EDITORIAL. L’exception française est une impasse destructrice, la France est incapable de se situer dans un système! Ellle fait sans cesse le grand écart.

Le socialisme, l’étatisme et le constructivisme échouent dès que le monde redevient variable, parce qu’ils reposent sur une illusion de maîtrise centrale de connaissances qui n’existent pas sous forme centralisée.

Friedrich Hayek l’a formulé avec une clarté définitive : le problème économique fondamental n’est pas d’allouer des ressources « données », mais d’utiliser des connaissances dispersées, locales, tacites, implicites et en perpétuel changement.

Les prix de marché et l’expérimentation décentralisée transmettent ces informations en temps réel. Une autorité centrale — fût-elle démocratique, technocratique ou « planificatrice indicative » — ne peut les collecter ni les actualiser assez vite.

Le principe de l’adaptation c’est: « les essais et erreurs »doublé de la confrontation des expériences.

En période de reconstruction stable (objectifs simples : acier, électricité, autoroutes), un dirigisme peut accélérer le rattrapage. Dès que les chocs se multiplient (technologie, démographie, prix de l’énergie, concurrence mondiale, mutations des préférences), la rigidité devient un handicap mortel.

Le constructivisme — la croyance que l’on peut dessiner rationnellement l’ordre social et économique depuis le centre — ignore précisément les périodes où « tout redevient variable ».

La France illustre ce phénomène avec une constance remarquable depuis la Première Guerre mondiale.

Après 1918, le poids de la dette, l’inflation et l’instabilité politique ont empêché une stabilisation rapide comparable à celle d’autres pays.

L’entre-deux-guerres a vu une économie relativement fermée, protectionniste et freinée par des structures encore largement pré-industrielles.

La Quatrième République, instable et clientéliste, n’a pas su moderniser les institutions.

Le redressement spectaculaire des Trente Glorieuses (1945-1975) a été réel, grace à la guerre : planification indicative de Monnet, nationalisations ciblées, grands projets. Il s’agissait d’un rattrapage sur des objectifs relativement connus. La croissance a été forte parce que le retard était immense et que le monde extérieur fournissait des technologies et des marchés.

Dès les chocs pétroliers et la fin du rattrapage, les rigidités (marché du travail, corporatismes, niveau déjà élevé des dépenses) sont devenues visibles.

Le tournant décisif arrive en 1981.

L’expérience de «socialisme démocratique» de Mitterrand (nationalisations massives, relance par la demande, hausse des dépenses) a produit un choc négatif immédiat.

Mietterrand et sa bande ont oublié que pour faire une vraie transition socialiste , il fallait non pas décréter mais penser la transition: comment passe t on d’un système et d’une logique à une autre quand on est plongé dans un monde qui impose ses valeurs? Mitterrand a refusé , par peur et incapacité intellectuelle la seule possibilité qui était l’isolement de la France pendant la transition.

Des travaux utilisant la méthode du contrôle synthétique estiment qu’en 1996 la France aurait été environ 20-26 % plus riche sans cette fausse rupture.

L’investissement et l’offre de travail ont chuté durablement ; la consommation publique a augmenté. Le « tournant de la rigueur » de 1983 a freiné le pire, mais n’a pas inversé la logique. Les dépenses publiques, déjà en hausse depuis le milieu des années 1970, sont passées d’environ 46 % du PIB en 1975 à plus de 57 % aujourd’hui. Les déficits sont quasi continus depuis 1974-1975 ; la dette publique est montée de niveaux bas à plus de 110-115 % du PIB. La part des prestations sociales explique l’essentiel de la hausse des dépenses. Controntée à ses erreurs , la France a acheté la paix sociale.

Depuis, le modèle français combine un État omniprésent (fonction publique, régulation dense, corporatismes) et une croissance structurellement faible.

Le PIB par habitant a décroché par rapport à l’Allemagne (écart notable depuis les années 1990-2000 et encore plus marqué en PPA). L’emploi, surtout des jeunes et des seniors, reste plus bas ; la base industrielle s’est érodée.

Les réformes de fond mal pesnées (retraites, marché du travail, simplification administrative) se heurtent systématiquement à des blocages.

Les élites — bourgeoisie, haute administration, partis, syndicats du secteur public et entreprises protégées — ont un intérêt objectif -même si il est non conscient- au statu quo. Le système cooptatif de rente centralisé et peu concurrentiel, comme l’a noté une analyse récente, fait prévaloir les intérêts de l’État administratif sur l’adaptation. Les élites ne sont pas seulement « en retard » : elles sont structurellement conservatrices parce que la flexibilité menacerait leurs positions, leurs réseaux et la capacité de redistribution qui légitime leur pouvoir.

Un État qui absorbe plus de la moitié de la production de l’économie et promet une protection étendue fonctionne tant que les taux d’intérêt sont bas, la croissance suffisante et le consensus politique fort. Dès que les variables changent (taux d’intérêt, démographie, concurrence technologique, prix relatifs), le système devient vulnérable. La rareté révèle toutes les failles.

Les grèves et l’instabilité politique récurrentes ne sont pas des accidents : elles sont le symptôme d’une société bloquée où l’ajustement est perçu à tous les niveaux comme une attaque contre des droits acquis.

Le dirigisme français a pu servir une phase de reconstruction et de rattrapage. Il est devenu un frein dès que le monde a exigé une adaptation continue. Les élites françaises ne l’ont pas compris , elles qui ont choisi d’exposer le pays au Grand Large, aux valeurs mondiales, tout en préservant les valeurs Françaises.

La France a échoué systémiquement ; elle a échoué dans la tentation fasciste des années 30 et la Kollaboration; elle a echoué dans la sociale démocratie, puis échoué à nouveau dans le libéralisme …

Tout cela a la même cause; la méconnaissance des règles du jeu incontournables de chaque système et l’illusion que la centralisation et l’administration, et la volonté politique peuvent dispenser d’obéir aux règles fondamentales imposées par chaque système; la France passe son temps depuis la première guerre mondiale à refuser de choisir, à tout mélanger, bref a faire « le grand écart entre les systèmes »; et « le grand écart » comme disait le génial Georges Marchais, cela fait mal aux couilles.

Les élites tirent bénéfice de ces non-choix, de ces incohérences — prestige, emplois, prébendes, pouvoir de redistribution — elles résistent donc à la décentralisation et à l’expérimentation.

Dans une époque de mutations rapides (intelligence artificielle, transition énergétique, vieillissement, recompositions géopolitiques), cette rigidité n’est plus une simple inefficacité : c’est un crime qui fait courir au pays un risque systémique de déclin relatif durable.

Les pays qui laissent davantage de place aux mécanismes décentralisés d’adaptation ne sont pas magiquement exempts de problèmes, mais ils ajustent plus vite et à moindre coût fiscal et politique.

La France, depuis plus d’un siècle, choisit souvent l’inverse.

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