Editorial: Bas les masques, mort des promesses; une phase historique de dévoilement!

BRUNO BERTEZ

Le 5 Octobre

La période que nous traversons n’est pas une rupture. Elle n’ouvre pas non plus une phase inédite de l’Histoire. Elle ressemble plutôt à un dévoilement : ce qui travaillait depuis longtemps sous la surface, masqué par le discours, les conventions et les arrangements, devient difficile à nier.

Les récits qui tenaient encore hier — règles universelles, marchés efficients, communauté internationale, progrès continu — perdent de leur pouvoir de dissimulation du monde réel.

Ce qui était subreptice s’expose. C’est en ce sens que la formule « bas les masques » décrit le moment présent.

Le cynisme impérial américain n’est pas né d’hier. Trump n »est pas un accident , pas plus que Macron d’ailleurs , non ce sont des aboutissements

Les interventions, les sanctions extraterritoriales, le droit de dire qui peut commercer avec qui, existaient déjà. Ce qui change, c’est que la justification morale s’use.

Lorsque les alliances se redessinent au gré des intérêts énergétiques ou technologiques, et que les principes invoqués hier sont suspendus aujourd’hui, l’habillage idéologique se fissure.

On voit plus clairement la logique de puissance.

La crise du capital, elle, a été longtemps recouverte par la dette et la monétisation. Depuis des décennies, la croissance réelle reste modeste dans les économies avancées tandis que les bilans des banques centrales et les dettes publiques enflent.

Le crédit a permis de maintenir la demande, les valorisations d’actifs, un effet de richesse et une apparence de prospérité. Quand l’inflation réapparaît, que les taux remontent ou que la charge de la dette devient visible dans les budgets, le mécanisme se montre pour ce qu’il est : un report, non une résolution.

Le capital productif, celui qui investit dans des capacités réelles, a été progressivement éclipsé par la finance speculative d’arbitrage, d’écarts de valorisation et de rachats.

L’échange inégal et certaines formes de dépendance néocoloniale n’ont pas disparu avec les indépendances formelles. Les matières premières, les chaînes d’approvisionnement critiques, les monnaies de facturation et les conditions d’accès aux marchés restent asymétriques.

Les pays producteurs voient souvent la rente captée ailleurs ; les pays consommateurs découvrent leur vulnérabilité dès qu’un fournisseur se dérobe.

Le dollar, dans ce dispositif, n’est pas seulement une monnaie de réserve : c’est aussi un levier.

Pouvoir bloquer des transactions, geler des avoirs ou imposer des règles extraterritoriales donne à son émetteur un avantage que les discours sur le «système ouvert» ont longtemps minimisé.

Les tentatives de contournement :règlements en monnaies locales, or, systèmes alternatifs signalent que cet avantage est désormais contesté, non qu’il a cessé d’exister.

La collusion des élites occidentales n’est pas un complot, mais une convergence d’intérêts. Dirigeants politiques, grandes banques, fonds, groupes technologiques et institutions internationales partagent souvent le même réflexe : préserver la stabilité des actifs, l’accès aux marchés et la continuité des règles qui leur sont favorables.

Les désaccords existent, parfois bruyants ; ils portent rarement sur la répartition fondamentale des gains.

Le citoyen ordinaire, lui, de moins en moins légitimiste et de plus en plus populiste, constate que les coûts inflation, fiscalité, précarité énergétique, délocalisations — se répartissent plus largement que les bénéfices.

Finalement et nous y sommes , le caractère peu démocratique de nombreux régimes se manifeste moins par l’absence formelle d’élections que par l’étroitesse du choix réel.

Propagande, concentration des médias, censure administrative ou privée, et montée de dispositifs d’exception se renforcent mutuellement. L’argument de la sécurité, de la désinformation ou de l’urgence sert à réduire le périmètre du débat.

L’autoritarisme n’a pas besoin d’uniforme ; il avancer par réglementations, par pressions financières et par contrôle des plateformes.

Rien de tout cela n’était entièrement caché. Mais le discours dominant parvenait encore à le recouvrir. Il tient moins bien.

Les masques tombent non parce qu’une volonté unique les arrache, mais parce que les contradictions deviennent tconvergentes et rop coûteuses à dissimuler.

Reconnaître et exposer ce dévoilement comme je m’efforce de le faire n’oblige ni à lecture unique, ni à aucun catastrophisme.

Nos évolutions sont surdeterminées , aux niveaux economiques, sociaux et même individuels; les populations s’enfoncent dans la,névrose et perdent le sens de la Realité.

Voir clair n’est pas encore agir mais c’est la condition minimale pour ne pas se tromper de diagnostic.

Laisser un commentaire