La Grèce n’est qu’un révélateur, un messager de mauvais augure;

Nous avons à plusieurs reprises expliqué que le refus de l’Allemagne de se rallier à une solution raisonnable pour le surendettement Grec était lié à sa conception morale et philosophique.

La conception Allemande est non pas économique, mais juridique. Les contrats doivent être respectés. Même si la morale, en fait, recouvre l’égoisme des intérêts du pays et de ses dirigeants.

Nous avons rappelé que cette conception était à géométrie variable puisque l’Allemagne a bénéficié au moins à deux reprises du pardon de ses dettes. La politique intérieure et la montée des eurosceptiques explique également bien des choses en particulier le double langage que Merkel a utilisé pendant toute la période ou elle a fait semblant de croire au respect par la Grèce de ses obligations.

Ce qui est en jeu, derrière les négociations et les ultimatums, c’est ni plus ni moins que le bien fondé de la solution Allemande, la solution de l’austérité. L’ économie internationale se gère comme un ménage, en bon père de famille proclament les Allemands  ! Le donnant-donnant , aide contre effort doit -être la règle, le contrat . Il faut démontrer que cette voie ne peut être contestée et que la convergence est et reste la solution à tous les maux. Faute de réussir à en maintenir le mythe, l’Europe risque d’abord la contagion par le mauvais exemple, puis la dislocation. A tout prix il faut maintenir les fictions sur lesquelles reposent les « remèdes » européens , l’austérité, le « extend and pretend », l’exemplarité du modèle Allemand et bien sur cette idée que les pays du Nord n’ont aucune responsabilité dans les déficits des pays du Sud car les Allemands ont inventé un système nouveau dans lequel les excédents des uns n’ont pas pour contrepartie les déficits des autres. Comment soutenir que l’on peut enregistrer un excédent structurel de 7% de son GDP et oser se donner en modèle aux autres ? Comment peut-on accumuler un trésor de guerre, un butin de 1 trillion et prétendre que tout le monde peut en faire autant ?

Tout ceci conduit à escamoter, à enfouir le problème initial, le vice de la construction Européenne d’abord et celui de la conception de l’euro ensuite. Nous sommes tellement lassés d’entendre cette rengaine que nous n’osons plus l’évoquer. La construction Européenne était viciée car elle reposait sur la tête. Cela nous fait penser à ces couples qui ne s’entendent plus guère et qui croient sauver leur union, par la venue d’un nouvel enfant. Hélas, cela ne résout aucun problème, cela les aggrave et les multiplie. L’union monétaire a été créée sur la tête, à l’envers, on a cru que le symbole, le signe produirait la réalité. La création de l’euro mettait la charrue avant les boeufs, elle était politique , mais sans volonté politique réelle. On espérait que le désir viendrait après.

L’évidence de l’absence de désir politique, gouvernemental ou populaire se donne à voir dans la question de la mise en commun fiscale. On a voulu une union monétaire , tout en sachant que les peuples ne voulaient pas d’une union fiscale ; on a voulu faire un enfant, mais sans l’appétit du vivre ensemble.

Il en va de la question de l’échec de la construction Européenne, de la faillite de l’euro comme de toutes les autres grandes questions, telles que l’immigration, le terrorisme, le pouvoir des banques, les mœurs : on n’a pas le droit de les aborder, on est disqualifié si on en parle. Il y a des dogmes, des tabous que l’on ne saurait effleurer sans être taxé de ringard, de fasciste, de raciste, d’extrémiste …

C’est plus que de la bien-pensance ou du politiquement correct, c’est une sorte de mystère de notre époque, on a reconstitué le sacré avec du pur profane, voire du vulgaire.

Déjà en 1992 Wynne Godley écrivait : « Je suis favorable à la construction européenne et à la tentative d’intégration politique, mais les propositions du Traité de Maastricht, telles qu’elles sont faites sont sérieusement défaillantes, et curieusement , toute discussion publique en à été quasi impossible ».

Godley s’étonnait, déjà à cette époque, que l’on ait pu croire que la création d’une Banque Centrale indépendante allait seule résoudre tous les problèmes ! Nous ne cessons de répéter que pour croire cela, il faut croire à la magie qui agit par ses signes, et réussit à modifier la matière. Il faut croire aux illusions et au pouvoir des illusionnistes. La monnaie joue un rôle, dans les économies, bien sur, mais elle ne produit pas les économies, elle est auxiliaire de la production, de la circulation , de l’investissement etc. Elle ne suffit pas à produire un cadre économique, des structures, des superstructures, des codes, toutes choses qui ont une épaisseur, qui offrent une résistance. Et Dieu sait si des résistances, incarnées dans les avantages acquis, il y en a. Il y en encore plus, quand la quand la monnaie est dirigée, étatisée, socialisée .

Et puis, même dans un monde qui serait parfait, il reste toujours la question de la transition vers ce monde parfait ! Comment résoudre les déséquilibres qui se révèlent au cours de la transition ? Précisément, ces déséquilibres impliquent un mouvement, des mouvements et les mouvements sont fondés sur une suite de déséquilibres. Il faut que d’autres outils puissent être utilisés ne serait-ce que pour parvenir au monde parfait ! Nous sommes en plein dans le problème actuel , celui de la convergence, celui de la transition. Celui que les pays du Nord nient avec une étonnante mauvaise foi.

La question centrale pour les gens comme Godley était celle du sinistre économique, celle de la dépression avec ses conséquence, le chômage, et la cassure du consensus social. Ce n’est pas un hasard si les problèmes des périphériques et singulièrement ceux de la Grèce se sont manifestés après la Grande Crise Financière et son avatar la Grande Crise Economique. On a tendance à l’oublier !

La crise Grecque n’est pas tombée du ciel, elle a eu un déclencheur. Et c’est parce que le système issu de Maastricht était imparfait et défaillant que l’on s’est enfoncé. Le fait d’ôter aux pays souverains la possibilité de se servir des outils habituels, mais sans leur donner la faculté de bénéficier d’instruments collectifs, communs, mutualisés, était un pari contre le bon sens . Et le pari a bien entendu été perdu.

Le Pacte de Stabilité,sorte de contrat collectif était et est un défi aux incertitudes de la vie économique, il met du mort sur du vivant, du fixe sur du variable, du parfait sur de l’imparfait. En fait il suppose le problème de l’harmonisation, de la convergence et de la transition résolus alors qu’il s’agit de se donner les moyens de les affronter. Le fait d’abandonner comme on le fait sans le dire, la contrainte d ‘austérité et de la remplacer par l’impératif des réformes ne change rien à la nécessité de disposer d’un cadre très souple, très tolérant pour la transition.

Les Allemands, rigides ne sont pas plus adaptés aux défis de la situation que ceux qu’ils critiquent, les Grecs.

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