L’inflation de la zone euro déraille à 4 % en octobre 2026

L’inflation de la zone euro déraille à 4 % en octobre 2026 : le choc énergétique et les services font déraper les prix

L’inflation dans la zone euro a atteint 4,0 % en octobre 2026 (estimation rapide d’Eurostat), en hausse par rapport à 3,8 % en septembre.

Il s’agit du niveau le plus élevé depuis septembre 2023. Ce chiffre est deux fois supérieur à l’objectif de 2 % de la Banque centrale européenne (BCE).

Hervé Hannoun, ancien directeur général adjoint de la Banque des règlements internationaux (BRI) et ancien sous-gouverneur de la Banque de France, a souligné cette accélération dans un post sur X : malgré une baisse «artificielle» de l’inflation allemande à 2,8 % (liée à une baisse de taxe), l’inflation de la zone euro monte à 4 %. Il pointe les prix de l’énergie (+20,8 %) et ceux des services (+3,3 %), qui représentent près de la moitié de l’indice.

La quasi-totalité de la hausse s’explique par l’énergie. Les prix de l’énergie ont bondi de 20,8 % sur un an (contre 18,9 % en septembre), contribuant pour environ 1,9 point à l’inflation globale. L’énergie ne pèse qu’environ 9 % dans le panier de consommation, mais son envolée est spectaculaire.

La cause principale est le conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, qui perturbe le détroit d’Ormuz et fait grimper les prix du pétrole, du gaz et des carburants. L’Europe, fortement dépendante des importations énergétiques, subit de plein fouet ce choc, quatre ans après celui lié à la guerre en Ukraine.

Les autres composantes évoluent plus modérément :

  • Services : +3,3 % (contre 3,2 % en septembre). Ils représentent près de 50 % de l’indice et restent trop élevés.
  • Alimentation non transformée : +4,6 %.
  • Biens industriels hors énergie : +1,2 %.
  • Inflation sous-jacente (hors énergie, alimentation, alcool et tabac) : stable à 2,5 %.

Des écarts sont très marqués entre pays, la moyenne de 4 % masque de fortes divergences :

  • Allemagne : 2,8 % (en baisse de 3,3 %). Cette détente est largement due à une baisse temporaire de la taxe sur les carburants (environ 14 à 17 centimes par litre, effective du 1er octobre au 31 décembre 2026). Sans cette mesure, l’inflation allemande serait restée nettement plus élevée.
  • Italie : 5,6 % (contre 4,2 % en septembre), la plus forte accélération de la zone.
  • France : autour de 3,8 % (indice harmonisé).
  • Plusieurs pays dépassent 5 % (Italie, Grèce, Belgique…). Seuls trois pays sur 21 affichent une inflation inférieure à 3 %.

La BCE est prise en étau! La BCE a maintenu ses taux inchangés fin octobre (taux de dépôt à 2,50 %), mais les marchés anticipent fortement une hausse de 25 points de base en décembre. Des responsables, notamment des banques centrales allemande et italienne, ont déjà signalé cette orientation.

L’institution craint que le choc énergétique, s’il se prolonge, n’alimente des effets de second tour (salaires, services) et n’ancre l’inflation au-dessus de la cible.

Certains économistes relativisent toutefois : l’inflation sous-jacente reste stable à 2,5 % et les effets de second tour semblent pour l’instant limités. La capacité des ménages à absorber de nouvelles hausses de prix est plus faible qu’en 2022. D’autres prévoient un pic autour de 4,5 % début 2027 avant un reflux progressif.

Comme le souligne Hannoun, même après une baisse artificielle en Allemagne, la zone euro affiche une inflation deux fois supérieure à l’objectif de la BCE. L’énergie explique l’essentiel du dérapage, mais les services restent trop dynamiques. Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et de stocks de gaz bas, le risque d’une inflation durablement trop élevée — et donc de nouvelles hausses de taux — reste bien réel. Les ménages européens, déjà sous pression, en paient le prix au quotidien.

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