Le Trumpisme est un mal nécessaire

Le Trumpisme est un mal nécessaire

MARDI, 14.02.2017
Agefi Suisse

Le courant représenté par le président US est un mouvement de contestation de l’ordre du monde qui a été mis en place il y a 70 ans: l’ordre du dollar.

Bruno Bertez

Le Trumpisme n’est pas l’expression des divagations d’un simplet ou d’un abruti. Cela, c’est ce que Les Hollande, les Soros, les Merkel et autres Macron voudraient vous faire croire afin de paralyser votre intelligence et votre esprit critique. Ils font de la politique, au plus bas niveau, ils ne considèrent pas que les peuples peuvent comprendre le fond des choses, et participer aux grands débats. Pour eux, vous êtes la racaille, que l’on fait monter au créneau, celle dont on collecte les voix, mais qui n’a pas voix au chapitre. Les peuples, c’est: à la niche.

Le Trumpisme est une réaction, un mouvement de contestation de l’ordre du monde qui a été mis en place il y a 70 ans. Ou plus exactement, c’est l’expression, mise en forme populaire et exprimée de façon populiste, des limites de l’ordre du monde qui a été décidé ou imposé il y a 70 ans. Et sous cette formulation, reconnaissez que cela a de l’allure, du sens historique. On n’est pas dans la fange, dans la boue qu’agitent les soit disant élites!

La contestation ne peut venir que de ceux qui en ont assez, de ceux qui sont à la peine et qui voient un ordre du monde s’épuiser, tenter de durer, essayer de se prolonger tout à leur désavantage, tout sur leur dos. Ceux qui veulent prolonger cet ordre du monde à tout prix, c’est à dire aux prix de vos souffrances, sont bien sûr ceux qui en bénéficient. En sens inverse, ceux qui veulent que cela cesse sont les laissés pour compte, ceux qui non seulement ne gagnent plus rien, mais qui peu à peu perdent le peu qui leur reste. Ceux là sont «contre», car ils déchoient. Cela a été particulièrement net aux Etats-Unis lors des dernières élections: ceux qui ont fait la majorité de Trump sont les perdants de l’ordre mis en place il y a 70 ans. Le symbole de ces perdants étant la Rustbelt.

Quel est donc cet ordre qui a été mis en place il y a 70 ans? C’est l’ordre du dollar! Le Trumpisme exprime la fatigue américaine, asphyxiée, épuisée par le fardeau que constitue l’Hégémonie. Le Trumpisme est la manifestation d’une lente dégradation de la balance des avantages et inconvénients, du positif et du négatif, des gains et des charges que constitue l’ordre du monde hérité de la seconde guerre mondiale. Le Trumpisme est le mode d’expression de l’Histoire. L’exhaustion de l’ordre complexe mais organiquement soudé qui unit l’hégémonie monétaire, l’OTAN, la globalisation, la Pax Americana. Analysez les composantes apparentes, populaires, spontanées du Trumpisme et vous verrez qu’elles recouvrent la critique et la fatigue de porter à bout de bras cet ordre du monde. Les gens d’en bas, les classes moyennes lassées de faire les frais de cet ordre ont dit «pouce, on en a marre». On veut penser un peu à nous. Il est tout à fait remarquable et significatif que ces gens, la Clinton, les ait appelés: «les déplorables». Cela sonne aussi bien que «Les misérables». On est dans la même ambiance.

On ne pouvait pas espérer que ce soit avec élégance, avec noblesse ou distinction puisque ce sont des gens ordinaires, plutôt archaïques! Ils ont choisi quelqu’un non pas à leur image, Trump n’est pas de leur monde, mais quelqu’un qui sait leur parler, quelqu’un qui ne s’encombre pas du «parler dit politiquement correct». Trump, ce n’est pas la gouvernance idéale, il est incivil, son niveau moral est douteux, ce n’est même peut-être pas ce que nous appelons «quelqu’un de bien», mais il fait l’affaire pour cette tache, pour cette révolte, pour cette rébellion. Si il était plus policé, si il se comportait mieux, alors il serait pollué, détourné par le sérail. Le peuple fait avec ce qu’il a.

Le fardeau de l’hégémonie a de nombreuses facettes. Il est évident sur le plan monétaire avec la critique vive et précise des parités monétaires, avec les dépenses de l’OTAN, avec les tricheries et pratiques «unfair» en matière de commerce mondial, avec les délocalisations du travail, avec l’immigration, avec… Le Trumpisme constitue la révolte, formulée de façon «spontex», populaire, pour et par le peuple face à ce qui peut être vécu, ressenti, et interprété comme un pillage.

Le formuler comme nous le faisons, donne une toute autre allure aux propos et à la stature de ce révolté qu’est lui même Trump, il n’est plus un falot, un minable, mais le porte parole, le héraut, il est celui par lequel une certaine vérité s’exprime. Ce qu’il représente dépasse sa personne.

Compte tenu de nos conceptions de l’Histoire, non fondées sur les actes et la personnalité des hommes, fussent-ils grands ou petits, nous soutenons que si cela n’avait pas été Trump, un autre aurait pris sa place. La fonction crée l’organe, les hommes ne sont que les gestionnaires d’un système qui les dépasse, ils sont des tenants lieux. Le système produit ce dont il a besoin pour incarner ses contradictions, pour incarner les forces dialectiques qui sont à l’oeuvre dans l’Histoire. C’est la dialectique des forces matérielles, des forces productives, des volontés collectives de puissance qui produit le mouvement. On a trop voulu croire à la fin de l’Histoire, elle se rebiffe: «History is again on the move», «l’Histoire est à nouveau en marche».

Trump est un «progressiste», malgré lui, certainement, il chahute ceux qui ont voulu et qui veulent encore, s’asseoir sur le Mouvement. Bien entendu, il n’en a aucune conscience! Ceux qui s’opposent à Trump, alimentés part les travaux des élites mercenaires à la solde de la régression en ont, nous en sommes surs, une conscience plus claire que lui. Et c’est ce qui explique leur coalition contre lui, coalition qui n’est que coalition des intérêts anciens dépassés pour s’arc-bouter contre «le progrès». L’horizon de l’Histoire n’est pas la vision de Trump, bien entendu, comme nous le disons il est aveugle; l’horizon est à inventer, il ne préexiste, nulle part. Il sera une résultante qui dépasse, il sera un dépassement. «Aufhebung».

L’Amérique a pris en charge un fardeau au lendemain de la guerre: le système monétaire mondial, l’Otan, la Pax Americana, l’ordre commercial mondial. Le plus lourd est certainement le système du dollar standard.

C’est le véritable pilier de la stabilité mondiale et en même temps celui sur lequel tous les progrès ont été accomplis. C’est la pierre angulaire. Ce qui est frappant, c’est que les autres éléments de l’hégémonie paraissent moins essentiels: à la limite, les participants à l’ordre mondial croient qu’ils peuvent s’en passer, ils voudraient changer ce qui les dérange, ce qui leur coûte sans se rendre compte que c’est un tout: le Système est un tout. On ne se sert pas à la carte, c’est une formule, «tout compris». C’est net avec les Européens qui veulent le parapluie militaire, avec les Chinois qui veulent les débouchés etc.

Le rôle financier et monétaire articulé autour du dollar est incontournable. Plus le monde s’est globalisé et plus il s’est rendu dépendant du dollar-roi. Après la fracture inflationniste qui a conduit au coup de force de la rupture du lien entre le dollar et l’or, et donc libéré le dollar, les partenaires et rivaux stratégiques au lieu de protester, se sont rendus encore plus dépendants du dollar, ce qui est un comble. Ils ont ouvert leurs marchés de capitaux, accumulé des réserves, géré leurs taux de change. Le succès du dollar-roi et donc la dépendance à son égard se mesurent à la masse des réserves accumulées; plus de 10 trillions de dollars actuellement! Le dollar roi est l’ancrage du système, même pour ceux qui sont les compétiteurs stratégiques les plus affirmés comme les Chinois. Il est de bon ton de critiquer cette hégémonie, mais en même temps d’en tirer le plus grand profit.

Cette situation disons-nous constitue un Système. Le privilège exorbitant du dollar produit selon un enchaînement complexe, mais fatal, une dissymétrie: les Etats -Unis empilent les déficits, et années après années, ils achètent de plus en plus au reste du monde, ils se désindustrialisent, ils perdent les emplois productifs, ils deviennent une société de services, de petits boulots et de répartition, quasi parasitaire. Fortement inégalitaire. En revanche toutes les couches sociales qui participent aux mouvements de l’argent, qui surfent sur les flux, au recyclage sans fin, tous ceux-là s’enrichissent. La société américaine devient une société de consommateurs «accrocs», de petits jobs et d’assistés surendettés. Les nouveaux jobs existent, bien sur, mais en aucun cas, ils ne compensent la masse de ceux et les salaires de ceux qui sont perdus. Le problème est systémique, structurel et endémique. Et c’est en raison d’une disproportion colossale entre l’extérieur et l’intérieur d’une part , et d’autre part une disproportion sans cesse croissante entre ce qui ordonne le mouvement du monde, la masse financière de capitaux et l’économie réelle. C’est le financier qui dicte sa logique, et régule l’économie productive pour son optimum, à lui, le sien.

La solution du Trumpisme est comme nous l’avons dit naïve, intuitive, «spontex»: nous avons des déficits, nous perdons des emplois, nos salaires baissent, nous nous asphyxions alors imposons des tarifs propose Trump.

Si notre analyse est correcte, les tarifs ne résoudrons rien, tout ce qu’ils feront, c’est bousculer l’édifice et le rendre plus instable. Peut être même que ce sera un jeu perdant-perdant, on ne sait pas encore. Les tarifs peuvent faire monter le dollar et amputer la compétitivité, par exemple.

On ne traite pas un problème systémique complexe, structurel, enraciné dans l’ordre monétaire et financier mondial par un rafistolage fiscal. Le catalogue des mesures de Trump n’a de logique qu’électorale, elles sont incohérentes, mais elles sont unifiées par un slogan: «Make america great again». Hélas, tout ceci suppose le maintien de l’ordre hégémonique tout en prétendant lutter contre ses conséquences; rabais fiscaux, déficits augmentés, contrôle de l’inflation, taux d’intérêt bas, hausse du pouvoir d’achat supposent que les USA continuent d’importer les capitaux, l’épargne du monde, les produits bon marchés du marché international.

Le Trumpisme est un mal nécessaire. C’est une Nécessité, il appartient à la logique de l’histoire, c’est un moment. Il ne constitue pas une solution, il ne dépasse pas les contradictions qui assaillent nos système. Le plus probable est que soit il avortera, soit il produira une phase de chaos.

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