Editorial: La prochaine crise ne sera pas bancaire, ce sera une crise des marchés. Avec une annexe

Je défends souvent l’idée que Bernanke, Yellen , Draghi et autres mènent le combat de la dernière guerre. Ils n’ont pas compris que tout ce qu’ils croient savoir sur ce qui s’est passé en 1929 est faux. C’est un faux savoir, même pas gai, une vision révisionniste de l’histoire. Je passe sur le diagnostic, il  est à mourir de rire puisqu’il soutient que c’est parce que la Fed n’a pas été assez stimulante et qu’elle a laissé les dettes et les liquidités se contracter que la crise s’est aggravée. Nos PHD oublient tout ce qui s’est passé avant, c’est à dire les excès spéculatifs, les innovations technologiques qui créent des besoins de destruction,  et la sur-stimulation monétaire, le coup de Whisky de Benjamin Strong etc. C’est tout ce qui s’est passé avant, pendant les années d’euphorie, qui est la cause, la vraie cause de la gravité de la crise. La crise était une crise de l’économie réelle mal ajustée, ses aspects financiers n’étaient que des symptômes. Le fait qu’on n’ait pas su ou pu la gérer monétairement et bancairement est une autre histoire.

Mais cet aspect de révisionnisme n’est pas le plus important, non, ce que nous considérons comme plus important, c’est que l’on transpose, que l’on applique des remèdes qui sont inspirés par l’analyse de ce qui s’est passé dans une période historique différente. En mot, le monde n’est plus le même qu’en 1929, les structures, le contexte, la culture, tout est différent.  Or pour agir efficacement, il faudrait une intelligence qui soit capable saisir en quoi le monde est différent maintenant. Et en plus être capable de déceler le facteur qui va jouer et surprendre tout le monde. Le sujet est vaste et ce sont les historiens futurs, ceux  de la prochaine crise, qui pourront le voir clairement, quand elle se sera produite. C’est exactement la même situation que celle que l’on connaît bien en matière militaire, les généraux reproduisent toujours la dernière guerre.

L’ordre du monde n’est plus le même, les communications, les vitesses d’exécution, les psychologies, les savoirs, les poids des acteurs, les enjeux des relations entre les acteurs,  également , tout cela est neuf. Rien n’a jamais été comme maintenant, malgré les apparentes similitudes. déjà, le nombre de paradoxes non expliqués, de réactions atypiques,  est considérable, mais on n’y prête guère attention, or c’est justement sur ce qui est inexpliqué que les élites devraient travailler au lieu de le balayer d’un prétentieux revers de la main. Nos révisionnistes étudient le passé, ils feraient mieux d’essayer de comprendre l’originalité profonde, radicale, organique de la situation présente.

Ce qui se passe depuis le premier semestre de 2013, lors des premières rumeurs de Taper, devrait leur mettre la puce à l’oreille, devrait leur pointer les nouveautés. Et tout ce qui se passe depuis, ne fait que renforcer et clarifier les signaux. qui nous sont envoyés par le monde réel. Hélas, ils sont aveugles à cette réalité qui crève les yeux, le maître du jeu à notre époque, c’est cette entité opaque, ce Dieu  que l’on appelle « les marchés ». Ils ont pris le pouvoir. Et si on croit les commander, c’est en fait pour mieux leur obéir, pour mieux les servir. personne ne s’avise d’analyser, de décortiquer ce que c’est que cette tyrannie du « risk-on » dont nos maîtres sont les esclaves

Notre thèse est que la différence radicale entre 1929 et la période actuelle est constituée par le fait que les banques commerciales traditionnelles ont perdu leur rôle central dans la production de crédit . Le modèle de production du crédit a été révolutionné. Le rôle organique central, a été transféré aux marchés. ce sont les marchés qui produisent directement ou indirectement le crédit. Sortir le crédit de la sphère bancaire traditionnelle, surveillée, contrôlée, cernée et le mettre sur les marchés a été une colossale erreur. On a oublié de bien regarder le mot « crédit » et de voir que dans ce mot, il y quelque chose qui pointe l’irrationnel, la confiance. On a livré le moteur essentiel de la vie économique, à l’irrationnel. On a cédé à l’attrait de la facilité. Pourquoi? Parce que le crédit en banque est circonscrit. Même quand il est douteuX, les défaillances sont gérables. Et puis les critères de la production de crédit bancaire classique sont dominés par la compétence, l’expérience, la prudence, tandis que la production de crédit pour et par les marchés n’a qu’un seul critère, la recherche du profit maximum, rapide, facile. Quelle que soit la qualité. Le fait que l’on puisse produire du crédit, l’empaqueter et le balancer aux marchés et aux institutions sous équipées , naïves ou corrompues, ne peut que produire une masse énorme d’actifs douteux.  Surtout quand les marges sont faibles, il faut faire du chiffre. Le pire est que tout le monde le sait et c’est très grave, car on se trouve dans la situation des  subprimes de logement: tout le monde  sachant que cela était pourri, quand les pots aux roses se sont découverts, alors, il n’y a plus eu de  contrepartie, on a eu  le trou. Le fait que le crédit soit sur les marchés  produit deux éléments fondamentaux, d’abord sa qualité se dégrade, ensuite il est soumis aux caprices de la confiance. Et pas seulement ici , mais également là, à l’autre bout du monde. Cela le met en quelque sorte sous la menace perpétuelle, permanente de révulsion par l’imprévu, par des mouvements de foule, par l’excitation des animal spirits.

Voila la différence essentielle avec le système antérieur. La prochaine crise ne sera pas bancaire, on mène un combat d’arrière garde, la prochaine sera celle des marchés.

Note:

Apprenez à considérer que le système financier c’est (marchés+banques) et que ce qui est premier, ce sont les marchés.

A partir de là vous ne vous étonnerez plus de la corrélation entre la tenue des marchés et l’évolution du cours des banques.

Les marchés ne représentent plus le public, l’économie, ils ne sont plus  bottom-up, ils sont top-down.

Marchés+Banques, c’est un tout dont le maillon faible est non pas les banques mais les marchés. Le vrai sous jacent de la survie et de la solvabilité des banques, ce ne sont pas les emplois, les dossiers  individuels , mais la globalité des marchés. Les pertes des banques sur des dossiers individuels sont sans importance et sans intérêt. Quand les banques tomberont, ce sera en masse, et cela  n’aura aucun rapport avec tel ou tel sinistre bancaire, cela aura rapport avec le vice fondamental que nous avons décrit ci dessus et avec la fragilité extrême du fractionnal banking.
ANNEXE

When in several years, experts will clamor that « nobody could have possibly seen it coming », we want to make sure that at least our readers « saw it coming » wide and clear from a mile away.

The chart below shows very clearly what is the next bubble, one which has nothing to do with such philosophical concepts as « what is money », or « net is not gross », and everything to do with a clear injection of debt with the sole intention of shifting consumer preferences and (mis)allocating capital.

Presenting the total loans owned by the Federal government as disclosed in the Fed’s monthly G.19 statement [3]on consumer credit – from $100 billion in 2008 this number is now almost $1 trillion.

[4]

Actually, one explanation: since credit is just a source of funds, there has to be a matched use of funds.

There is.

First, the bulk of US « government-held » has gone into auto loans [5], which as shown in the chart below, not only have surpassed total credit card (revolving) debt, but as of Sept. 30 just topped the credit card debt held by US consumer at the peak of the last bubble when housing was at all time highs, and consumers « charged it » like there was no tomorrow.

[6]

And then, of course, there is the student loan [7]bubble.

[8]

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