Les élites ont échoué, ce n’est pas leur faute, il n’y avait rien à faire

Le monde entier crie haro sur le baudet Trump. Il tente, ô sacrilège, de relancer la croissance aux Etats-unis alors que le consensus des bien-pensants proclame que c’est impossible. Plutôt que d’engager honnêtement le débat et de remettre en question les actions qui ont été engagées tout au long de ces dernières décennies et singulièrement depuis 2008, les élites  préfèrent marteler: « nous entrons dans une phase de croissance séculaire durablement ralentie ». La « science économique » a bifurqué vers une auto-justification. Au lieu de reconnaître qu’elle s’est trompée, et qu’elle n’a aucune idée de ce qui se passe et de ce qui s’est passé, elle prétend s’exonérer et affirmer, sans preuve, sans démonstration et à l’encontre de toute l’expérience historique : « si nous avons échoué c’est parce que votre fille est muette, la croissance ne repart pas parce qu’elle est durablement ralentie ». Ah les braves gens!

Le constat s’impose, et c’est vrai la croissance ralentit et c’est vrai partout dans le monde. Partout et au même moment. L’économie se traîne, elle patauge. Les plus malhonnêtes tentent de tromper les peuples et affirment que nous y sommes presque, l’inflation approcherait  les 2% et les taux de chômage officiels se dirigeraient vers les taux naturels.

Ces affirmations de pure propagande ne trompent que les politiciens en mal de réélection et les médias qui sont leurs complices, la réalité est que malgré tous les « remèdes exceptionnels »: cela ne repart pas. Alors que la conclusion logique, honnête, civique  serait de dire, « nous nous sommes trompés », ils préfèrent répéter en choeur: « ce n’est pas notre faute ». C’est le sens  d’une Conférence tenue, organisée par la Banque de France et le Collège de France le lundi 16 janvier 2017. On en  trouvera l’essentiel ci dessous.

La première chose à remarquer est que nos conférenciers ont la mémoire courte, très courte car la problématique qu’ils prétendent éclairer à déjà dominé les débats en … 1938! Alors que l’on croyait que l’économie était sortie d’affaire, sortie de la Grande Dépression, une rechute terrible est intervenue en 1937, rechute terrible , qui a balayé toutes les illusions, les idées et les théories que l’on se faisait de la crise. Rien à cette époque ne s’est passé comme prévu, rien ne correspondait aux expériences passées et aux attentes concernant le futur. D’où la tentation de proposer  la thèse de la stagnation permanente.


Tout ce qui doit être dit a déja été dit, mais comme personne n’écoute, alors il faut sans cesse répéter la même chose. André Gide.

L’expression « stagnation séculaire » a été forgée par Alvin Hansen à l’occasion d’un discours prononcé en 1938. Economic Progress and Declining Population Growth. Après une illusion de reprise artificielle de 1933 à 1937, , l’économie a glissé de nouveau en récession en 1938. La capacité de la machine économique à produire des richesses a rechuté, elle n’a pas réussi à rattraper les niveaux de 1928.  Cela ne vous rappelle rien?
Hansen  énonce dès 1938 et 1939 des hypothèses qui sonnent étrangement semblables à celles des économistes et des banquiers centraux du présent: croissance de la population ralentie, pas de nouveaux territoires à exploiter et bien sur la tarte à la crème de l’insuffisance de progrès technologiques majeurs , des freins à la productivité comme le pouvoir des syndicats, les cartels, les pratiques monopolistiques.
En résumé Hansen dès 1938 fait la même hypothèse que les élites actuelles , l’hypothèse d’une croissance séculaire ralentie et il invoque les mêmes causes, la démographie, l’absence de nouveaux espaces économiques à conquérir et la fin apparente d’un cycle d’innovations. Cela devrait faire réfléchir, car après tout la croissance est bel et bien revenue entre temps , n’en déplaise aux économistes d’alors et elle reviendra n’en déplaise à ceux d’aujourd’hui.
Face à un échec, l’homme a toujours tendance à se dédouaner, et c’est normal puisque souvent il établit sa carrière, son prestige, non pas sur ses mérites authentiques mais sur des arguments d’autorité. Et c’est d’autant plus vrai dans le domaine des fausses sciences comme l’économie, fausse science dominée par des monopoles de pensée, comme les PHD et le quarteron du MIT.
Au moins dans les sciences exactes, les faussaires sont démasqués, avec le temps, mais dans les fausses sciences, ce n’est quasi jamais le cas, car l’expérience malheureusement ne sert à rien … on répète les mêmes erreurs.
La répétition est incluse dans les théories économiques, tout comme les extrapolations. Surtout à notre époque ou les mathématiques et les modèles ont remplacé la compréhension des phénomènes et même la réflexion tout court. Qu’est ce qu’un modèle si c e n’est par définition, la formalisation plus ou moins complexe de la répétition du passé? On ne trouve rien dans un modèle que l’on n’y mette déjà. Un modèle c’est de la cristallisation diafoirique de l’idéologie. Ainsi que dire du ridicule des tenants de l’hypothèse de la stagnation permanente  lors de l’explosion du Baby Boom!
Nos monopoleurs de la pensée ne se rendent même pas compte de l’absurdité de leur démarche jalonnée de  fétiches comme les fameux 2% d’inflation ou l’imbécile miroir aux alouettes des 5% de chômage. Ces fétiches ne résistent pas à l’examen critique scientifique d’un étudiant en Master: ce sont des abstractions réifiées, déifiées, posées comme si elles correspondaient à une réalité, alors qu’elles sont des voiles; elles masquent. C’est en dessous qu’il faut aller, qu’il faut gratter, sortir les vraies variables qui comptent. Ah le couple 2 plus 5 de Bernanke et de Yellen! Et que penser de l’étape suivante, celle du rapport entre le 2 et le 5 et l’inflation?

Les fétiches ne s’arrêtent pas là: que dire des trillions qui sont venus gonfler les bilans des banques centrales, de ces zéros dans les livres de compte, de cette monnaie zombie qui n’a jamais franchi le seuil de sa pierre tombale.  Face à leur échec provoqué par des théories idiotes, les banquiers centraux ont gorgé le système de réserves oisives et ils s’étonnent, ils affirment que l’on ne peut rien faire de plus; « si nous avons échoué à relancer la demande, c’est qu’il y a autre chose, c’est la faute à la stagnation permanente.  Votre fille ne parle pas parce qu’elle est muette ». La bonne question face à l’échec des QE était de s’interroger … sur la nature de la monnaie et de comprendre qu’elle n’est pas ce que l’on croit, que les enseignements de  Friedman et les gloses de Bernanke sont dépassées et de reprendre la question là ou  l’avait laissée Greenspan; nous ne savons plus ce qu’est  la monnaie. Et si on ne sait plus ce qu’est la monnaie on ne sait plus , par simple logique ce qu’est ‘est la stimulation monétaire. Les banques ne prêtent pas à partir des réserves! Et puis surtout la monnaie à considérer est non pas nationale ou américaine, mais mondiale. Il aurait, il faudrait éclaircir les rapports entre ce que l’on appelle monnaie et les dérivés, le risque, les capacités bilantielles des banques par exemple.

Non seulement ils n’ont rien vu venir, la crise les a pris au dépourvu, mais quand elle a été là,  ils n’ont pas su la reconnaître et maintenant ils nous disent que c’est un état permanent. Bientôt ils nous diront que c’est un état permanent depuis les années 30 et qu’en fait ce qui s’est passé entre temps, c’est une parenthèse, presque une erreur de l’histoire. Eux auraient  raison, c’est l’histoire qui aurait  tort

Le malthusianisme, les théories de la finitude, la croissance zéro sont des idéologies dangereuses car elles  donnent des justifications à des politiques scélérates, des politiques de régression,  de renoncement et de la résignation. Plus la théorie de la stagnation permanente gagnera des adeptes, et plus le monde deviendra dangereux, voila ce qu’il faut oser dire et répéter.
Nous avons souvent critiqué les banquiers, surtout les pires d’entre eux, les banquiers centraux. Dès 2009 nous avons affirmé qu’il faudrait un jour les juger et faire en sorte qu’ils soient rendus responsables de leurs fautes . Rien dans l’évolution du monde ne conduit ou ne justifie  la stagnation si ce ne sont les actions des banquiers eux mêmes . Ce qui s’est passé au quatrième trimestre de 2008 est leur faute et tout le reste n’a été qu’un tissus d’erreurs, un voile jeté sur ces fautes.
Au lieu de s’installer  dans la rareté et de s’en laver les mains les élites feraient bien d’abord d’admettre leurs erreurs, ensuite de comprendre comment nous en sommes arrivés là et enfin de voir dans quelle mesure, il est possible de prendre appui sur les changements politiques en cours pour redresser la barre et relancer la machine à produire des richesses.  L’élection de Trump, les populismes, sont des révoltes, des rebellions contre ces perspectives durablement néfastes. Trump et ses conseils ne sont pas la solution, ils n’ont pas les bonnes solutions, mais au moins ils sont un premier pas, celui du refus de ce que l’on veut nous faire prendre pour une fatalité.
En Prime 

« Stagnation séculaire et mesure de la croissance » – Conférence organisée par la Banque de France et le Collège de France

La conférence sera introduite par M. François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, et rassemblera des universitaires de premier plan, notamment Philippe Aghion, Barry Eichengreen et Robert Gordon, ainsi que des représentants de haut niveau d’institutions nationales ou internationales, notamment Catherine L. Mann, chef économiste de l’OCDE, Peter Praet, Membre du Directoire de la BCE, et Jean-Luc Tavernier, Directeur général de l’INSEE.

« Stagnation séculaire et mesure de la croissance »

Lundi 16 janvier 2017

Auditorium de la Banque de France

31, rue Croix des Petits-Champs, Paris

Le revenu par habitant dans la plupart des économies développées connait un ralentissement marqué depuis les années 1970. Ce phénomène s’est aggravé à plusieurs reprises et notamment au milieu des années 2000 après plusieurs années marquées par le choc des technologies de l’information et de la communication. Doit-on craindre que ces économies soient entrées durablement dans une ère de faible croissance? Cette situation pourrait non seulement remettre en question l’efficacité des politiques monétaires conventionnelles, mais aussi faire peser un risque sur nos modèles sociaux et sur la solvabilité des États. L’hypothèse d’une « stagnation séculaire » est abordée suivant trois axes dans cette conférence, organisée en partenariat avec le Collège de France:

  • la croissance économique est-elle sous-évaluée ? les évolutions technologiques ou des modes de consommation peuvent en effet conduire à des erreurs de mesure de la production de richesse réelle.
  • Est-ce avant tout un phénomène lié à une demande trop faible, amplifiée par l’inefficacité des politiques monétaires usuelles lorsque les taux s’approchent de zéro, par des facteurs démographiques, ou encore par l’accroissement des inégalités ?
  • Y a-t-il réellement un ralentissement durable du rythme du progrès technologique ? Y a-t-il encore un potentiel de croissance important dans la diffusion des innovations entre pays, mais aussi entre firmes ?

Vous trouverez ci-dessous le programme de cette conférence, en anglais et accessible sur invitation uniquement.

Opening: François Villeroy de Galhau, Governor, Banque de France

SESSION 1: MEASUREMENT ASPECTS

Chair: Jean-Luc Tavernier, INSEE
Philippe Aghion, Collège de France -“Missing Growth From Creative Destruction”
Co-authors: Antonin Bergeaud (LSE), Timo Boppart (IIES -Stockholm University), Peter Klenow (Stanford University), Huiyu Li (Fed San Francisco)

John Fernald, Federal Reserve Bank San Francisco-“Does the U.S. have a productivity slowdown or a measurement problem?”
Co-authors: David Byrne (Fed Board),Marshall Reinsdorf (Fed Board)
Dan Sichel, Wellesley College-“Tech Prices, Mismeasurement, and the Pace of Innovation”
Co-authors: David Byrne (Fed Board), Stephen Oliner (American Enterprise Institute)

SESSION 2: ON THE DEMAND SIDE

Chair: Marc-Olivier Strauss-Kahn, Banque de France
Luca Fornaro, CREI Barcelone-“Stagnation Traps”
Jordi Gali, CREI Barcelone-“The effects of a Money-Financedfiscal Stimulus”
Benoit Mojon, Banque de France-“Why are real interest rates so low?”
Co-authors: Magali Marx (Banque de France), François Velde (FedChicago)

SESSION 3: ON THE SUPPLY SIDE

Chair: Philippe Aghion, Collège de France
Robert Gordon, Northwestern University-“Secular stagnation on the
Supply Side”
Barry Eichengreen, UC Berkeley-“Secular Stagnation: A historical perspective”
Nicholas Crafts, University of Warwick-“Secular Stagnation in the United States in the 1930s: Why Alvin Hansen was wrong?”
Gilbert Cette, Banque de France “Productivity and GDP per capita growth: A long term perspective”
Co-authors: Antonin Bergeaud (LSE), Rémy Lecat (Banque de France)

POLICY PANEL:HOW TO DEAL WITH POTENTIAL SECULAR STAGNATION ?

Moderator: Anne Le Lorier, Banque de France
Claudio Borio, BIS
Catherine L. Mann, OECD
Fabrice Lenglart, France Stratégie
Peter Praet, ECB

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