Un débat médiocre, comme les candidats et les animateurs.

 

 

Lundi 20 mars, les cinq candidats les mieux placés dans les sondages s’affrontaient sur le plateau de TF1.

Ils étaient Interrogés par Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray, qui sont les grands perdants du débat. Les deux animateurs ont été incapables de contrôler les échanges, de faire respecter les temps de parole et les intervnetions simultanées, le pire étant l’incapacité totale à relancer les sujets par des questions adaptées. Il y a un vrai problème de personnel compétent dans cet exercice. La maïeutique, l’art de faire accoucher leur est totalement étranger.

Il s’agissait d’aborder trois thèmes : “Quel modèle social pour la France ? », “Quel modèle économique pour la France ?” et “Quelle place pour la France dans le monde? ”.

Cette thématique plate, sans mouvement, sans logique, sans dialectique ne pouvait déboucher sur un débat intéressant pour les électeurs: le thèmes impliquent une vision positive hyper classique, purement analytique, avec des justxpositions d’affirmations sans lien entre elles. Bref le genre d’exercice du type Sciences Po ou Ena qui  débouche sur le penser-faux, la pensée conventionnelle, le politiquement correct qui asphyxient la France. On lit ou on débite des fiches apprises par coeur, cela est sans intérêt. Ce qui est toujours escamoté, c’est le lien, les cohérences, les causalités.

Un débat articulé autour d’un constat fort, évident pour les électeurs, puis une question centrale sur ce constat et un fil conducteur ferme tenu par les animateurs aurait été plus efficace. Ainsi on aurait pu commencer au choix , par un constat sur le déclin   français, l’éclatement social produit par la mondialisation, le malaise de la représentativité, le bouleversement de l’échiquier politique traditionnel ,   la contestation des élites, la montée du rejet de l’Europe, l’emploi ou un constat sur la sécurité. Le choix ne manque pas!

Les thèmes forts, susceptibles d’accrocher l’attention et de faire ressortir des divergences ne manquent pas. Mais pour choisir ce genre de démarche il faut des journalistes aussi forts que les candidats, il faut qu’ils maitrisent à fond leur sujets. Il fallait obliger les candidats à donner leur position sur ce thème, les forcer à exposer un diagnostic, les harceler sur leurs solutions, sur leurs contradictions  puis sur la faisabilité de ces solutions. Bref il fallait et il faut toujours partir de problèmes à résoudre et leur donner du mouvement et non pas demander des exposés statiques de l’ENA sur tel ou  thème bateau.

Comme le dit un journaliste:  « la première thématique permettait d’aborder l’éducation, l’écologie, le travail et l’immigration, la seconde traitait de fiscalité, de temps de travail et de chômage. Enfin, la dernière regroupait les sujets de l’Europe, de la Russie ou encore du terrorisme » . Un exposé de sciences Po première année!

Pour parler au peuple, il faut parler non des abstractions, mais partir de ce qu’il voit, de ce qui lui fait problème , de ce qu’il ressent il faut à partir de là donner une forme politique acceptable à ces perceptions du peuple, mettre en forme simple et claire , lui apporter des visions, des solutions , en montrer la cohérence. Voila ce qui est utile et convaincant, voila ce qui permet non seulement de séduire, mais aussi de nouer des alliances, de rassembler. Car le problème  dans une France éclatée n’est pas de faire comme Macron, de proclamer le problème résolu, non le problème est de tracer des voies d’alliances sociales, d’articuler des orientations sur lesquelles il y a des consensus au moins partiels.

Disons le tout net: le contenu informationnel de cet exercice est nul, zéro pointé, nous n’avons absolument rien appris.

Pour nous tout ce résume à ceci : Fillon n’est pas mort, Macron c’est le vide, Marine n’a pas marqué de façon décisive, Mélenchon est meilleur que Hamon. La problématique européenne passe largement au dessus de la tête de tous nos zozos. Ne parlons pas de l’international qui se résume à la question de la Russie. Personne n’est à la hauteur, personne n’est digne de conduire les Français et encore moins la France.

Les mesures Filteris:

Au lendemain de cet affrontement médiatique, les mesures Filteris conforte Marine Le Pen en tête pour le premier tour de la présidentielle. Avec 25,74% elle devance toujours Emmanuel Macron (22,95%). À la troisième place du classement, François Fillon revient à 22,46% d’après les mesures de la société canadienne. Derrière le candidat LR, Jean-Luc Mélenchon distance toujours Benoît Hamon (14,49% contre 10,1%).

filteris.jpg

Un lamentable catalogue à la Prévert, du burkini aux places de prison 

 

Après l’éducation, les candidats s’affrontaient sur la sécurité. Heureusement, de justesse, nous avons échappé à la sécurité routière! Première à aborder ce point, Marine Le Pen s’exprimait en faveur de “la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre” et la création de “40.000 places de prison”. François Fillon, pour sa part, réclamait “plus d’effectifs”, notamment par la suppression de “postes de tâches administratives”.

Macron excelle dans le vide formulé en novlangue

Benoît Hamon affirmait dans le même temps vouloir “rétablir la police de proximité en créant 5.000 postes de gendarmes et de policiers” quand Emmanuel Macron voulait “libérer du temps utile pour les policiers” et “créer une police du quotidien”. Ah le quotidien et l’utile, des mots magiques. Enfin Jean-Luc Mélenchon appelait essentiellement à un “retour au calme”, demandant d’en “finir avec cette escalade et cette logique d’affrontement”.

Autre sujet, plus clivant encore : l’immigration. Dans ce domaine, Emmanuel Macron affirmait vouloir “renforcer les frontières”, ce que critiquait François Fillon. Il fustigeait que l’ancien banquier “ait félicité Angela Merkel pour la politique qu’elle a conduite, aujourd’hui critiquée par ses propres amis en Allemagne”. Surtout, le candidat de la droite estimait qu’une “partie de ces hommes et femmes fuyaient la guerre en Syrie mais l’immense majorité de ces hommes et femmes fuient la pauvreté et viennent de toutes les régions du monde”. Dès lors, l’ancien Premier ministre affirmait vouloir “une politique de quotas qui sera calculée et votée par le parlement en fonction de nos capacités d’accueil”.

Macron le transparent

Du côté de Jean-Luc Mélenchon, qui estimait que “l’immigration n’est pas un plaisir”, on recommandait d’“arrêter les guerres et prendre en charge ensemble les questions énergétiques.” Finalement, Marine Le Pen se montrait plus radicale et déclarait vouloir “arrêter l’immigration légale et illégale” face aux “7 millions de chômeurs et 8 millions de pauvres”.

La moralisation de la vie politique, sujet particulièrement d’actualité, faisait dire à Benoît Hamon que “la transparence sur le financement des campagnes politiques” lui paraissait “indispensable”, à Jean-Luc Mélenchon qu’il n’y a que “deux personnes concernées” par les affaires et à Emmanuel Macron qu’il souhaitait “supprimer les conflits d’intérêts en rendant publics tous les échanges avec des lobbies”.

Fillon veut une enième commission!

Marine Le Pen, pour sa part, insistait sur “un certain nombre de candidats qui défendent des intérêts privés, de grands groupes et non pas les intérêts des Français” et visait donc directement Emmanuel Macron. François Fillon, affirmait vouloir mettre “en place une commission qui sera chargée de faire des propositions sur la prévention des conflits d’intérêts et la transparence”.

A l’heure d’évoquer le sujet brûlant du chômage, François Fillon s’opposait à ses concurrents par son projet de réforme des 35 heures. “Je veux donner la liberté dans les entreprises de négocier le temps de travail, par des accords majoritaires. Ce sera une manière d’augmenter le nombre d’heures travaillées”, a-t-il affirmé. Un peu dérisoire face au problème, non?

Incroyable nullité sur la question de l’emploi

En face, Emmanuel Macron ne proposait “pas de supprimer les 35 heures car la situation est très différente selon les secteurs économiques” mais voulait créer “des emplois en donnant de la liberté aux entreprises”. “Je propose aussi de baisser la fiscalité sur les entreprises”, a-t-il ajouté. Macron reprend l’argument du Medef: licencier permetde créer des emplois. Le fond du projet économiquede Macron est clair comme de l’eau de roche, c’est hausser le taux de profit. C’est mon idée donc je ne le critique pas sous  cet aspect, mais j’ajoute le profit qui revient au capital productif,  en favorisant destruction du   capital fictif, de poids mort et en acceptant que les enrterpsies et institutions qui sont inefficaces crèvent. Le profit est rare, il faut le réserver à ce qui est utile dans le système. Macron veut hausser le taux de profit, mais je crains que nous ne parlions pas du même profit!

Benoît Hamon voulait lui “le revenu universel » qui permettra, selon le candidat “d’augmenter de 400 euros le salaire sur la fiche de paie”. Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon constatait que l’emploi pouvait être créé “en remplissant le carnet de commandes” quand Marine Le Pen rappelait sa volonté d’un “patriotisme économique”. “Je crois que le modèle économique général mis en oeuvre a montré ses limites”, a-t-elle dit. Un peu léger.

Macron/Schauble:  “le seul candidat qui se conforme aux engagements européens”

En matière de relations internationales, traitées en troisième partie du débat, Benoît Hamon estimait que “toute intervention militaire de la France doit se situer dans le cadre des Nations unies”. Pour Marine Le Pen,  “une industrie militaire est fondamentale pour notre nation” et à François Fillon qui voulait “conduire la lutte contre l’islamisme terroriste”.

Jean-Luc Mélenchon voulait lui “une conférence de sécurité de l’Atlantique à l’Oural” quand Emmanuel Macron estimait qu’il était “le seul candidat qui se conforme dès le début à nos engagements européens”.

“Emmanuel Macron a un talent fou : il a parlé sept minutes sans avoir rien dit”

Finalement, au cours de débats peu animés dans un premier temps, les candidats se sont peu à peu réellement affrontés, comme lorsque Marine Le Pen attaquait Emmanuel Macron : « Emmanuel Macron a un talent fou : il a parlé sept minutes sans avoir rien dit. » a-t-elle dit.

Le leader d’En Marche! répliquait en affirmant ne pas vouloir “pactiser avec Poutine” contrairement à la présidente frontiste, et vouloir “une politique française forte mais responsable”.

 

 

Le résumé final des candidats:

Fillon: j’ai commis des fautes, mais j’ai de l’expérience, je propose un vrai changement pour un redressement. Je suis déterminé.

Hamon appelle au vote utile, pas au vote par défaut. Pour une transition verte car la consommation et la production détruisent la planète. Je vote pour l’Europe et contre l’austérité.

Marine Le Pen  affirme que l’Europe nous enferme et nous empêche du moindre mouvement, c’est un carcan. Les Français ont le droit d’être eux même, de penser, de se faire leurs propres idées, de se protéger. Nous organiserons des négociations avec l’Europe afin de restaurer les libertés qui vous reviennnent. Il y a aura un référendum et un débat national.

Jean-Luc Mélenchon veut nous libérer des élites politiques et financières. Il veut réintroduire la vertu et le bien commun. Retirer le pouvoir aux oligarques et le donner au peuple.

Emmanuel Macron affirme que son mouvement peut dépasser le clivage entre la droite et la gauche. Il veut sortir du système de la peur, bousculer l’establishment. Il veut donner plus d’espace à ceux qui veulent prendre des risques et entreprendre. Il appelle à la solidarité, à un renouvellement en profondeur du système Français et donner à chacun sa chance.

Advertisements

2 réflexions sur “Un débat médiocre, comme les candidats et les animateurs.

  1. Le cirque médiatique qui a fait office de débat hier soir aura permis de continuer à faire croire à des millions de téléspectateurs qu’ils vivent en démocratie. N’était-ce pas le véritable objectif de cette mascarade où 5 candidats pré-sélectionnés par une chaîne de télévision ont eu le privilège de participer ?

    Si l’objectif avait été d’informer les téléspectateurs et de leur donner la possibilité de découvrir une offre politique non représentée par les 5 candidats présents, François Asselineau aurait été invité.

    Mais sa présence, et ses arguments fondés sur le réel, sur les faits, eurent été trop dangereux car il aurait mis les 5 autres candidats devant les contradictions, notamment, entre leurs programmes respectifs de « présidentiable » et la fonction présidentielle,

    Les 5 candidats étaient là pour briguer un poste de gouverneur de la province France, Asselineau brigue, lui, la fonction de Président de la République Française.

    Concernant la prestation des candidats, j’ai pour ma part trouvé que MLP était la plus percutante notamment parce qu’elle s’appuyait sur du concret- par exemple Whirlpool – et que le plus grand nombre pouvait, de fait, se sentir concerné par ses propos.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s