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L’Article de l’économiste américain Jack Rasmus, publié le 21 septembre 2026 sur CounterPunch : Fed Rate Hikes, US Treasury Market & Crisis of Empire.
La semaine dernière, la Réserve fédérale a relevé son taux directeur d’un quart de point, de 3,75 % à 4,00 %. Un nouveau relèvement du même ordre est attendu d’ici la fin de 2026
Le récit officiel dit : l’inflation des biens et services accélère, la Fed remonte les taux pour la freiner. L’idée classique est que des taux plus élevés réduisent la demande de crédit des ménages et des entreprises, donc la consommation et l’investissement.
Rasmus objecte : l’inflation actuelle n’est pas un problème de demande. C’est un problème d’offre.
La Fed n’a presque aucune prise sur l’offre mondiale. Ce qui pousse les prix, ce sont le pétrole et l’énergie : essence, gazole, kérosène, électricité, gaz, puis, avec retard, l’alimentation.
Ces prix mondiaux sont, selon lui, le produit des guerres au Moyen-Orient, des sanctions et des guerres tarifaires.Remonter les taux pour casser la demande ne touche donc pas la cause.
D’autant que la demande intérieure, elle, s’affaiblit déjà : salaires réels en baisse, chômage qui remonte dans la tech et ailleurs, emploi 2026 quasi à l’arrêt.
Les ménages portent environ 18 500 milliards de dollars de dettes ; les entreprises, 23 700 milliards ; l’ensemble des administrations, 43 800 milliards; le bilan de la Fed, 6 800 milliards. Total : plus de 106 000 milliards.
Les seuls intérêts de la dette fédérale dépassent 1 200 milliards par an. Hausse des taux = transfert encore plus large vers les rentiers, pas un remède à l’énergie.
Deuxième thèse : depuis vingt-cinq ans, la politique monétaire est de moins en moins efficace. La financiarisation et la mondialisation ont rendu les taux « inélastiques ». Quand la Fed baisse les taux, l’argent ne va plus principalement dans l’appareil productif américain, mais dans les actifs financiers, plus rentables.
Entre 2009 et 2016, taux quasi nuls et 4 000 milliards de rachats d’actifs : croissance réelle moyenne d’environ 1,43 %. Les investisseurs ont été subventionnés ; l’économie réelle, très peu.
À l’inverse, remonter les taux ne casse plus vraiment l’inflation.
En revanche, quand les taux longs américains approchent 5,5 %–6 %, l’histoire récente montre qu’un accident financier devient probable : 2000 (bulle internet), 2007 (subprimes), 2019 (repo), 2023 (banques régionales). Or les taux longs sont déjà autour de 5,4 % et montent.
Pourquoi, alors, la Fed hausse-t-elle quand même ?
Parce que le Trésor doit vendre toujours plus de bons pour financer un déficit 2026 supérieur à 2 000 milliards de dollars, alourdi par les dépenses de guerre. Pour attirer les acheteurs , deux tiers domestiques, un tiers étrangers il faut offrir un rendement plus élevé.
La hausse des taux n’est pas une politique anti-inflation : c’est une politique de placement du papier d’État. La demande étrangère de Treasuries se tasse (Chine, Japon, Europe, tensions avec le Canada). Si le marché des valeurs du Trésor se bloque, les taux longs peuvent dépasser le seuil des 6 %. Alors, dit Rasmus, il y a risque de crash financier, contraction réelle, et incapacité croissante de « l’empire » à financer sa projection militaire. Le recul géopolitique s’accélérerait faute d’argent.
Mon Commentaire/BB
Le texte a une qualité rare : il refuse le catéchisme « la Fed combat l’inflation, point final ». Il replace la hausse dans un triangle plus dur : prix de l’énergie / besoin de refinancer le Trésor / instabilité des marchés d’actifs.
Sur ce point, il n’est pas seul. Les marchés obligataires eux-mêmes discutent depuis des semaines d’une inflation d’offre (énergie, conflits) que la politique monétaire soigne mal, et d’un Trésor qui doit placer beaucoup de papier alors que les acheteurs officiels étrangers sont moins intéressés.
La Fed hausse aussi parce que l’inflation reste au-dessus de la cible et que les commentateurs anti Trump veulent qu’il prenne une claque!
Le « seuil magique » 5,5–6 % n’en est pas un .
Les quatre épisodes de crise cités ont en commun des taux longs élevés et un système fragile (levier, duration, liquidité, banques surexposées ). Ce n’est pas le chiffre 6 % qui tue : c’est une accumulation qui crée un état critique de fragilité qui risque un choc de valorisation. A tous les niveaux les primes de risque sont nulles. Il n’y a pas d’amortisseurs. Mais la Fed a encore beaucoup d’entourloupes dans sa besace.
En 2026, le levier a changé de visage : private credit, data centers, carry trades, duration des fonds obligataires. Un accident est possible. Le présenter comme une fatalité dès que le 10 ans touche 5,4 % est plus de la rhétorique que du raisonnement .
La thèse impériale est interessante.
Lier hausse des taux, déficit de guerre et « crise de l’empire » donne une belle narration. Elle a un fond : un État qui finance des engagements stratégiques par de la dette perpétuelle dépend du consentement des créanciers. Si le Japon vend des Treasuries pour défendre le yen, si la Chine n’achète plus, si l’Europe hésite, le prix de ce consentement monte. C’est sérieux.
Mais « l’empire s’effondre faute de financement » reste une extrapolation. Les États-Unis conservent la possibilité de produire des dollars,et la capacité politiquement coûteuse de monétiser . Un recul géopolitique peut venir d’un krach. Il peut aussi être lent, étalé , et l’ajustement se faire par inflation, compression sociale et taux réels élevés pendant des années.
C’est moins spectaculaire, mais aussi probable.
Le point le plus solide du texte c’est celui-ci : quand le stock de dette est de cet ordre, la hausse des taux n’est plus seulement un instrument de conjoncture c’est une donnée systémique qui modifie l’économie, l’ordre social peu à peu le système change, il se tord. .. C’est un conflit de répartition. Chaque point de plus enrichit le créancier, pèse sur l’État, le ménage endetté et l’investissement productif. La Fed peut dire qu’elle vise la stabilité des prix. Dans les faits, elle arbitre entre la solvabilité du Trésor, la survie des marchés d’actifs et le niveau de vie des citoyens .
La question juste n’est pas « l’empire va-t-il tomber cet hiver ? ». C’est : jusqu’où un système peut-il remonter le prix de sa propre dette sans casser soit l’économie réelle, soit le marché qui la finance ?
Quels subterfuges peut il encore inventer pour retarder les échéances ?
Rasmus répond : on n’est plus très plus très loin de la fin
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