Suisse: RIE III et politique européenne

RIE III et politique européenne

MARDI, 14.02.2017
Agefi Suisse

François Schaller

En attendant une analyse plus approfondie des motivations de vote ces prochaines semaines, l’autocritique au soir et au lendemain du très sec rejet populaire du projet de Réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) a un air de déjà vu. Les perdants pensent en général avoir eu en premier lieu un problème de communication. L’objet lui-même n’était-il pas d’ailleurs très difficile à communiquer?

Peut-être, mais cette approche ne mène pas bien loin. Il est même possible que les partis, le Conseil fédéral, les cantons, les organisations économiques, qui ont l’habitude de ce genre de marathon, n’aient pas si mal communiqué.

Ce qui s’est passé renvoie en réalité à une addition particulière de rejets que la meilleure communication n’aurait pas empêchée. La gauche rejette la droite, on le savait. Inutile de communiquer. Une partie de la droite peut aussi rejeter une certaine économie lorsqu’elle énerve. Communiquer devient alors contre-productif, quel que soit le message. On le savait aussi depuis l’initiative Minder en 2013.

Minder l’avait emporté à près de 68% sur un objet qui ne concernait guère les entreprises non cotées. Ni les petites. Recalée à 59% seulement, la RIEIII concernait toutes celles qui payaient des impôts. Elles allaient en payer moins. Cet avantage n’a pas complètement convaincu non plus un public qui sait pourtant très bien qu’une fiscalité réduite a tendance à favoriser les investissements et l’emploi.

Les analyses et commentaires à chaud ces dernières heures, en Suisse alémanique surtout, font mieux apparaître que c’est une partie plus importante que prévu des sympathisants de la politique européenne du parti populaire SVP/UDC qui ont suffi à faire la différence. Celles et ceux qui raillent les multinationales étrangères ne servant à leurs yeux qu’à attirer des salariés européens. Et qui n’oublient pas que la nécessité et l’urgence de la réforme en cause ont été imposés par l’Union Européenne (en passant par l’OCDE).

Hier, la réaction du commissaire européen Moscovici a montré que lui au moins avait compris de quoi il s’agissait. Il n’est pas seul à Bruxelles à avoir fait de cet épisode populaire un acte de résistance et de défiance de plus venant de Suisse. Il n’a pas manqué non plus de s’abstenir une nouvelle fois, explicitement et lourdement, d’évoquer les futures listes noires. Sans autre commentaire éventuellement rassurant.

L’Union Européenne a peut-être aussi un petit problème de communication. A moins qu’elle recherche une confrontation plus directe avec la Suisse, très sûre que le rapport de force lui sera entièrement favorable. Il y a des Suisses que cela n’impressionne pas.

En ce sens, le tremblement de terre de ce week-end renvoie aux suites très incertaines d’un autre choc politique: l’initiative qui avait mis fin de facto à la libre circulation des personnes en février 2014. Le rejet de la RIE III peut aussi être interprété comme une réponse exaspérée à l’économie, au nom de laquelle le Parlement refuse d’appliquer loyalement l’article constitutionnel sur l’immigration.

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