Rheinmetall : la réalité rattrape le récit du réarmementL’action Rheinmetall a plongé de plus de 18 % jeudi à Francfort, au point que la cotation a dû être brièvement suspendue.
Le géant allemand de la défense a abaissé pour la deuxième fois en trois mois son objectif de ventes pour 2026, le ramenant à environ 13,2 milliards d’euros (contre une fourchette précédente de 13,7 à 14,2 milliards) et réduit sa marge opérationnelle cible à 18,5 % (contre 19 %).
La cause principale est le glissement du programme Arminius de véhicules blindés Boxer pour la Bundeswehr. La commande, longtemps présentée comme un catalyseur majeur, ne sera pas signée cette année.
Les acomptes et les revenus associés sont reportés à 2027. S’y ajoutent des retards dans les acceptations de lots de munitions d’artillerie et des revenus plus faibles qu’espéré sur certaines activités nouvelles.
Le marché a sanctionné brutalement.
Pourtant le troisième trimestre était solide : ventes en hausse à 3,15 milliards d’euros, résultat opérationnel en progression de 62 %. Le carnet de commandes reste élevé.
Le problème n’est pas la demande – l’Europe réarme – mais l’exécution : délais bureaucratiques, validations lentes, report de programmes publics.
C’est le deuxième avertissement en quelques mois, après l’annulation du programme de frégates F126.
Les investisseurs commencent à douter de la capacité de Rheinmetall à transformer le discours politique en chiffres livrés à temps. Le réarmement européen est réel sur le papier. Sur le terrain industriel et dans les calendriers gouvernementaux, il reste pour l’instant plus lent et plus chaotique que les valorisations boursières ne le supposaient.