Ce texte éditorial a été suscité par une intervention de lecteur: comprendre le ressort des consignes de vote

Article Bruno Bertez du 27 avril 2017

Ce texte éditorial a été suscité par une intervention de lecteur : comprendre le ressort des consignes de vote

Monsieur, comme vous me lisez, vous avez déjà dû vous apercevoir que je me fiche que l’on soit d’accord ou pas avec moi. C’est fondamental, j’écris pour faire réfléchir, point à la ligne.

C’est unilatéral, à prendre ou à laisser.

Il y a dans ma démarche un « achievment » personnel -je ne peux traduire ce mot américain- et, en même temps, une sorte de paiement de ma dette à l’égard de la société.

Je crois beaucoup à la dette, celle que nous avons à l’égard de ceux qui nous ont précédés. La reconnaissance de cette dette est une des pierres angulaires de la société. D’où ma fureur contre le modernisme idéologique destructeur. J’y vois même un problème fondamental de nos sociétés, on ne sait plus cultiver la gratitude. Donc j’acquitte ma dette sous forme d’une sorte de don gratuit, de potlatch (Bataille) maintenant que je suis sorti de l’économie et de l’échange bourgeois équilibré, marchand.

Vous allez me dire que je vais trop loin et que je suis obscur, alors je simplifie en disant que j’ai choisi de ne rien vendre et d’être un sage. Est-ce clair?

Un mot sur l’obscurité, la clarté et la profondeur. C’est grâce à/ou à cause de lecteurs comme vous que je fais un effort de formulation, je tiens compte de vos remarques, même si je pense que j’ai raison en n’étant pas trop accessible. Je suis de formation Lacanienne et je pense que lire est un investissement, pas une consommation. Les lectures profitables sont celles qui obligent le lecteur à faire des recherches et presque à maudire le locuteur. Cela rejoint la fameuse formulation paradoxale: « si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé ».

Les bonnes lectures, dans ce monde de consommation de savonnettes, ce sont celles qui donnent de la peine, tout en poussant à la curiosité. J’ai, bien sûr, raisonné autrement quand j’étais patron d’un groupe de presse de grande diffusion et que nous touchions plusieurs centaines de milliers de personnes…

Cela ne veut pas dire que je suis autiste. Non, car dans beaucoup de cas il arrive que des lecteurs, en réagissant, me fassent approfondir ma réflexion et modifier mes formulations. Mais ce qui produit fondamentalement ma pensée, c’est un cadre analytique ferme, dialectique, matérialiste, c’est le travail, la recherche historique, l’expérience pratique de la politique et des affaires, surtout des marchés, l’actualité, ce qui produit ma pensée, ce n’est pas le dialogue.

L’interprétation de l’actualité, sa mise en perspective, la mise à jour de ce qui est sous-jacent, ne sont plus faites dans nos sociétés, car notre système est fondé sur la dictature des signes, des images, sur des combinatoires. Le discours et la pensée ne sont plus articulés, ils perdent leur point d’ancrage dans le réel. Ils glissent. Les mots n’ont plus que valeur d’ambiance comme dans le discours Macronien.

Macron a gagné les élections par l’utilisation de ce phénomène, de cet outil qu’est la disjonction. La séparation de l’ombre et du corps. Il a marché sur l’eau. Il a fait un pacte Faustien. Macron a gagné grâce à un couple maudit: le couple disjonction/déplacement. Déplacement au sens de Freud et Lacan. Comme mouvement de base du rêve et de la névrose avec la répétition, la métaphore et la métonymie.
Les politiciens (les mercenaires de la Com) maîtrisent le déplacement; ainsi la fameuse manif des « je suis Charlie » était une utilisation du déplacement. On a déplacé l’horreur et les sentiments, les affects, les perceptions que l’attentat provoquait sur une adhésion pourrie scandaleuse, favorable à Hollande et à sa clique. C’est une alchimie complexe, vicieuse, que connaissent bien les grands publicitaires. Heureusement cela n’a été que temporaire.

Disjonction, répétition, métaphore, métonymie sont les ressorts de la fabrication des consensus bidons. Ainsi, en ce moment, on implante tout cela sous une forme raccourcie, concentrée : Voter Macron.

Ne pas voter Macron égale être fasciste! C’est le vol, le détournement du consentement! Le crime de ceux qui implantent cette équivalence, c’est de nier qu’un citoyen puisse donner un sens à son vote, un sens qui lui appartient, à lui, qu’il puisse voter pour d’autres raisons, pour d’autres motivations, bref c’est nier, interdire que l’individu puisse, de lui-même donner une signification riche, personnelle, à son vote. Bref, c’est en interdisant à l’individu d’exprimer du sens, le massifier. Les ingénieurs sociaux ont des tentations personnelles fascistes. C’est se comporter en fasciste que de massifier le peuple… Le crime est d’accuser l’autre, d’être lui-même un facho, un moins que rien. Je hais ces gens, ce sont pire que des moins que rien, eux qui salissent le peuple! Ces ingénieurs sociaux privent les individus du sens de leur vote, à peu près tout ce qui leur reste au plan politique, pour satisfaire leurs objectifs de plébiscite détourné de Macron.

Le ressort de cette opération scélérate, c’est le sacrifice, le dévouement: l’individu ne doit pas exprimer son sens, à lui, le sien, mais celui que veut le Système et ses maîtres. Nous sommes bien dans le fascisme, dans son essence, qui est de mettre en place un système où l’individu se sacrifie pour une idée, pour un chef, pour une entité. Ici, l’entité, c’est la Construction Européenne.

Nous sommes dans de fausses équivalences, les mécanismes sont inconscients bien sûr. Le monde, dit moderne, nie le sens, la polysémie, le vertical, il est devenu Google, il réduit la complexité, la richesse du vivant aux Big Datas. C’est dire que tout se limite à l’horizontal, aux équivalences aussi bêtes que celles qui se manifestent quand on fait une traduction automatique d’un texte via Google. Avez-vous essayé de traduire un texte en Google? C’est navrant, mais c’est le prototype de notre rapport au discours à la lecture, à la télé: ce n’est ni vrai ni faux, c’est à côté de la plaque. Le monde dit moderne glisse de façon isomorphique vers le monde qui constitue la structure même de Google, et ce n’est pas un hasard, cela correspond à son besoin d’extension, de reproduction, de mêmisation ; bref, tout cela a partie liée avec ce que j’appelle l’exploitation, la privation du sens de la vie.

Je prends exploitation au sens de Aron, pas celui de la vulgate marxiste. Exploiter quelqu’un, c’est le priver du sens de sa vie, c’est l’aliéner, le rendre étranger à lui-même.

Le reste sera pour un autre jour.
Je vous remercie de votre intervention.

 

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2 réflexions sur “Ce texte éditorial a été suscité par une intervention de lecteur: comprendre le ressort des consignes de vote

  1. Blaise Rossellat : Notre proposition d’actionnaire vise à démontrer la dilution du pouvoir d’achat du franc suisse depuis au moins 2012, suite à l’augmentation de 7 fois du bilan de la BNS.

    La BNS crée de l’argent «ex-nihilo» en ajoutant des dettes au passif tout en ne payant pas les achats d’actifs étrangers auprès des banques. À partir de 2012, le passif ajouté a été d’environ 600 milliards à partir d’un passif de 100 milliards en 2012: une multiplication de 7 fois.

    Cette multiplication de monnaie dilue mathématiquement le franc suisse d’un facteur 7. Il n’est pas visible dans les prix courants, aussi parce que les banques centrales d’autres pays font la même chose voire plus.

    Mais nous pouvons voir l’effet à long terme de la dilution de la monnaie dans les actions de la BNS. Coïncidence parfaite, au 31 décembre 2016, l’action BNS était cotée à 1 750 francs, soit 7 fois plus que sa valeur nominale de 250 francs. Le marché reflète donc par un heureux hasard notre démonstration mathématique de cette dilution monétaire à long terme.

    L’effet de dilution est encore plus nuisible pour les biens immobiliers ou sur l’épargne à long terme comme les fonds de pension. Nous pensons que c’est une cause fondamentale des problèmes de financement des fonds de pension en Suisse et dans d’autres pays.

    Le véritable objectif de notre proposition est que nous voulons ouvrir un débat scientifique sur l’effet de la création monétaire sur l’économie réelle. Nous savons tous que la première «Arme de destruction économique de masse» a toujours été la création de monnaie, des guerres de Napoléon, de la guerre d’indépendance des États-Unis, de WWII ou du conflit entre le Pakistan et l’Inde. Connaissez-vous une étude scientifique qui décrit les effets mathématiques de la création de grande masse de fonds sur l’économie? Est-ce que ces effets mathématiques changeraient selon le nom du créateur de la monnaie?

    La multiplication par 7 entre le prix historique des actions BNS et le prix actuel du marché est un symptôme selon lequel «quelque chose est pourri dans le royaume monétaire»: nous voulons en savoir plus sur les mécanismes sous-jacents.

    http://aaapositifs.ch/pour-une-revision-de-la…/
    Pour une révision de la répartition du bénéfice de la BNS – 3A2017-03
    Proposition d’actionnaires en vue de l’ouverture d’une…
    aaapositifs.ch

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  2. Merci de ne pas verser dans la simplicité. Personnellement, il me faut un temps de motivation avant de me lancer dans la lecture d’un de vos articles, je n’ai pas honte de dire que ça demande des efforts. Même que je lis, relis, re-relis certaines phrases pour être sûr d’en avoir saisi le sens profond. Car ce n’est pas en restant dans sa zone de confort que l’on progresse, et ça vaut aussi pour la pensée de l’esprit. Elle se travaille, s’aiguise et se mérite.
    Bref, si vous aviez besoin de l’entendre, elle est bien là votre contribution et soyez assuré que vous -honorez- votre dette, au sens propre comme figuré.

    Au delà de ça, votre article me rappelle l’intervention de M. Onfray, dans l’émission Plonium, au lendemain du premier tour… Lui parle de la notion d’immanence du vote, en opposition à la transcendance. C’est un concept qui m’était aussi étranger il y a de ça quelques jours.
    Comme quoi, ces élections ont du bon, elles nous font philosopher 🙂

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