A lire par tous ceux qui ont un portefeuille… et les autres; l’avertissement de Mario Draghi

« il n’est pas réaliste de s’attendre à ce que les conditions ordonnées que connaissent actuellement les marchés  vont durer  toujours. Nous ne savons  pas d’où la prochaine crise va venir , mais nous devons  tout faire pour nous y préparer. Les valorisations des actifs financiers par les marchés n’incorporent pas l’ensemble  des risques  potentiels. Les participants aux marchés financiers doivent prendre en compte dans leurs analyses des risques, les conséquences complètes qu’impliquerait un renversement des conditions favorables actuelles, y compris la possibilité que la liquidité viendrait à se réduire ».

Non ce n’est pas le Draghi actuel qui parle, ce n’est pas le Draghi de la BCE, c’est le Mario Draghi d’il y a 10 ans, le Président de la Banque d’Italie. Fevrier 2017 est le mois anniversaire de son fameux discours de Turin (le 2 février) . Il y a 10 ans Mario Draghi criait au loup, d’ailleurs il a été surnommé comme tel: « l’homme qui criait au loup », à cette époque.

Ni les hedge funds, ni les traders n’ont à cette époque prêté la moindre attention aux propos de Draghi. L’argent coulait à flots grâce aux largesses de la Bank of Japan et de la Banque Nationale Suisse. Leurs taux de prêts étaient si bas qu’elles alimentaient un carry trade mondial évalué à l’époque à  330 milliards. L’argent tournait, virevoltait dans le monde entier, pillait les marchés financiers à la recherche de gains faciles.

Mizuno de la Bank of Japan avertissait: « les taux près de zéro pourcent pourraient causer des distorsions dans le prix des actifs financiers globaux en accélérant les mouvements de sortie de capitaux du Japon ».

Le 24 janvier, l’un des responsables de la liquidité globale excessive , le patron de la BNS, disait de son côté: « Mon opinion sur le Franc Suisse est que c’est l’une des conséquences de l’exubérance des marchés financiers ».

Le 29 janvier, Liebscher de la BCE avait admis: les niveaux de liquidités continuent d’être énormément accommodants,  cela tient aux quantités énormes de dettes produites à la faveur des taux bas taux; la masse monétaire M3 explose au rythme de 9,8% l’an ».

Plus un marché est haut et plus le montant de liquidités qui est nécessaire pour le maintenir au même niveau et empêcher que le boom ne devienne une dépression est élevé. Nous insistons, le paramètre important , c’est la liquidité, la masse de liquidités qui tournent dans le système, et c’est Draghi qui a raison. Pas Geithner. Geithner vient de publier un papier dans Foreign Affairs dans lequel il croit démontrer que la probabilité d’une nouvelle crise est faible: il passe à coté du problème et même à coté de toute la problématique: il parle de base de dépôts, de pertes, de fonds propres! Il passe à coté de la seule chose qui importe dans un système en leverage et en fractional banking: la liquidité! Les subprimes de 2008, n’ont été que le voile qui a masqué le problème: la liquidité sur le marché mondial du refinancement a brutalement disparu. Le monde financier actuel n’a rien à voir avec le monde ancien financé par les dépôts, il est financé ailleurs, par la création monétaire globale, ou plutot par la promesse que la création monétaire globale sera toujours suffisante. Par la promesse que la chaîne ne s’arrêtera pas. Nous disons promesse, nous aurions pu dire « illusion ».

A l’époque beaucoup croyaient à ce que l’on appelle un « soft landing », un atterrissage en douceur, y compris Bernanke. Cependant le 15 février alors que le DJ continuait son ascension vertigineuse, Bernanke commençait à se réveiller: « l’ampleur de la correction du marché du logement est difficile à prévoir et pourrait s’avérer plus forte que ce que nous anticipons ». Le 16 fevrier on apprenait que les mises en chantier de logements de janvier avaient plongé de 14,3%. Les ventes de logement, de leur coté, plongeaient de 16,6%. Les cours des prêts subprime s’effondraient. Le 27 fevrier le Dow Jones plongeait, le PPT, le Plunge Protection Team devait intervenir pour stopper la débacle. Bernanke osait déclarer le 28 : « il n’y a pas d’indication que les problèmes dans les prêts subprimes se propagent aux autres prêts hypothécaires. » Le Dow remontait de 150 points Bernanke envoyait les petits porteurs à l’abattoir pendant que les Gros et le Smart Money se dégageaient. La suite on la connaît.

Quelques remarques:

-cette fois ce sont tous les actifs y compris les prêts à haut rendement et les fonds d’état qui sont surévalués, gonflés par l’éxubérance et « l’hopium »

-la masse de  liquidités dans le monde est colossale en regard de celles qui circulaient en 2007, le carry est 6/7  fois ce qu’il était à l’époque

-la Chine (1) est l’un des plus gros  pourvoyeur de liquidités mondiales, en même temps, c’est le subprime global. Le système chinois a créé 1,05 trillions de dollars de crédit nouveau au cours des 3 derniers mois! La Chine crée encore plus de crédit (+8%) que l’an dernier lors de la crise de 2016; les capitaux chinois se déversent sur le monde, ils fuient donc ils inondent. Indifféremment de la valeur des choses.

-la liquidité, c’est du mercure, cela coule et disparaît aussi vite que cela vient, c’est incontrôlable, la liquidité est fille de ce que l’on appelle « le risk », l’appétit pour le « risk ». L’appétit pour le « risk », cela se mesure , nous en reparlerons.

-les interventions des banques centrales (verbales, taux et quantités de monnaie) n’ont pas pu s’opposer à la suite de la crise et à son aggravation, à la GFC , Grande Crise Financière a succédé la GEC, la Grande Crise Economique.

-la baisse des taux non plus, elle n’a fait que renforcer la panique , retenez-le bien , la baisse des taux est un signe des problèmes et non pas leur solution. Quand la préférence pour le cash, pour la monnaie monte en puissance, la baisse des taux ne sert à rien.

-les marchés sont à nouveau en phase d’euphorie, les incertitudes sont maximum et la Fed comme les banques centrales le faisaient en début 2007, la Fed  essaie de resserrer sa politique monétaire.

La Fed a pousuivi depuis la crise une politique d’expansion monétaire en baissant les taux d’intérêt à zéro et en gonflant son bilan de 500 milliards à 4 Milliards.  Toutes les grandes banques centrales l’ont imité. La Banque Centrale Chinoise fait la même chose, sous un autre nom et avec d’autres techniques.  Ces politiques avaient pour objectif de créer de l’inflation et de soutenir l’emploi. Elles ont échoué dans la réalité, les tendances anciennes n’ont pu etre reconstituées. Mais ces politiques ont un coût. On n’en parle pas, et ce ne sont pas les banquiers qui aborderont la question, le coût c’est hypertrophie du secteur financier; le coût c’est l’inflation, la hausse des prix dans le secteur financier. De façon continue, quasi sans correction les prix dans le secteur financier montent irrésistiblement depuis Mars 2009. Tout le monde a voulu participer à la fête, même les  moins préparés. L’inflation qui aurait du gagner les secteur des biens et des services réels est restée confinée dans le secteur financier, et c’est cela le coût caché de la politique des banques centrales.

Nous entrons dans une tentative de renversement des politiques monétaires, en raison des risques d’inflation des prix des biens, des services, et des salaires. La Reserve Fédérale tente de renverser sa politique et si elle continue les autres Banques Centrales vont être obligés de suivre. Déjà à la BCE on en parle, à la BOJ, on trace des limites. La Chine est en retard, cela est vrai. La grande politique d’inflation du prix des assets ne touche peut être pas à sa fin, mais elle devient envisagée. La mécanique qui faisait que chaque fois que les marchés baissaient, les acheteurs  se précipitaient pour profiter de l’aubaine, cette mécanique va se briser. La dissymétrie va réapparaitre, bientôt on va cesser d’acheter les « dips » et au bout de quelques pourcents de recul ce sera l’inverse: le trou, la disparition de la liquidité.  Pour retenir l’argent, les hedge funds commencent à baisser les commissions, ils instaurent des possibilités de barrières, les gouvernements se donnent la possibilité de bloquer  les retraits. Un signe qui ne trompe pas, que la fin approche, c’est la nouvelle de mode des fonds passifs, de l’anti séléctivité. C’est une phase finale. Celle du désordre prochain.

 

 

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(1)Bloomberg : “China added more credit last month than the equivalent of Swedish or Polish economic output, reviving up growth and supporting prices but also fueling concerns about the sustainability of such a spree. Aggregate financing, the broadest measure of new credit, climbed to a record 3.74 trillion yuan ($545bn) in January… New yuan loans rose to a one-year high of 2.03 trillion yuan, less than the 2.44 trillion yuan estimate. The credit surge highlights the challenges facing Chinese policy makers as they seek to balance ensuring steady growth with curbing excess leverage in the financial system.”

Bloomberg: “China’s shadow banking is back in full swing. Off-balance sheet lending surged by a record 1.2 trillion yuan ($175bn) last month… Efforts by the People’s Bank of China to curb fresh lending may have prompted banks to book some loan transactions as shadow credit, according to Sanford C. Bernstein.”

February 14 – Bloomberg: “China’s shadow banking is back in full swing. Off-balance sheet lending surged by a record 1.2 trillion yuan ($175bn) last month… Efforts by the People’s Bank of China to curb fresh lending may have prompted banks to book some loan transactions as shadow credit, according to Sanford C. Bernstein.”

 China’s aggregate Credit (excluding the government sector) expanded a record $1.05 TN over the past three months, led by a resurgence in “shadow” lending. According to Bloomberg data, China’s shadow finance expanded $350 over the past three months (Nov. through Jan.), up three-fold from the comparable year ago period.

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