Crise de la presse. Solution le post journalisme

Crise de la presse. C’est un sujet passionnant. Y a t-il une vraie crise de la presse? La question se pose, mais la réponse est loin d’être évidente.
Une crise, pour moi c’est quand l’ancien est en train de mourir mais que le neuf n’arrive pas à naître. Une crise c’est quand un invariant lâche, se brise, devient variable, favorisant ainsi des réaménagements plus satisfaisants.
Vu sous cet angle, mon sentiment, guidé par mon expérience de patron de presse et responsable d’un groupe de journaux,  m’incite à penser que l’ancien certes joue les prolongations, mais qu’il n’empêche pas le neuf, plus adapté de se manifester. Le neuf émerge. Il émerge, en balbutiant bien sur.
La presse bénéficie d’une sorte d’uberisation grâce aux basculements des technologies: des fonds de commerce anciens, pourris , inefficaces et donc parasites disparaissent. Et si ils ne disparaissent pas, ils sont soutenus à bout de bras par des tiers payants, capitalistiques qui s’offrent comme on dit, des danseuses. Les tiers payants ne sauvent pas les médias, ils les « plombent » au contraire définitivement sur le long terme. Les tiers payants sont des fossoyeurs de la fonction d’informer. Et cela est logique puisque les tiers payants, tous les tiers payants, capitalistes, publicitaires, politiques poursuivent des objectifs, des satisfactions, des jouissances  qui ne coïncident pas avec les exigences d’une presse de qualité. Loin s’en faut. Le tiers payant détruit, achève de détruire.  C’est un répit, un triste répit.
Comment voulez vous que TF1 puisse informer? Ce n’est pas son métier et il serait bon qu’aussi bien ses pseudos journalistes que ses spectatteurs le sachent: « le métier de TF1 c’est d’aider Coca Cola à vendre son produit, nous vendons du temps de cerveau humain » disait Patrick le Lay.
Le métier d’informer, pour qui veut le pratiquer est ouvert; s’installer, diffuser ne demandent que très peu d’investissement financier capitalistique classique: c’est cela le neuf. Le secteur s’est ouvert, la barrière à l’entrée est tombée. A noter que c’est pour cela que les tenants de l’ancien voudraient ériger d’autres barrières afin de se protéger, afin de rétablir leur droit de contrôle social , de censurer, bref le droit et le monopole de contribuer à former l’opinion.
Si il est ouvert en terme de capital et de mise de fonds, le métier d’informer, n’est pas sans exigence. Il y a d’autres barrières. Il faut des sources, de la documentation, de la mémoire, de la culture, des  praticiens pour transformer l’information; il faut y mettre de la valeur ajoutée, de la lisibilité, il faut des outils pour diffuser.  Il faut de la compétence, de la crédibilité, de la déontologie. Il faut constituer ce que l’on appelle une réputation.
Ce sont des exigences terribles et la plus importante, pour moi est  la plus astreignante est celle ci : il faut du désintéressement. Désintéressement est à prendre aussi bien au sens monétaire qu’au sens moral. Il faut une discipline terrible pour prétendre exercer cette activité. Prétendre informer, ce n’est pas s’exprimer. ce n’est pas communiquer. Et si balbutiements, imperfections  et erreurs il y a dans  ce qui émerge, c’est de ce côté, du côté de la rigueur et de la discipline.
Je soutiens le paradoxe suivant: il faut payer pour être lu, cru, et avoir la chance de contribuer à la formation de l’opinion de la société civile. Payer non pas comme l’Express ou le Point qui achètent leurs abonnés par des campagnes coûteuses, non, je dis payer de sa personne. Il y a une sorte d’ascèse dans le métier d’informer. Il faut payer pour avoir la chance d’avoir des lecteurs, des spectateurs, des interlocuteurs dans ce monde d’unilatéralisme autistique, de concurrence, de sollicitations.
Rendez vous compte de ce que cela représente, de monopoliser pendant 50 minutes l’attention, le cerveau de quelqu’un, le cerveau d’un lecteur? En passant, 50 minutes, c’est le temps moyen que nous consacrent  nos lecteurs ( très  fidèles) chaque jour. Et encore, certains viennent plusieurs fois!
Ce qui est peut-être en crise, c’est une forme, un business model,  des structures, des pratiques, des écoles de formation, des théories, mais pas la fonction d’informer elle même. Je pense qu’elle est devenue plus utile et plus nécessaire que jamais. Je parie qu’elle va prendre un essor considérable.
L’opinion, sa formation, son entretien, la formation des liens sociaux, des communautés, tout cela ce sont des enjeux considérables à ce stade de nos sociétés.
Il y a un manque, un vide, une curiosité, une demande latente considérables.  Mais il faut peut être laisser le temps au temps, le temps à la fonction de créer un nouvel organe. Nous sommes non pas à l’échelle de l’actualité, mais à l’échelle de l’histoire.
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