Yellen se moque du monde et elle se déconsidère.

A l’issue d’une réunion de deux jours à Washington, son comité de politique monétaire (FOMC) a, sans surprise, décidé de maintenir ses taux directeurs dans leur fourchette actuelle (entre 0,25 et 0,50%), suspendant de nouveau la normalisation monétaire tentée en décembre dernier après sept ans de politique de taux zéro.

Mais, fait nouveau, la banque centrale assure désormais que les arguments en faveur d’une nouvelle hausse se sont « renforcés », même si elle dit attendre « pour le moment » de nouveaux progrès vers ses deux objectifs, le plein emploi et une inflation annuelle évoluant autour de 2%.

La Fed dit qu’elle a réussi, vous y croyez vous? 

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Pour appuyer ce diagnostic, le FOMC relève notamment que l’activité économique américaine a récemment « accélérée » après avoir connu une croissance « modeste » pendant la première moitié de l’année.

Dans son communiqué, elle assure également que les gains d’emplois ont été « solides » avec un taux de chômage de 4,9%, et que les dépenses de consommation ( à crédit) des ménages, moteur de la croissance américaine, ont « fortement » progressé.

Là elle se fout de nous! Regardez les ventes au détail!

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Après avoir affirmé que les risques à court terme avaient « diminué », le FOMC assure par ailleurs qu’ils semblent désormais globalement « équilibrés ».

« Nous sommes d’une façon générale satisfait de voir comment l’économie des Etats-Unis se comporte », a affirmé la présidente Janet Yellen. « La plupart d’entre nous » au sein du Comité « estimons que les arguments pour une hausse immédiate ont augmenté, mais il est plus opportun d’attendre de voir davantage de progrès », a-t-elle affirmé répétant que l’économie « n’était pas en surchauffe ».

Note; on ne saura que dans 18 mois si le diagnostic d' »une économie qui n’est pas en surchauffe » était le bon. 

L’économie est plus proche de la récession que de l’accélération de la croissance, comme en témoigne le niveau de la dette des entreprises . 

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Cette ligne n’a toutefois pas fait unanimité au sein du Comité monétaire. Signe des divisions croissantes entre ses 10 membres votants, trois d’entre eux ont refusé de soutenir la décision prise mercredi et auraient souhaité que la banque centrale remonte ses taux de 0,25 point dès à présent.

La dissidence organisée façon sovietique se confirme!

Un tel niveau de division au sein de l’institution n’a pas été vu depuis décembre 2014.

Mme Yellen a souligné qu’une majorité de membres du Comité envisageait une hausse des taux d’ici la fin de l’année, comme cela est visible dans la publication de leurs projections.

Pour justifier ce nouveau statu quo, le FOMC s’emploie à montrer que la reprise américaine reste encore fragile et qu’un tour de vis monétaire pourrait la freiner: l’investissement des entreprises –point noir de l’économie ces derniers mois– reste « faible » et l’inflation continue d’évoluer loin de son objectif de 2% (+0,8%, selon l’indice PCE), note la Fed dans son communiqué.

Dans ses nouvelles projections économiques dévoilées mercredi, la Fed a d’ailleurs de nouveau abaissé sa prévision de croissance économique cette année aux Etats-Unis et s’est montrée également légèrement plus pessimiste sur le front de l’emploi comme de l’inflation.

Le produit intérieur brut (PIB) américain devrait progresser de 1,8% sur un an au dernier trimestre 2016, soit 0,2 point de moins que ce qui était prévu il y a trois mois, selon ces projections.

Sur le front de l’emploi, la banque centrale se montre également moins optimiste et prévoit désormais un taux de chômage de 4,8% cette année, soit 0,1 point de pourcentage de plus que prévu en juin. L’inflation devrait remonter à 1,3% cette année au lieu des 1,4% espérés en juin.

Les faiblesses économiques à l’étranger continuent par ailleurs de planer, indique dans son communiqué la Fed qui assure qu’elle continuera à surveiller « étroitement » l’évolution de la situation économique internationale.

L’économie américaine est également sous la menace d’une autre hypothèque: l’élection présidentielle du 8 novembre dont l’issue reste fortement indécise.

 

2 réflexions sur “Yellen se moque du monde et elle se déconsidère.

  1. Bonjour,

    Je ne sais pas si ces gens sont idiots ou bien si ils font exprès mais toute une partie de la sphère politico-médiatico-financière semble ne pas comprendre que les indicateurs sont des constructions humaines donc soumises potentiellement à des biais cognitifs monstrueux et non des mesures précises de la réalité.

    Je rêve d’un service en ligne qui permettrait de comparer les méthodes de calcul des taux de chômage des grandes économies en partant des chiffres bruts : le chomage en France selon la méthode du BLS, la méthode Allemande, …

    Le taux de chômage à 4,9% est une vaste blague comme indicateur de la force de l’économie américaine quand on regarde les chiffres bruts du BLS.

    Plus personne dans le Main Stream ne regarde comment sont fabriqués ces indicateurs ce qui devrait être le premier réflexe de tout économiste sérieux : un physicien sérieux calibre ses instruments de mesure, étalonne, ….

    Cdlt.

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  2. C’est purement politique.

    Elle ne veut pas fâcher Obama et les Démocrates… Donc pas bouger. Il faut entretenir le mythe du « ça va mieux, ça va bien », entretenir le mythe du « bilan » du Black Jesus.

    La hausse (et encore, l’hypothèse semble totalement fantaisiste)… ne pourrait intervenir qu’après l’élection présidentielle.

    De toute façon, Clinton ou Trump peu importe au fond…. n’oublions pas que la FED ne peut PAS AUGMENTER les taux.

    Un +0.25 pour faire rire la galerie éventuellement…. mais rien de plus.

    Davantage et tout le système vole en éclat.

    Les années passent, la dissonance intellectuelle devient vertigineuse (« l’économie va bien… mais les taux sont toujours à plat »)… dure depuis 2009 et s’intensifie… C’est surréaliste : 7 ans déjà !

    Et ça va continuer. ils ne peuvent pas reculer. Il faut continuer à pédaler.

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