Mélenchon: comment cristalliser ses 19,5%?

Le problème de Mélenchon est difficile à résoudre. Il est encore plus délicat qu’au premier tour car il a un capital à défendre. Il a fait 19,5% aux présidentielles, mais il sait qu’il ne représente que 12 à 13%.

Environ 6% des voix sont de passage, elles sont tactiques, soit que ces électeurs étaient des tièdes de Marine, soit qu’ils étaient chauds contre Macron. Son objectif logique est d’essayer garder tout le monde , pour les législatives d’abord, mais aussi pour l’avenir de son mouvement ensuite .

Son problème, c’est la cristallisation il faut figer ces voix, les fidéliser. Il a essayé de se barricader, de construire une place forte. Celle ci est  assiégée , prise sous les coups de boutoirs des médias et de l’incroyable assemblage  hétéroclite de la bande de pillards ralliés à Macron.

Il a imaginé une position complexe, qui est en fait un grand écart. Comme celui auquel le Parti Communiste a toujours été confronté.

Cette position acrobatique consiste à ne pas appeler à voter pour Macron, tout en refusant le vote Marine. Comment manifester le rejet de Macron tout en ne votant pas Marine dans un scrutin binaire?

Comment faire passer un message complexe alors que ce sont les médias qui ont la clef de la présentation de sa position et que les médias sont par essence non seulement simplificateurs, mais aussi pro Macron? Par ailleurs il ne peut être trop clair car alors il perdrait , en levant les ambiguïtés, le bénéfice de ses 6%!

Sa position initiale , bien expliquée sur ses propres médias, sur ses vidéos est sans ambiguïté, et elle est défendable, mais voila, les 6% ne fréquentent pas les médias de Melenchon, ils sont soumis au pilonnage des médias pro-Macron. Ces médias MSM ont fait l’élection, jamais ils n’ont enregistré pareil succés.  Ils ont fait l’élection et ils ne veulent pas en être privés, ils sont absolument contre Mélenchon  car ils ont conquis le pouvoir et ils veulent le garder.

Fondamentalement , Mélenchon ne peut prétendre à 19,5% sauf si il creuse le même sillon que Marine, c’est à dire le refus, l’opposition à Macron. Mélenchon est sur le même créneau que Marine, celui du rejet, mais il ne peut et ne veut mêler ses troupes aux siennes, il veut lui prendre en fait ses troupes potentielles.

La bande  à Macron le sait , et elle enfonce un coin dans ce qui est une faille réelle que Mélenchon lui s’efforce de boucher artificiellement.

Qui va gagner?

Jean-Luc Mélenchon a mis en garde les électeurs de la France insoumise contre la « terrible erreur » que représenterait selon lui un vote en faveur du Front national et s’est déclaré prêt à devenir Premier ministre, donc ministre de Macron, estimant son mouvement capable de remporter les élections législatives en juin.

Arrivé quatrième du premier tour de l’élection présidentielle dimanche dernier avec 19,58% des suffrages, le député de gauche européen n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour qui opposera dimanche prochain la candidate du Front national Marine Le Pen à celui d’En marche ! Emmanuel Macron.

Le fait que Jean-Luc Mélenchon n’ait pas appelé explicitement à voter contre la candidate d’extrême droite au soir du premier tour a déchaîné  les  critiques à gauche.

Invité dimanche soir du journal télévisé de TF1, le fondateur de la France insoumise a récusé toute ambiguïté dans sa position pour le second tour. »Ma position, ce n’est pas ‘ni, ni’ (ni Marine Le Pen, ni Emmanuel Macron, NDLR).

Je ne voterai pas Front national. Je combats le Front national et je le dis à tous ceux qui m’écoutent : ne faites pas la terrible erreur de voter Front national car vous pousseriez le pays à un embrasement général », a-t-il déclaré.

Oui et après? En quoi cela fait il avancer le schmilblick? Il reste prisonnier de sa contradiction, il ne la dépasse pas. Pour la dépasser il faudrait démontrer que Macron est plus dangereux que Marine, que c’est le fascisme « soft » contre le fascisme « dur » et cela il ne peut le faire, il se heurte à la culture, aux réflexes, aux conditionnements.

Mais selon lui « tout va se jouer aux législatives ». Cela ne veut rien dire puisque précisement l’enjeu ce sont … les législatives.

« A mon avis, la France va se débarrasser de Marine Le Pen à cette élection présidentielle, et nous, dans un mois, nous allons tous ensemble nous débarrasser de la politique de M. Macron », a-t-il déclaré.

Ce qui est contradictoire dans l’instant peut se réconcilier dans le mouvement et là Mélenchon vise juste, il trace une piste. Cette piste consiste à réintroduire le facteur temps, les dynamiques. On peut avoir une chose et son contraire à condition que ce ne soit pas au même moment.  Voila la  ligne de communication que Mélenchon doit développer. Il doit trouver des formules chocs qui explicitent ce facteur temps.

« Je suis prêt à gouverner ce pays si nous conquérons la majorité », a-t-il dit en évoquant l’éventualité d’une candidature à Lille, Marseille ou Toulouse. Cela c’est du pipeau, c’est même une erreur qui peut lui faire perdre des voix et nuire à la cristallisation recherchée. On n’attend pas Mélenchon qu’il gouverne, mais qu’il s’oppose.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s