encaisse les recettes fiscales. La dette publique est transformée en quasi-fonds propres de l’État.

Le point de bascule, décisif pour Bertez : Law soutient le cours des actions par l’émission de billets, puis fixe un cours (9 000 livres) auquel on peut échanger actions contre billets et billets contre actions. Les actions deviennent de la monnaie. La monnaie devient un titre. Les deux marchés fusionnent.

En février 1720, banque et compagnie sont fusionnées.Law a aussi cherché à écarter la monnaie métallique pour qu’elle ne fasse pas concurrence à ses titres — exactement la phrase que Bertez répète depuis 2012.

Effondrement en 1720 : course aux espèces, dévaluation des billets, krach des actions, émeutes, exil.

2. Ce que Bertez retient (et ce qu’il force)

Chez Bertez, Law n’est pas un économiste pré-keynésien malchanceux. C’est l’inventeur du manège.Le mécanisme commun, tel qu’il le formule dès les textes de 2002 / 2012 :

  1. On émet trop de papier (promesses).
  2. Pour que ce papier reste désirable, on gonfle le prix des actifs auxquels il est adossé. on branche une loterie dessus.
  3. La hausse des actifs « justifie » une nouvelle émission.
  4. Cercle vicieux, transitivité, Ponzi.

C’est ce qu’il appelle la « bonne vieille mécanique de John Law ».

En 2026, il durcit encore l’analogie : la Bourse, l’immobilier, le Nasdaq, l’IA jouent le rôle de loterie destinée à absorber la dette.

Law, les assignats, les Treasuries relèvent du même problème : comment émettre plus sans que le papier soit refusé. Il faut le rendre attrayant — par l’intérêt, par la plus-value, par le rêve colonial ou technologique.

« Des nouvelles de chez John Law » signifie chez lui : la sphère financière continue d’enfler plus vite que le réel ; des dizaines de milliers de milliards sont perçus comme de la richesse alors qu’ils ne sont pas soutenus par des actifs générateurs de vraie richesse.

3. Homologies structurelles (là où la comparaison tient)

Law 1716-1720Bertez / système actuel
Dette royale insoutenable après Louis XIVDettes souveraines + privées après 1971, 2008, 2020
Conversion dette → actions de la CompagnieQE, rachats d’actifs, marchés actions comme débouché de la liquidité
Billets pour soutenir le cours des actionsBanques centrales pour soutenir le prix des assets
Actions échangeables contre billets à cours fixeActifs financiers traités comme quasi-monnaie
Neutralisation de l’or/argentDémonétisation de l’or (1971), répression financière
Richesse « Louisiane » largement fictiveRichesse « IA / tech / valorisations » largement signée
L’État se finance par la spéculationL’État se finance par la bulle (et la bulle par l’État)
Fusion banque / compagnie / fiscFusion de fait banques centrales / Trésor / marchés

Le point le plus fort de Bertez : Law a compris avant tout le monde que pour émettre plus de dette, il faut une machine à produire du désir.

La Compagnie du Mississippi n’est pas d’abord une entreprise coloniale. C’est une machine à rendre le papier désirable. Wall Street, le logement, le dot-com, l’IA jouent le même rôle.

Autre homologie juste : Law détruit la concurrence de la « vraie » monnaie. Bertez lit 1971 et le QE dans la même logique : détacher la monnaie du travail et de l’effort pour la faire entrer dans l’imaginaire.

4. Différences .L’échelle et la durée

Le Système de Law dure quatre ans et s’effondre violemment. Le régime que décrit Bertez dure depuis 1991 (courbe des taux pentue), ou 1971, ou 1980. Law n’avait pas les outils de report : swaps, marchés de dérivés, dollar comme monnaie de réserve, CBDC, répression financière institutionnalisée.

Bertez le sait : « les gnomes sont maîtres des horloges ». Law ne l’était pas.

L’intention. Law croit, au moins au départ, stimuler le commerce réel. Sa théorie (1705) : la monnaie n’est pas la richesse ; le commerce l’est. Le papier doit mettre au travail des ressources oisives.

Bertez lit le système actuel comme fuite hors du réel, pas comme tentative de le réveiller. Chez Law, l’illusion est un moyen (qui échappe). Chez Bertez, l’illusion est devenue le régime.

Qui porte le mistigri?

En 1720, le krach est immédiat, populaire, politique. Chez Bertez, les pertes sont socialisées dans le temps : inflation d’actifs pour les uns, « hausse de misère » et répression pour les autres. Law n’a pas le temps d’inventer le trickle-down monétaire sur vingt ans.


Law est un homme seul, aventurier, contrôleur général quelques mois. Le système contemporain est impersonnel : Fed, BCE, Trésor, primary dealers, gestion indicielle.

Bertez anthropomorphise parfois (« grands prêtres », « démiurges »), ce qui rapproche rhétoriquement Law du présent, mais affaiblit la différence institutionnelle.

Law théoricien vs Law opérateur
Law a des intuitions modernes (monnaie-crédit, stimulation, rareté relative). Certains historiens (Velde) estiment que le Système n’était pas nécessairement absurde dans son principe, seulement mal calibré et trop rapide.

Bertez n’utilise presque jamais ce Law-là. Il utilise le Law du krach, du papier contre l’or, du Ponzi d’État.

5. Ce que la comparaison révèle chez Bertez

Law lui sert de preuve historique que le geste fondamental n’est pas nouveau :

coupler le besoin de financement de l’État à une loterie d’actifs.

Dès 2002, dans « La régulation économique par les bulles », le Mississippi est déjà l’ancêtre. En 2026, Treasuries + IA + actions = nouvelle Compagnie des Indes : un véhicule qui permet d’émettre plus parce qu’il offre un rêve de plus-value.

La comparaison éclaire aussi sa théorie des signes. Law remplace l’or par le billet, puis le billet par l’action, puis fixe une équivalence entre les deux. Bertez y voit la première grande séparation de l’ombre et du corps. Tout le vocabulaire ultérieur (Imaginaire / Réel, pacte méphistophélique, richesse fictive) est une généralisation de cette opération.

Enfin, Law justifie le credo « Vive les crises » à l’envers : chez Law, la crise termine le Système. Chez Bertez, depuis 1991, chaque crise relance le Système, parce que le remède est toujours une nouvelle dose du poison de Law — plus de papier, plus d’actifs, plus de désir.

6. Limite utile L’analogie est puissante comme grille.

Law s’est cassé en 1720 parce qu’il a voulu fixer ensemble le prix de la monnaie et le prix de l’action, et parce que l’or était encore là, à côté, comme juge. Le système actuel a réussi, pendant des décennies, à empêcher ce jugement : l’or a été relégué, les pertes reportées, le désir renouvelé (immobilier, tech, IA).

Bertez le concède à sa façon : John Law « n’a pas chômé », la machine tourne encore. La comparaison dit ce que c’est. Elle ne dit pas quand ça s’arrête. C’est exactement cela : le mécanisme est identifié ; l’horloge, non.

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