La Chine est dégradée, la Chine est notre caricature, vous serez concernés!

L’évènement le plus important de la semaine écoulée n’est pas le G7 et son happening sur le climat. Cela, c’est du spectacle, de la politique politicienne à usage interne, domestique, démagogique comme pour Merkel par exemple; non l’évènement le plus important c’est le fait que la note de crédit de la Chine est enfin dégradée.

Marie Diron, de chez Moody’s est venue nous annoncer et expliquer cela sur Bloomberg Television. Elle trouve que le leverage dans le système chinois est dangereusement élevé et, bien que le gouvernement semble s’en préoccuper, elle considère que cette situation va s’aggraver. Elle s’attend à ce que sur le moyen terme, les données du crédit chinois poursuivent leur érosion. Les autorités ont un agenda de reformes structurelles, mais cela ne suffira pas à enrayer ou à renverser le leverage excessif.

La décision de Moody’s a suscité une flopée d’articles. On s’est enfin, dirions nous, intéressé à ce sujet du crédit et de la dette en Chine. Vous savez que nous en sommes préoccupé depuis longtemps et que depuis Mars 2015, date ou la bulle Chinoise a commencé à laisser passer de l’air, nous estimons que c’est là que se trouve le maillon faible du système.

La presse a fait ressortir les points  suivants:

-le crédit total émis représentait à fin 2016 260% du GDP, on était à 160% en 2008

-le marché local des bonds constitue une bulle de … 9 trillions de dollars

-le rythme de création de dette a été considérable ces toutes dernières années, elle a cru de près de 15% du GDP !

– La dette Corporate atteint 18 trillions de dollars  , soit  170% du  GDP, avec une comptabilité douteuse sinon systématiquement truquée et une corruption généralisée.

-les cash flows libres ne cessent de se contracter alors que l’empilement des dettes se poursuit. Le poids du service du crédit est dans  les cotes d’alerte, on est déjà dans le Ponzi.

-le secteur bancaire continue d’inflater son bilan, par des prêts risqués qui créent des dépôts plus ou moins bidons.

– la Chine a inflaté son offre de monnaie large plus que tout le reste du monde réuni depuis la crise de 2008; sa masse monétaire large est de 70% supérieure à celle des Etats-Unis pour une économie nettement plus petite!

-l’année en cours est partie pour ajouter 3,5 trillions de dettes au système chinois!

-malgré cette création de dette la Chine a de la peine à assurer un taux de croissance réduit à 6,5%, le point de GDP coûte de plus en plus cher en dettes nouvelles.

La Chine crée de la dette pour tout; construire des villes, investir dans des projets géants, soutenir des marchés financiers instables, et bien sur spéculer tous azimuts. Nous en sommes au point ou le rendement de la dette est de plus en plus faible, il est minimal: nous sommes dans un « debt trap ». Au lieu de renforcer l »économie, la dette s’empile et l’affaiblit; elle suit des canaux de plus en  plus louches, opaques, de moins en moins contrôlables. La Chine est « accro » au crédit et pour satisfaire son vice, elle se lance dans des pratiques de plus en plus douteuses, de plus en plus souterraines.

On sait que le système est globalement fragile, mais on ne parvient même plus à localiser les fragilités. Les ratios « macro » ne veulent plus rien dire, car au delà de la propagande officielle, on sait que les moyennes en matière de sécurité financière ne veulent rien dire, on n’est pas résistant aux chocs en moyenne; non! On n’est pas plus résistant au choc que ne l’est le maillon le plus faible d ‘une chaîne. Quel est le degré de pourriture du crédit chinois, ou sont les fragilités financières du système chinois, ou sont enfouis les zombies?

Tout cela est maintenant l’objet de questionnements depuis le rapport de Moody’s. Il en résulte des interrogations justifiées sur la monnaie elle même , le Yuan. Il ne faut pas oublier que si le Yuan était auparavant une monnaie dollarisée, adossées à un trésor de guerre considérable de réserves en dollars (à hauteur de 2 dollars pour 1 Yuan), ce n’est plus le cas, la monnaie est de plus en plus « backée » par le crédit intérieur! Ceci signifie que le Yuan est de plus en plus adossé à des entreprises zombies en situation de survie artificielle, à une économie mal ajustée, déséquilibrée à des parcs d’appartement sans valeur économique réelle, à des positions spéculatives colossales sur les marchés. En contrepartie de toute cette pourriture, le système bancaire et financier émet du papier qu’il vend aux épargnants et qu’il donne en collatéral comme si il s’agissait de papier aussi bon que de la monnaie, il le place comme « money like »! Cela ne vous rappelle rien? Nous, cela nous rappelle les subprimes  du logement américain. Souvenez vous, en 2006 encore , on transformait le plomb en or,  l’eau des égouts en eau claire par la blanchisseuse alchimie du système bancaire, par la finance, l’ingénierie et les marchés. L’intermédiation n’est pas que de l’intermédiation, car comme l’a fait remarquer Greenspan à l’époque, les intermédiaires ne réussissent  jamais à disséminer totalement le risque, soit par gourmandise, soit par incompétence, ils en stockent toujours une partie.

La Chine est en phase terminale, en phase finale, façon Minsky,  le crédit est absolument indispensable pour continuer à faire tourner la machine, mais il ne sert ni à anticiper ni à investir, il sert à soutenir un système de plus en plus improductif. Nous sommes dans la phase ou le taux de profit se contractant, l’attrait des utilisations spéculatives devient irrésistible, ce qui définit bien une étape Minsky. L’appétit chinois pour le jeu  est une donnée qu’il convient de ne pas négliger, même au plan théorique. Toutes les théories économiques en vigueur sont fondées sur l’hypothèse des anticipations rationnelles, cette hypothèse est au centre la pensée économique et c’est elle qui sous tend toutes les actions des banques centrales y compris celles de la PBOC. Nous émettons l’idée que c’est peut être avec la Chine que ces hypothèses optimistes se trouveront infirmées.  Si il y a un pays ou l’irrationnel des comportements domine, c’est bien celui là. D’aucuns diront que l’importance de l’etat, du secteur public compense cette tendance à l’irrationnel, nous en doutons car la rationalité de l’état est politique, voire personnelle, elle n’est pas toujours économique.

Combien de temps durera cette phase  finale, personne ne peut le dire car d’un côté il faut mettre en balance le hasard, l’imprévisible et de l’autre la spécificité du système chinois qui dispose d’ un pouvoir et d’une violence réglementaire incomparables.

En 2008 , le sous-jacent des subprimes américain était le logement; depuis 2009 le sous-jacent de la pourriture financière mondiale est constitué par les dettes souveraines bullaires; dans le cas de la Chine, le sous-jacent du leverage historique c’est … tout. C’est la croyance dans la possibilité de continuer à croître au rythme de 6% l’an, la croyance dans la stabilité du système politique, c’est la foi dans la toute puissance du Parti et de ses élites.

 

 

 

 

 

 

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3 réflexions sur “La Chine est dégradée, la Chine est notre caricature, vous serez concernés!

  1. Caricature est le terme , oui. Est-ce pour cette raison que le gouvernement accumule des quantités colossales d’or ? Pour un après « moment Minsky  » qui se propagera sans nul doute au reste du monde ? Un calcul du genre : puisque toutes les monnaies du monde sont trashées ( et les chinois semblent avoir retenu la leçon anglo-saxonne de la fuite en avant par la dette) , autant penser dès à présent à l’après ? L’enterrement de Breton Woods et la création d’un nouveau système monétaire ?
    Merci d’avance pour votre éclairage.

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    1. je ne suis pas loin de penser que vous énoncez une hypothèse qui tient la route.

      Cependant je voudrais attirer votre attention sur le fait que tout en faisant leurs études aux USA les élites chinoises pratiquent la pensée dialectique fondée sur l’analyse des contradictions.

      Ils savent que tout est reversible et que la résultante du jeu des forces contraires n’est jamais acquise donc cela m’incite à penser qu’ils ont plusieurs fers stratégiques au feu.

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  2. ,,Si la flamme de liberte doit rejaillir un jour des braises qui rougeoient encore a peine sous des couches de cendres qu’un siecle de guerre totale a laissees derriere lui, ce sera grace a la marque indelebile que l’etalon or, autrefois la quitessence de l’unite du monde civilise entier a laisse sur les affaires humaines, comme aucune religion, ideologie, mouvement litteraire ou scientifique n’en a jamais laissee.  » Antal E. Fekete

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