Ne manquez pas, notre opinion de long terme. Scénario Trump, mission impossible

Vous connaissez tous « Mission impossible » et sa bande annonce: le dispositif qui se détruit de lui même par sa propre conception. Nous pensons que Trump a accompli sa mission, purement négative,  et que son dispositif étant miné de l’intérieur, il va s’auto-détruire.

Le vrai phénomène « Trump », ce n’est pas  Trump, asssez banal sinon falot, non c’est la rebellion du peuple d’en bas, des laissés-pour-compte contre la globalisation d’une part et contre les  politiques menées par les globalistes d’autre part.

Trump n’a  jamais été qu’un catalyseur, un « cristalliseur », sa mission et sa légitimité s’arrêtent  là. Trump est limité par ce qu’il est et ce qu’il exprime, le jeu, la spéculation, le spectacle.

Les marchés financiers  font une pause, ils manquent de carburant. Les réactions initiales à l’élection ont épuisé leurs effets, et les opinions et scénarios deviennent plus incertains et balancés. Aussi bien la peur que les espoirs, l’imaginaire que le rêve se dissipent. Mais revenons un peu aux marchés, faisons un détour de leur côté.

Le graphique ci dessous illustre bien ce que nous affirmons depuis l’été, la hausse des taux a débuté bien avant lui. Trump n’est pas responsable de la baisse des obligations et bonds, cette  baisse avait commencé bien avant novembre. La formation de baisse se construit à partir de juin-Juillet comme nous l’avons en son temps diagnostiquée, avec le beau « double top » de Juin/ Aout.

La question qui nous parait centrale, en terme  de marchés, est celle qui se pose sur les taux longs et pour l’instant nous n’y apportons aucune réponse.

Nous avons conseillé de « shorter » ( voir: Le Nouveau Big Short)  les bonds et fonds d’état au plus bas des taux. Le 10 ans US était ce jour là à 1.36% et le taux est monté cette semaine au dessus des 2,30%; ce qui nous fait un écart de près de 100 pbs, mais à ce stade, nous ne faisons plus de pronostic.

Nous n’avons pas d’élément.

Notre conseil de « short » était facilité par le caractère erroné des anticipations de Juin, nous avons fait un beau parcours depuis, mais à 2,30%, la situation n’est plus la même. Les Treasuries US rapportent maintenant plus que les actions. Le  rendement de celles ci , mesuré par le dividende du S&P 500 est de 2%. Les obligations sont plus attrayantes que les actions, selon nous, sur la base de ce que l’on sait, bien sûr. 

Beaucoup d’investisseurs vendent la peau de l’ours, ils construisent un scénario inflationniste, reflationniste sur la base de quelques idées simplistes et mécaniques tirées du programme électoral de Trump. Cela n’est pas très sérieux. Confondre une campagne électorale avec une gestion réelle est une naïveté et Obama a eu raison lorsqu’il l’a rappelé lors de son déplacement en Grèce. « faire campagne, ce n’est pas gouverner » a t-il déclaré. Par ailleurs il a insisté sur le fait que la continuité était une tendance de nos système démocratiques  et il a raison, là également. Obama a subit l’épreuve du réel.

Nous ne pensons pas que les analyses que l’on pouvait faire, analyses que la Fed aussi pouvait faire, il y a quelques semaines, soient entièrement bouleversées.  Il y a des problèmes de fond, des tendances lourdes et au bout du compte elles vont peser en faveur de certaines, pas toutes certes, mais de certaines continuités.

Cela fait 35 ans que les taux baissent, ils baissent depuis juillet 1981, venant de 15,82%.! Nous avons effectivement eu l’impression en Juin que la fin du bull market se dessinait sur les bonds et fonds d’état et que la bulle menaçait d’éclater. Nous avons eu raison, mais cela ne nous empêche pas de rester prudent.

Les autorités en savent autant que nous et elles savent bien que le système  bancaire en particulier ne résisterait pas à un choc de volatilité forte sur les taux de long terme. Ceci est le premier point.

La baisse des valeurs à revenu fixe, des obligations, des fonds d’état doit absolument rester sous contrôle, c’est une question de vie et de mort pour le système. La bulle peut laisser passer de l’air, mais on ne peut se permettre de la laisser éclater. Il faut maintenir une situation d’ensemble sinon ordonnée, mais du moins gérable.

Second point, Il ne faut pas déstabiliser l’édifice des dérivés , des hedges, et  des collatéraux: les dérivés sont le ciment qui fait tenir le système bancaire mondial alors qu’il devrait exploser. Les dérivés maintiennent l’artifice de la capacité bilantielle du système mondial, et cette  capacité bilantielle, c’est ce qui constitue la vraie base monétaire globale. Une hausse des Values at Risk (VaR) contracterait la capacité bilantielle du système bancaire, réduirait le leverage et serait très déflationniste.

Troisième point,  le système est déjà en grosse difficulté avec la pénurie de dollars, avec  « le dollar shortage » constaté sur le refinancement de gros . La BRI vient d’ailleurs de publier une note, (enfin, dirions nous), sur cette question du « dollar shortage », ce qui montre bien que les risques commencent à être sinon connus, du moins entrevus.

Le scénario des derniers jours, celui qui a fait la chute des bonds, la poussée du dollar  et la hausse des actions contient sa propre contradiction. Ce scénario, c’est  le suivant, c’est un scénario simplet, idiot selon nous, il n’est pas dialectique.

Fatal Plan

Il est impraticable et donc improbable:

rabais fiscaux+dérégulation+dépenses de grands travaux+dépenses de défense+protectionnisme  croissance plus forte+inflation plus élevée+politique monétaire plus serrée

Cette équivalence est hautement improbable selon nous. Elle fait s’écrouler l’édifice construit depuis 2008. L’édifice est une pyramide qui tient sur la pointe et cette pointe est constituée par la croyance dans le caractère durable des taux bas.

Elle est partielle, partiale, or vous savez qu’il n’y a de vérité que du tout!

La poursuite de la hausse des taux longs produirait:

-forte hausse du dollar

-resserrement des conditions financières globales

-fuite devant le risque, deleveraging, effondrement du « carry »

-craquements sur les emprunts High Yield et les actions, effet de richesse négatif

-augmentation des taux de sinistres dans le secteur bancaire

-éclatement en chaîne des bulles globales

Ce qui ne peut être supporté par le système, ne peut advenir tant que les autorités ont encore le contrôle, or c’est le cas. Après quand elles l’auront perdu , on verra;  ce sera l’aventure. 

Trump et ses conseillers économiques, en particulier Wilbur Ross, le milliardaire,  n’ont eu de cesse de critiquer Yellen pour les taux bas et leurs conséquences sur les classes moyennes. Mais le programme de Trump, sa faisabilité reposent sur les taux ultra-bas, tout en les poussant à la hausse !

Comment financer 1 trillion de dépenses nouvelles sur des travaux d’infrastructure tout en baissant les prélèvements fiscaux et en s’isolant de l’étranger? Il n’y a qu’une solution c’est celle pratiquée par la Fed au cours de la phase récente de déflation : monétiser. Mais la Fed est déjà engagée dans un processus de hausse des taux , elle est en retard sur les anticipations inflationnistes! Yellen vient de le suggérer ce jour jeudi 17 Novembre. Le programme de Trump repose sur le pari de taux ultra bas, alors qu’il les fait monter quasi mécaniquement.  Et on peut parier que la Fed étant déjà en retard, elle va mettre les bouchées doubles, elle va être agressive.

Le dispositif de Trump parie à la fois sur une chose, les taux ultra-bas  et son contraire, la nécessaire et mécanique  hausse des taux!

C’est la faisabilité même du plan de Trump qui est minée dès le départ, le stimulus fiscal, les dépenses d’infrastructure, les dépenses militaires, les taxes à l’importation  sont incompatibles avec  ce qui les rendraient possibles, les taux bas, la répression financière encore accrue. Comme le dit sous une autre forme Bill Gross, le dispositif Trump favoriserait  le capital, les fameux 1% et les entreprises alors qu’il a fondé sa légitimité sur la promesse d’une ré-augmenation de la part du travail, des salariés et des gens d’en bas,  dans  le revenu national.

Le programme de Trump produirait, si il était appliqué et applicable,  des hausses de taux considérables, lesquelles ne concerneraient pas que les dépenses nouvelles et dettes nouvelles, mais tout le stock de dettes anciennes au fur et à mesure qu’il faudra les « rouler ». Rouler, c’est remplacer les dettes anciennes par des nouvelles au fur et à mesure qu’elles viennent à échéance.

Peu à peu le coût de service de la dette totale augmenterait au point de faire basculer le budget du pays. Ce ne sont pas seulement les nouveaux déficits qu’il faudrait financer, mais également le renchérissement progressif de tout le stock de près de 20 trillions de dettes.

Les sommes en jeu sont colossales, même sans tenir compte de possibles enchaînements négatifs: avec un taux encore bas, de 5% sur les Treasuries, on arrive à un coût de la dette fédérale de l’ordre de 500 milliards soit plus du double du coût actuel , en 2018. (Committee for a Responsible Federal Budget.)

Le programme de Trump, comme la plupart  des programmes politiciens  qu’ils soient classés à droite ou à gauche est un programme de changement. Il est semblable aussi bien aux programmes socialistes que l’on a connu en France avec Mitterrand et Hollande qu’aux programmes du type Reagan: ils rêvent d’une transition sans douleur, sans choc,  presque auto-financée par le retour de la croissance. Tous ces programmes butent sur les déficits, sur les dépenses, bref sur la rareté, sur la comptabilité et l’existence de contraintes extérieures.

Il n’y a pas de changement sans douleur, sans rupture.

L’ancien, ce qu’il faut changer, est enraciné, “embedded” comme disent américains et c’est en fait un boulet. L’ancien est concrétisé par le poids des dettes passées, par les avantages acquis, par les droits à prélever sur les richesses produites. L’ancien est un capital. Le changement sans douleur, c’est le changement des enfants rois (qui veulent tout à la fois) ou des socialistes, de ceux qui ne comprennent pas que pour aller de l’avant il faut choisir, faire son deuil.

Pour mettre en place de nouvelles règles du jeu, il faut liquider les anciennes dans ce qu’elles ont de mort, de rigidifié, dans leur pesanteur. Ici l’ancien est matérialisé par le capital inefficace empilé depuis 35 ans, dans les bulles soufflées depuis la “tenure” de Greenspan, dans tout ce qui n’ a de valeur que dans le cadre de la poursuite de la globalisation. Americanism contre globalism , implique d’abord et avant tout une phase terrible faite de sang et de larmes, pas d’euphorie. Le programme de Trump passe par l’éclatement de la Bulle. Il n’y est pas prêt, les Américains non plus. Trump n’est pas Churchill!

En Prime: 

University of Chicago finance Professor John Cochrane:

Here’s the nightmare scenario: Suppose that four years from now, interest rates rise 5%, i.e., go back to normal, and the U.S. has $20 trillion outstanding. Interest costs alone will rise $1 trillion (5% of $20 trillion) multiplying already unsustainable deficits! This is what happened to Italy, Spain and Portugal. Don’t think it can’t happen to us. It’s even more likely, because fear of inflation — which did not hit them, since they are on the euro — can hit us.

L’économiste Richard Duncan a publié une lettre de conseils à Trump:

You have… been elected at a time when the global economy is in grave danger of collapsing into a depression, one from which it might not recover for decades — if ever… If interest rates go up significantly, the bubble will pop and the New Great Depression will begin. One wrong move on your part and the economy will spiral out of control into a depression. It won’t be short and sharp like 1921. It will be long and devastating like 1929–1945.

Sur la pénurie de dollars 

16 NOVEMBER 2016 • 11:10AM

The soaring US dollar is causing mounting strains for the global financial system and ultimately threatens to set off a full-blown banking crisis in emerging markets, the world’s top’s economic watchdog has warned.

We have all the symptoms of a dollar shortage,” said Hyun Song Shin, chief economist at the Bank for International Settlements.

The warning came as the closely-watched dollar index (DXY) appeared close to breaking through key resistance levels to a 14-year high, a move likely to trigger a stampede into the US currency as hedge funds and momentum traders join the chase.

The danger is that the powerful and immediate effects of financial tightening will “swamp” any trade benefits for the rest of the world from Donald Trump’s stimulus plans and a stronger dollar, even for countries that export heavily to the US. “It may not be very good news for anyone,” Mr Shin told a specialist.

 

3 réflexions sur “Ne manquez pas, notre opinion de long terme. Scénario Trump, mission impossible

  1. Vous voulez prendre les paris sur le retour de la pièce d’un trillion de dollar?

    Ou… deux? Ou trois? Ou vingt? Variation numismate sur le Helicopter Money de Bernanke-le-facheux ?

    Ahhhhh là on rigolerait un bon coup! Le fameux grand reset…
    Quant à la légalité de la chose, Trump a à la fois le Congrès et le Sénat et pourra nommer jusqu’à 4 juges de la cour suprême. Ça devrait pouvoir s’arranger…

    Et les autres? Le reste du monde? Ne jamais oublier cette phrase de John Connally « le dollar est notre monnaie mais c’est votre problème ». Vae Victis !

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  2. Il ne faut pas voir dans Trump l’homme providentiel qui va écrire l’Histoire ou recréer une situation antérieure devenue obsolète. « l’Histoire ne repasse pas les plats ».
    L’Histoire s’écrit d’elle même dans un mouvement d’auto-réalisation qui rend nécessaire l’arrivée de Trump à la tête de la première puissance mondiale. Cette mutation historique du système capitaliste mondialiste est rendue nécessaire par la tentative de reproduction dudit système qui se heurte aujourd’hui à la matérialisation de ses propres contradictions.
    Impossible d’avoir un coup d’avance dans ce contexte instable, soyons humbles …

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