Sans commentaire: risque politique

Rappel notre article du week end 

Sur les marchés européens, nous sommes dans une phase d’incertitude tant au plan technique qu’au plan fondamental. Rien de tel qu’un bon graphique de long terme pour le visualiser. Le blocage à la hausse est très net et ce ne sont pas les Draghinades qui y ont changé quoi que ce soit. Les résultats sur les actions ont été décevants et sur les obligations, l’effet semble totalement épuisé.Et maintenant on parle de hausse des taux de la BCE , l’inflation accélère, l’euro est trop bas dit Merkel. Lautenschlaeger de la BCE suggère que la Banque Centrale  pourrait bien devoir monter les taux dès cette année.

Au plan fondamental, la légère embellie de l’économie est hésitante, elle est  loin d’être assurée malgré la régulation positive pour influencer les élections de 2017.

La presse internationale a commencé à s’éveiller au risque politique proprement dit en examinant les chances de Marine Le Pen et autres eurosceptiques. Les bookmakers britanniques donnent 1 chance de victoire sur 3 à Marine Le pen contre 1 sur  4 auparavant. On beaucoup parlé du Frexit la semaine dernirèe. La communauté spéculative  n’a pas encore frémi à l’idée d’une alliance Hamon-Mélenchon qui ferait de ce groupe un sérieux candidat à la victoire. Il est vrai que ce serait une union improbable et peu productive, voire stérile puisque sur le point essentiel, l’attitude face à la construction européenne, nos deux lascars divergent radicalement.

L’euro a été affaibli par le risque  politique ces derniers jours et l’euro dit à terme, c’est dire l’euro incrusté (embedded)  dans les dettes souveraines, a divergé: les spreads se sont dilatés. Le rendement éxigé sur l’OAT française est maintenant de 1,05%, supérieur  de 74 pbs à celui exigé sur le Bund. Le doute fondamental sur la viabilité de la monnaie unique revient peu à peu, raisonné, raisonnable et cela va au delà des pronostics sur les élections: on sent bien que les Allemands y croient moins, ils sont de plus en plus seuls à le soutenir majoritairement. Ailleurs, le soutien à la monnaie unique s’érode de façon continue.

Les Allemands  s’orientent vers une intégration plus poussée d’une part et  une Europe à deux vitesses , voire à géométrie variable d’autre part.

Le fait dominant est l’érosion du soutien Italien et Français à la monnaie unique; la chute est très nette et rapide en Italie. C’est le résultat non pas d’un vice dans la tête des Français et des Italiens, mais le résultat des déficiences structurelles de cet euro mal pensé, mal conçu, et finalement  scélérat car fabriqué pour violer les peuples. Les politiciens et eurocrates ont conçu l’euro  pour forcer  le consensus des peuples et au lieu de consensus , ils ont produit de la divergence, de la haine et du rejet; l’euro avait besoin de cohésion sociale et culturelle, il a et il produit encore l’inverse. L’exemple de la Grèce, que Schauble martyrise pour donner une leçon, cet exemple se retourne contre lui, il est contreproductif.

Wolfgang Munchau dans le FT met le doigt sur le vice majeur européen, :  l’incapacité à énoncer la vérité. On s’enfonce dans le mensonge et les constructions parallèles: “Failure to tell truth to power lies beneath much of what is going wrong in Europe right now. It may not be the principal cause of the Greek debt crisis, which is now on its umpteenth iteration. But it is more than a mere contributing factor. You notice it particularly at those moments when others speak the truth, as the staff of the International Monetary Fund have done recently.  » L’Europe est enfoncée dans un carcan  de mensonges dont elle ne peut plus sortir, et cela se voit dans  des moments comme maintenant ou d’autres, comme le staff du FMI,  osent dire la vérité. Tsipras résume tout et il a raison lorsqu’il dit que le « FMI joue au Poker » et « les Allemands eux jouent avec le feu ».

Comme l’ont justement remarqué les Américains l’euro donne aux Allemands la possibilité d’utiliser une monnaie mercantiliste, sous évaluée, pour eux, mais en sens inverse, cet euro pénalise les faibles, les « serial déficitaires » comme la France et les Pays du sud. La population germanique soutient positivement l’euro car elle y est gagnante, mais les populations Françaises et Italiennes ont bien pris conscience de l’inverse, ce n’est pas plus compliqué que cela. Et cela ne saurait durer.

La productivité allemande a progressé bien plus vite que celle de ses partenaires, et c’est elle qui fait la loi, qui dicte sa loi. L’emploi allemand est florissant, avec peu de chômage, le niveau de vie progresse bien , le pays s’est remis de la crise de 2008, il absorbe les migrants, tandis que les autres régressent, pataugent.

L’Italie est en régression, avec un chômage énorme et une dette de plus de 130% du GDP! Ses banques sont en faillite, elles  ne peuvent plus accomplir leur fonction, reflater l’économie, des segments entiers de l’industrie sont sinistrés. dans les secteurs de production de moyenne et basse gamme. Une partie des élites Italiennes finance en sous main Beppé Grillo!

La France se bat pour stabiliser sa compétitivité mais elle doit faire face à un fardeau de charges sociales et de dépenses publiques hors normes, une dette de 100% du GDP et une absence de consensus sociale et politique qui paralyse la gestion. Le vrai chômage est élevé, seule la répartition/charité organisée permet le maintien du calme social.

L’euro rend impossible les ajustements de parités intra-européens pour refléter les performances relatives de chaque pays, et par ailleurs il n’y a aucune possibilité de transfert fiscal comme cela se fait aux USA pour réduire les déséquilibres et le développement inégal. L’euro est scélérat sous ces aspects. Les fuites de capitaux sont colossales et l’évolution des balances Target 2 (Target 2) ,est éloquente. Le Draghi l’a d’ailleurs signalé il y a peu afin d’influencer les eurosceptiques en les menaçant; « attention si vous partez vous devez solder votre comptes, payer vos dettes ». Et ce qui ne peut durer logiquement ne durera pas concrètement.

Growing Imbalance
Target 2 balances, in billions of euros
Source: European Central Bank via Bloomberg

A l’occasion des consultations électorales, ce sont tous ces problèmes sous jacents qui refont peu à peu surface, une consultation électorale, c’est une occasion d’extérioriser un problème latent. Il est peu probable , mais pas exclu que les votes bouleversent la donne et constituent un choc, mais il ne faut pas se leurrer, même si les votes restent en faveur des élites européistes, cela ne signifiera qu’une chose: le processus de dégradation va se poursuivre et si l’éclatement n’est pas pour demain, il sera pour après demain. Nous sommes dans le cadre d’un phénomène de prise de conscience. La petite reprise actuelle , puis le soulagement électoral éventuels donneront peut être l’illusion que les problèmes sont résolus, mais ce sera une illusion, rien de plus. Le rêve des européistes est de modifier les traités. Comment imaginer que les traités puissent être modifiés dans des conditions aussi désastreuses que les conditions présentes? Le risque est revenu. La possibilité que certains pays retrouvent leur monnaie nationale avec redénomination des dettes , tout cela redevient imaginable… ce qui serait ou sera assez perturbant!

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