la France est un risque systémique et la situation va s’aggraver avant de s’améliorer -RJ BROOKS

Le 20 Octobre

J’ai publié de nombreux articles sur la crise de la dette en France, ses causes et son évolution probable . On me rétorque souvent que la France est trop petite pour avoir une incidence sur les marchés financiers mondiaux, ce que je conteste fermement.

D’ailleurs, j’ai publié un article la semaine dernière sur l’évolution probable des marchés jusqu’à la fin de l’année. J’ai fondé mon analyse sur deux scénarios de risque : une nouvelle flambée des prix du pétrole et une crise de la dette généralisée en France, à laquelle j’attribue une probabilité de 30 %.

Voici un bref article expliquant pourquoi la France est un facteur systémique pour les marchés mondiaux.

Il y a trois raisons principales.

Premièrement, une grande partie de la situation actuelle est liée à la crise du coût de la vie, elle-même due à la flambée des prix du pétrole. C’est un problème mondial, mais les finances publiques françaises le placent en première ligne. La France est en quelque sorte le signal d’alarme.

Deuxièmement, on observe l’effondrement du centre politique, les électeurs se tournant vers l’extrême gauche ou l’extrême droite. Là encore, ce problème n’est pas propre à la France. La montée de l’ AfD en Allemagne illustre parfaitement ce phénomène, et la question qui le sous-tend – l’immigration – est bien sûr un thème récurrent dans une grande partie de l’Europe.

Troisièmement, il y a la contagion. De nombreux pays fortement endettés de la zone euro sont vulnérables à tout choc. La France représente précisément un tel choc.

Le graphique ci-dessus illustre la hausse cumulée, depuis le début de l’année, du rendement de l’obligation d’État française à 10 ans (en bleu) par rapport à la moyenne pondérée des rendements à 10 ans des autres pays du G10 (en noir).

Le rendement français à 10 ans a atteint aujourd’hui son plus haut niveau de l’année, et la raison est simple : les marchés anticipent une intervention massive du gouvernement pour tenter de résoudre le problème, autrement dit, des concessions qui aggraveront encore une situation budgétaire déjà critique.

Par ailleurs, chaque hausse de la courbe bleue se répercute sur la courbe noire, ce qui signifie que la situation en France a des répercussions sur les marchés obligataires mondiaux. Ceci s’explique par les trois raisons évoquées précédemment.

La principale raison pour laquelle la France est un facteur systémique est la contagion qu’elle engendre au reste de l’Europe fortement endettée. Le graphique ci-dessus, qui illustre l’écart de rendement des obligations d’État à 10 ans par rapport à l’Allemagne, montre que ce phénomène est déjà à l’œuvre.

La récente hausse de l’écart de rendement français (en rouge) entraîne une augmentation des écarts de rendement dans toute la périphérie de la zone euro.

Comme je l’ai exposé dans mon analyse de la situation, la BCE tentera initialement de protéger la périphérie de la zone euro, notamment l’Italie, en intervenant pour plafonner les rendements. Mais cette tentative est vouée à l’échec, car il est impossible de plafonner les rendements tant que la situation en France reste hors de contrôle.

La BCE finira donc par plafonner les rendements de tous les pays, ce qui faussera encore davantage les incitations en matière de politique budgétaire.

En résumé, la France est un facteur systémique et la situation va s’aggraver avant de s’améliorer

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