Macron et la construction d’un peuple bidon

L’article ci-dessous est un essai. Il prolonge un article récent produit à l’occasion de la consultation présidentielle; dans cet article récent nous tracions une homologie Macron/Vuitton.  Il est très riche de développements dans des directions très prometteuses qui dépassent et complètent la piste du marketing de la modernité. Il s’inscrit dans mes réflexions sur le travail du philosophe Jacques Rancière qui défend l’idée qu’un peuple, cela se construit. C’est une belle idée, mais il est évident que comme toute la science de la Com  et de la sociologie des profondeurs,  elle peut être retournée contre le peuple au lieu de le faire advenir.

Cette idée de la construction d’un peuple par le discours, par l’image, par la pratique citoyenne et donc politique  sur le terrain et dans la rue est celle de Laclau et de sa compagne Mouffe. Cettte idée a été reprise dans un but de pratique démocratique par les espagnols de Podemos, mais elle peut être détournée, pourrie, inversée non pour servir le peuple, mais pour le baiser.

La technique macronienne, inverse le processus démocratique, elle en crée l’illusion en partant non du bas comme Podemos, mais du haut. La pratique politique locale, territoriale, citoyenne de Podemos a été pervertie dans le sinistre « En Marche ». Les Marcheurs sont sur le terrain certes , mais ils sont payés, ils vous font croire à quelque chose qui vient du bas alors que tout est pensé , financé du haut, par l’élite de l’élite. Par les 1%.

Les Marcheurs, les contacts téléphoniques, les millions d’appels lancés ne sont pas des contacts ou des échanges  citoyens, ce ne sont pas des convivialités ou des dialogues  authentiques de voisinage , non ce  sont des opérations bidons qui jouent la comédie de la proximité à la fois de la production de sens  à la base et de la concertation/consultation: on crée un faux peuple. On aliène un peuple dans le faux, l’artifact,  par les images, par la parole, par le discours du haut.

Macron c’est le détournement de la démocratie par le Haut. et c’est là que réside l’idée, l’Idée et elle ne peut venir que d’un publicitaire, que de quelqu’un qui a compris le pouvoir, le prestige de tout ce qui vient d’en Haut pour le bas. Le projet de la politique si il est démocratique est de cerner les gens d’en haut, de les désigner comme ennemi au peuple et ainsi de créer un lien social, un lien politique. Unis contre le haut, contre l’élite de l’élite tel est le projet démocratique renouvelé par la modernité depuis que la lutte des classes est tombée aux oubliettes. Macron et ses sataniques conseils/sponsors a détourné cette idée en faisant en sorte que le Haut au lieu d’être vilipendé devienne fascinant, envié. C’est la technique de la pub, on fait descendre l’envie de haut en bas.

A l’évidence Macron a été lancé comme un produit de luxe et comme tel il renferme les contradictions et les interrogations des produits de luxe. Ils sont réservés à la  « France d’en haut », mais pourtant tout le monde aimerait les posséder, aimerait pouvoir en jouir. Ils excitent le désir aussi bien de privilégiés qui ont leur compte et leur gestion familiale, leur family office chez Rothschild que le péquenot qui a son compte au Crédit Agricole du coin.
Le produit de luxe exerce une sorte de fascination sur la plèbe, fascination positive, mais en même temps il sait que ce n’est pas pour lui et il en est frustré. La frustration reste secondaire pendant un certain temps et dans certaines circonstances, mais vient le moment ou le privilégié qui arbore le luxe ou le constitue commet un impair, alors c’est la chute, le retournement, l’inversion.

On brûle les idoles d’autant plus férocement que l’on a été frustré, baisé, trompé par elles. Il y a dans tout cela fascination, idolâtrie, envie, frustration, et enfin colère. Le développement est dialectique car il débute par des contradictions majeures qui doivent finir par voir le jour.
La plupart des gens au moment de l’élection avait envie, surtout les femmes, d’avoir Macron comme fils, comme Brigitte, ils étaient en quelque sorte fiers de celui qu’ils avaient, ou qu’ils avaient cru engendrer; ils n’ont absolument pas perçu à quel point c’était un artefact, une création précisément destinée à combler le manque du moment, avatar du manque fondamental autour duquel ils construisent leur vie.

Il y a eu l’espace de quelque temps, appropriation du Macron par une large part de la population. Et c’est une des raisons pour lesquelles les argumentaires raisonnés et raisonnables n’ont pas fonctionné.

Le manque est à la base de la vie et la marchandise comme l’artéfact Macron ont pour fonction à un moment donné et dans certaines circonstances de combler ce manque. Ils tombent à point nommé, sous le nom de Macron.
Autre piste de réflexion, l’opposition entre le luxe et le vulgaire. Macron c’est le luxe de LVMH/Rothschild contre la vulgarité de chez Lidl/Crédit Agricole incarnée, bien malgré elle, et ce n’est pas un reproche, par Marine. La mode descend du haut vers le bas, jamais l’inverse. Le pauvre est aliéné par le riche. Qui a envie de donner ceux que l’on stigmatise comme fachos en costume cravate comme modèle à ses fils?  On imite ce qui vient d’en haut, rarement ce que vient d’en bas. Sauf dans certains cas particuliers qu’il serait trop long de développer ici.
Il y a un vieux fond chez tout citoyen, une sorte de complexe, un fond hérité de siècles et de siècles qui lui fait s’identifier en imagination bien sur, aux seigneurs qui l’exploitaient, un fond qui date de cette époque ou le seigneur était un héros avec filiation divine. Qui a envie de s’identifier au sinistre et médiocre Lidl? (Notez en passant que Lidl a compris le probème et essaie de se positionner maintenant sur le luxe). On ne vote pas avec sa raison, mais avec ses préjugés, ses perceptions conscientes et inconscientes, ses a priori.

La fabrication du Macron a touché juste, elle a su entrer en résonance avec ces vieilles fibres de l’âme française . Une personne tient lieu de quelque chose, ce quelque chose correspond à une attente du moment et à un vieux fond séculaire et le tour est joué. Mais tout ceci notons-ee  tient non pas au réel, au rationnel ou au symbolique, nous sommes dans l’imaginaire. Avec la fragilité de l’imaginaire qui est toujours de carton-pâte.

Enfin autre piste : la modernité qui est imposée, implantée, dans nos cerveaux par le monde de la marchandise et la publicité. La modernité, le dénigrement de ce qui était « avant » est devenu une structure, un acquis , une valeur.  Nous finissons par être structurés dans notre tête par l’idée que le moderne, « ce qui vient de sortir » est toujours mieux que ce qui existait avant.

Nous achetons, nous consommons de la politique sur le même mode que nous consommons de la marchandise promue par les publicitaires. La politique n’est plus active, ce n’est plus l’action politique, c’est la passion c’est à dire la passivité. La pub transforme ceux qui devraient rester des acteurs en passionnés. Elle crée radicalement un peuple dans son processus même, c’est un processus de « passificaction », c’est à dire de transformation en spectateur  passif, en mouton.

C’est là-dessus que joue la pub, la péremption de l’ancien,  l’attrait du nouveau, l’envie   de faire partie du troupeau et de s’y croire participant.. Cette structuration nous fait perdre l’esprit critique, nous cessons de nous poser la question est ce bien mieux que ce qui a précédé ? Le nouveau, le moderne deviennent valeurs absolues, sans test, sans résistance, rien que parce qu’ils sont nouveaux ou présentés comme tels. Ainsi se crée un raccourci efficace, un conditionnement.

L’une des idées à creuser pour l’avenir et la pratique politique radicale, serait la transposition de ce qui se passe en matière de consommation: l’industriel, le commercial a été supplanté. Il faudrait imaginer un « Wholefoods » de la politique, un snobisme sophistiqué qui ferait retourner à l’authentique, à l’écolo en politique, c’est dire qui lancerait en quelque sorte la mode du candidat qui ne serait pas un produit artificiel, qui ne serait pas une construction, pas une opération marketing, mais qui serait perçu comme vrai, éternel, valeur sure face à l’incertitude généralisée des valeurs qui est la caractéristique de notre époque.

Bref la mode du candidat nature, tel qu’en lui-même … ce qui n’a rien à voir bien avec l’écologie.

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10 réflexions sur “Macron et la construction d’un peuple bidon

  1. Non LVMH ce n’est plus le luxe, ce n’est plus la distinction quand le styliste copie la ligne Mickael Jackson , c’est un manque de créativité même s’il pense peut être faire comme Françoise Giroud et les Editions Mazarine. Bernard Arnault a tué l’élégance française pour en faire un produit bien ordinaire dans sa recherche d’une clientèle mondiale sans aucun lien avec la France, il a aussi tué la parfumerie française dans ses supermarchés Séphora. Le luxe, c’était le Mermoz, c’était le France, c’était Normandy, Dior, Chanel et les autres, à des années lumières de cet ordinaire aujourd’hui…

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  2. il y a la construction marketing et le réel. Je suis effaré par toutes les attentes qui semblent s’exprimer autour de la future œuvre de notre président.
    A la différence de style près (et c’est plus présentable pour Macron), cela me fait penser aux lendemains de l’élection du président Sarkozy en 2007. Il y a beaucoup trop d’espoirs accumulés alors que l’homme providentiel n’existe pas. Tout cela va se fracasser sur le mur des réalités.
    Alors oui, il peut y avoir une construction parlante dans l’imaginaire collectif, mais si elle ne « délivre pas » (comme disent les financiers), elle est porteuse de désenchantements immenses.
    Rendez-vous d’ici 2-3 ans pour constater si elle a délivré ou non!

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    1. Vous avez raison mais dans cet article , mon point de vue n’est pas marketing, mais politique. Le marketing est au service d’un projet politique trompeur, au service d’un groupe, d’une classe qui veut perpétuer sa domination par la mystification: Macron et ses sponsors reprennent des analyses élaborées par des authentiques démocrates et les détournent pour un projet radicalement non démocratique.

      Il utilise des techniques qui ont été conçues pour faire remonter le politique du bas vers le haut en les inversant, et faire en sorte de conserver le pouvoir au profit du Haut.

      Ceci est complementaire de la stratégie qui a consisté depuis 1983 à parquer une partie du peuple dans l’enclos du Front National pour le mettre hors jeu.

      On élimine une partie du peuple, on le coupe du jeu démocratique et on mystifie ce qui reste par des procédés qui se font passer pour démocratique: la consultation, les rencontres, le contact téléphonique, un faux populisme, une fausse foule En Marche …

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  3. Cette grille d’analyse LVMH est géniale, bravo!

    Je viens de réaliser que le vote de gauche post-1983 ( tout come le vote Obama- Hillary) est un vote sac Vuitton.

    Les ploucs s ‘achètent l’appartenance à l’élite intellectuelle, à la noblesse d’esprit, à l’élégance. Ils s immunisent contre la « vulgarité », contre la « connerie » des masses , auxquelles ils sont tout fiers d’avoir échappé, journal « Le Monde » sous le bras . Notre Obama , quelle claaasse!!

    Cela explique d’ailleurs la suffisance et le sectarisme de ces consommateurs de statut . Admettre que quelqu’un d’autre puisse avoir une opinion divergente de qualité , serait admettre qu’ils se sont fait refiler une contrefaçon, insupportable quoi …

    L’axe élégance-vulgarité que vous mentionnez est très utile en politique pour détecter ces consommateurs de statut .

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  4. Le problème du marketing, est qu’il ne permet pas le débat. Il pose et par là même impose… c’est une pub après tout. Il élabore un état d’esprit qui est cette absence totale de discussions et de rhétorique. Et c’est un gros problème ne serait-ce qu’au sein de son propre entourage. On ne peut plus débattre: si nous ne sommes pas tous dans la même ligne de pensée on est soit honnit, soit qualifié d’insignifiant, sachant que la plupart du temps tout type de sujet sensible est évité afin de garder un semblant de relation…
    Heureusement il y a la pluie et le beau temps…. triste non?! Or cet esprit ‘pub’ se généralise, même malgré nous, et s’amplifie même en mode virtuel…

    Je pense que nous sommes l’une des dernières générations ‘travailleuse’. La révolution 3.0 le permet. Et c’est tout un bouleversement après des millénaires de labeur. Le devenir de l’Homme est le plaisir seul. A consommer. Les robots feront toutes nos corvées…. Ce qui entraîne aussi tout ce bouleversement intellectuel dont ne nous sommes probablement qu’aux prémices… Que deviendra l’Homme et sa pensée sans effort laborieux?

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  5. Peut-on fabriquer un peuple? Rien n’est moins sûr. On peut très bien
    par contre fabriquer, ou rassembler, un électorat, même disparate.
    Entre le désir de virer les vieilles lunes jugées incapables et corrompues,
    les relents staliniens du NPA, les errances de MLP, une bonne rasade
    d’anti-France à destination des colorés, qui sortait seul debout
    du jeu de massacre?
    Et comme Giscard en son temps, Macron a joué la « compétence », que
    personne n’est venu lui contester.
    On a eu la loi « Pompidou-Rothschild » la première fois. Maintenant
    attendons la liquidation.

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