A lire absolument, voici ce dont ils auraient du parler, lors du débat.

Article Bruno Bertez du 4 mai 2017

Ce texte est central. Il n’est pas très travaillé. Le style laisse à désirer mais la logique est tellement importante que tout le reste peut passer au second plan.

Je me sers de Varoufakis car c’est une réference : il a été Ministre des Finances, c’est un professeur, un chercheur en Economie, il a quitté les fonctions politiques et il a eu une experience à nulle autre pareille. Il est sincère.

Yannis Varoufakis s’est exprimé ces derniers jours en faveur de Macron. Il s’agit d’une sorte de recommandation indirecte puisque, grosso modo, il déclare que Macron a aidé la Grèce lors de sa période de grande difficulté.

C’est un moyen de marquer une certaine reconnaissance et, en même temps, d’avaliser les positions d’Emmanuel Macron. Il eut suffi d’une phrase pour descendre Macron en flèche, Varoufakis ne l’a pas prononcée, au contraire, il s’est exprimé pour manifester sa gratitude. C’est une intervention comme une autre en faveur de Macron. Elle est cependant importante et c’est pour cela que nous nous y attardons car Varoufakis a l’image d’un « rebelle » face à l’Europe.

La gratitude qu’il exprime à l’égard de Macron contredit les critiques que l’on peut opposer à ce dernier face à son comportement servile à l’égard de Bruxelles et de Merkel. Si, d’une certaine manière, un rebelle patenté, reconnu comme tel, soutient Macron, c’est qu’il doit bien y avoir quelque chose de bon chez cet homme.

Cette intervention de Varoufakis est ambigüe, comme l’est en fait le personnage lui-même.

Nous avons jusqu’à un certain point apprécié Varoufakis. En particulier lorsqu’il a critiqué l’Allemagne, Schauble, et qu’il a révélé les dessous des pseudo-négociations qui se sont déroulées au plus fort de la crise grecque. Varoufakis a bien montré la dureté de Schauble et il a parfaitement décrit, balançant sans vergogne, les terribles vilenies des Allemands à l’égard du peuple grec.

Là où nous avons été déçus du comportement de Varoufakis, c’est quand il a démissionné, ou a été démissionné, et quand il s’est enfui aux Etats-Unis, soi-disant en raison de menaces sur sa vie. Mais cela, c’est pour le circonstanciel, car nous avons aussi totalement abandonné Varoufakis lorsqu’au lieu de proposer des solutions radicales à la crise grecque, il se contentait de proposer des solutions semi-keynésiennes à l’eau de rose dont, en fait, il savait fort bien, premièrement, que les Allemands ne voudraient pas, deuxièmement, qu’elles n’apporteraient aucune solution durable aux problèmes de la Grèce. Les solutions de Varoufakis, tristounettes solutions keynésiennes, reposaient sur le pari que la Grèce pourrait s’en sortir dans le cadre qui lui était imposé. Or précisément, ce cadre interdit toute solution, même avec une remise partielle de ses dettes.

Confronté à une impasse, Varoufakis a donc choisi la fuite et il se contente de toucher ses rémunérations pour ses différentes conférences, pour les conseils qu’il prodigue ici et là. Il est difficile de jeter la pierre à Varoufakis. Il semble que son analyse ait été très influencée par l’histoire de son pays. Il a connu la Grèce fasciste. Il a connu la Grèce des colonels et il n’a pas été sans s’apercevoir de la montée de l’extrême-droite dans son pays. Entre deux maux, selon nous, il a cru choisir le moindre, c’est-à-dire la soumission. Personne ne connait l’avenir et, par conséquent, le risque existait certainement, il n’était pas négligeable. Est-il écarté pour autant, maintenant que la Grèce est en cours de destruction massive, que les plans d’austérité se succèdent et qu’une génération entière est plongée dans la régression. Personnellement je ne le pense pas. La Grèce est revenue au point où elle en était avant son entrée dans l’euro. Il n’y a aucune chance que le pays puisse se redresser. Les exigences allemandes sont telles qu’aucune austérité ne peut redresser la situation. La Grèce, c’est à la fois un Ponzi européen et, en même temps, un tonneau des Danaïdes.

Le mérite de Varoufakis est cependant celui de balancer. Balancer, cela signifie révéler ce que les élites cachent.

Ecoutons Varoufakis : » les politiciens élus n’ont que très peu de pouvoir, Wall street, et un réseau de hedge funds, de milliardaires, et de propriétaires de médias détiennent le pouvoir réel et tout l’art de la politique est de reconnaître ceci, d’accepter cette réalité comme un fait de la vie, et de faire ce que l’on peut sans destabiliser le Système « . Vous reconnaissez le cadre analytique qui est le notre depuis plusieurs dizaines d’années, même avant la crise, cadre analytique que nous avons élaboré dès ce que l’on a appelé « la grande dérégulation financière » du début des années 80.

Voici ce que Varoufakis révèle concrétement  : « la Grèce était en faillite en 2010 lorsque  l’Union Européenne « l’a sauvée ». Ce sauvetage, que nous précisons bien entre guillemets, ce bail-out, était conçu pour sauver les banques françaises et allemandes. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy le savaient parfaitement. Ils savaient que l’on courait au désastre. Le but, par conséquent, des leaders européens en 2010, alors que nous étions dans la grande récession et que la crise financière globale se développait, le but des leaders européens était de s’assurer que les banques allemandes et françaises n’aient pas à souffrir d’un défaut grec. Ces banques avaient acheté des montants considérables de dettes publiques grecques pour faire des profits exceptionnels et, maintenant dans la crise, les obligations grecques ne valaient plus rien. La solution des leaders européens a consisté à faire semblant de faire prendre une petite perte aux banques, un « haircut » de 10%, et à faire en sorte que la dette soit transférée dans les livres de l’Union Européenne, de la BCE, et du FMI. Le plan de la Troïka était ainsi ensuite de pressurer et faire en sorte « de faire suer le burnous du peuple grec » afin de rembourser. »

Cette description de Varoufakis nous intéresse car il s’agit d’une caricature criante, hurlante, scandaleuse, de ce qui se passe dans l’ensemble de l’Europe.

La crise de la dette européenne est toujours là, elle est simplement mise au congélateur ou, si on veut, dissimulée par de nombreuses mesures monétaires, bancaires, politiques. La crise couve, il suffit de regarder le montant des capitaux qui sont sortis d’Italie ou d’Espagne, par exemple. Il suffit de regarder le montant des dettes dites de Target2 que le système a à l’égard de l’Allemagne, il n’y a aucune accalmie, aucun dégonflement, il y a, selon les moments, soit croissance lente, soit croissance accélérée. Ceci pour les plans bancaires et financiers. Pour le plan économique, il n’y a nulle amélioration, si l’on excepte le petit printemps conjoncturel actuel : non seulement, il n’y a pas de convergence, mais les divergences s’accentuent. On s’enfonce. Les plus faibles s’enfoncent.

Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie tout simplement et à l’évidence que l’on garde des choses au congélateur le temps que les consultations électorales importantes de 2017 et 2018 se passent et qu’ensuite, une fois ces échéances terminées, on va traiter les problèmes.

Ceci signifie par conséquent que les peuples sont en train de voter ou vont voter sur la base d’une connaissance incomplète, non seulement de la situation de leurs pays, mais de ce qui va se passer à l’avenir en Europe. Les élections sont des élections truquées, on le voit en France, mais aussi des élections tronquées. Leur enjeu est dissimulé. Ce ne sont pas seulement les solutions qui sont dissimulées, mais aussi les problèmes eux-mêmes. C’est tout juste si on ne fait pas croire aux électeurs que tout est résolu, circulez, il n’y a rien à voir. C’est la position de Hollande, cela est clair, c’est la position de Macron, mais c’est un peu moins clair, car lui il montre le bout de l’oreille à la fois sur les problèmes et sur les solutions. Il y a une parcelle d’honnêteté.

On peut regretter bien entendu que, sur ces questions absolument centrales, le candidat Macron n’est pas été clair. Un vrai grand centriste, comme Raymond Barre par exemple, aurait certainement expliqué la vérité aux Français. Un vrai grand socialiste, comme Mendès France, l’aurait fait également. Macron n’est ni Barre, ni Mendès France ; c’est 50% de Hollande, 30% de Mitterrand et 20% de Macron. Son apport à lui, c’est pour ainsi dire son identité, laquelle est révélatrice : il est financier, il est banquier. Donc ceci pointe la direction dans laquelle il va aller.

L’apport de Varoufakis ne se limite pas à la description et aux révélations que nous avons rapportées ci-dessus.

Ailleurs, Varoufakis nous dit quelque chose qui pose parfaitement la problématique : « la question que je me suis posée, la question de départ, c’est : « pourquoi Mitterrand a eu tort lorsqu’il a pensé au milieu des années 1990 que l’on n’avait qu’à créer d’abord l’Union Monétaire et que dès lors qu’elle connaitrait sa première crise, elle amènerait l’Union politique qui lui manquait. Il y a eu la crise que François Mitterrand avait prévu, mais au lieu d’apporter l’union Politique, au contraire, elle a apporté la désunion ».

La problématique est parfaitement posée et elle découle de ce constat :

-premièrement, il y a eu crise, une crise terrible , ravageuse

-deuxièmement, la réalité de la situation européenne est la désunion et non pas l’union.

-l’union politique est une des solutions, c’est celle voulue par ceux qui ont le pouvoir réel, mais elle ne peut être volontaire et acceptée par les peuples dans la situation présente de dislocation sociale et politique

La suite vous la connaissez : on va leur imposer cette union dont il ne veulent pas, par tous les moyens et ce sera la mission de Macron.

Publicités

10 réflexions sur “A lire absolument, voici ce dont ils auraient du parler, lors du débat.

  1. Ce qui voudrait dire que la fin des grands partis politiques traditionnels = la fin des partis politiques nationaux… Hollande a donc bien réussit sa mission… Le peuple déboussolé et dégoûté sera plus facilement captable pour une union politique Européenne… A Commencer par la France. Fin des partis politiques = fin d’un decideur National =soumission à Bruxelles… Et tout s’éclaire, merci Mr Bertez

    J'aime

  2. De plus, les 20% ayant voté Macron sont déjà pro européen au point qu’une gouvernance directe de Bruxelles ne gênerait en rien, bien au contraire (j’en connais personnellement pour lesquels la Nation est un concept dépassé…), reste à convaincre une majorité que médias etc. vont se faire un plaisir de convertir…

    J'aime

  3. A vos analyses avec lesquelles je suis en phase, j’ajouterai que « la langue des oiseaux » confirme de façon stupéfiante vos propos concernant l’encore président et la fonction de dissolution que vous lui prétez:

    François Hollande…All End….No land…Tout était dit et écrit depuis des lustres.

    J’avais très tôt noté que Hollande signifiait Pays-bas d’où la sous-France.
    On pouvait deviner à quoi Satan-dre il y a 5 ans déjà!

    Monsieur de La Fontaine, nous a réitéré il y a quelques siècles les avertissements millénaires d’Esope etc…
    dans le climat actuel Je ne serais pas surpris que le Corbeau et le Renard – et tant d’autres fables – disparaissaient de WIKIPEDIA et des programmes de l’éducation ( encore) nationale !

    Merci de nourrir et vivifier les réflexions d’un béotien de la finance

    J'aime

  4. « Imposer l’union dont ils ne veulent pas par tous les moyens », sous le commandement
    de Schauble, et quelles qu’en soient naturellement les conséquences. Voilà où nous
    en sommes…
    MLP, dont les médias accusent le ton, n’a pourtant pas posé la seule question très
    inquiétante: comment ce sous-fifre des Rotschild et de Hollande, qui la traite
    « d’héritière » alors que son bilan est minable, peut-il se présenter à la Présidence
    de la République Française qu’il a pour mission d’effacer de la carte?
    (Est-ce là, en novlangue, le nouveau sens du mot « légitimité »?)
    Cette seule possibilité en passe de se réaliser laisse songeur sur l’état mental du pays.

    J'aime

  5. Les divergences Target 2 atteignent leur niveaux de 2010 entre Nord et Sud de la zone euro, il est clair que les allemands vont vouloir siffler la fin de la récré, après les élections.

    A mon avis, leur volonté d’organisation d’une Europe à 2 vitesses est sérieuse ; comment dans les conditions actuelles réaliser une union politique, fiscale avec des pays comme la Grèce, le Portugal ? Ce n’est pas possible.
    Cette organisation sera évidemment sous domination allemande : celui qui finance, décide. Macron l’a compris et en a pris acte, comme Fillon du reste. L’espoir des classes dirigeantes françaises est que la férule ne soit pas trop dure… Vain espoir quand on entend Schauble !

    L’ironie de l’Histoire, c’est que Mitterrand par une union monétaire voulait garder l’Allemagne dans le giron atlantique, pour éviter un basculement de celle-ci vers l’Est. Le centre de gravité de l’UE était encore en France à l’époque, avec influence du poids de l’Angleterre. Aujourd’hui, notamment à cause de cette zone monétaire qui s’est élargie, et à cause du Brexit, le centre de gravité est en Allemagne : centre économique ET politique.

    C’est une erreur historique des classes dirigeantes françaises, qui vont se retrouver marginaliser, trahies par leur idole, l’euro ! Le peuple lui sera tondu par pertes et profits.

    J'aime

  6. @patrick:
    Quelles classes dirigeantes?
    La kleptocratie « française » est apatride et se sert de l’UE pour mater et piller, sans vergogne, en se prenant pour des génies alors que ce sont des cons profonds, des apprentis sorciers qui se trompent sur tout, toujours: Des financiers.
    La pente nationale de féodalisme et de courtisanerie les aide bien…

    J'aime

    1. Oui, je suis d’accord

      Le peuple français a été sacrifié sur l’autel de la mondialisation, mais ce n’est pas le seul.

      Ce que je dis est que ces classes françaises kleptocratiques comme vous dites, se sont sabordées elles-mêmes, sans s’en rendre compte (c’est mon avis), par leur veulerie et leur appât du gain facile.

      Honnêtement, au-delà des intérêts financiers personnels, je pense qu’elles voulaient négocier la soumission de la France contre quelques bonnes places dans l’ordre mondialiste occidental qui se dessinait. Le contexte mondial a changé mais c’est une autre histoire.
      Ce qui est comique (vaut mieux en rire à ce stade), c’est que ces classes dirigeantes prétendent au mieux à quelques places de potiches comme Lagarde au FMI, ou Moscovici comme commissaire surveillé des finances. Du côté de l’industrie on assiste à des découpes brutales (Alstom), l’écartement d’entreprises de certains marchés (Peugeot en Iran). On pourrait s’amuser à compter tous les sales coups. Personnellement j’attends le tour de Drahi.
      La soumission ne paie pas longtemps dans un monde de requins !

      D’après moi, la candidature d’un type comme Fillon relevait d’une prise de conscience tardive du capital foncier et industriel français (forces similaires à celles derrière le Brexit et Trump, mais dans le contexte français). Mais ils ont pris une méchante branlée contre Macron qui représente le capital financier et, il faut l’ajouter, la guerre.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s