Billet: dans l’imaginaire, tout va très bien Madame la Marquise …Vous êtes concernés.

Nous avons une thèse que nous formulons sous l’appellation « névrose sociale » afin d’exprimer l’idée que nos paroles, nos écrits, nos pensées, nos théories  ne reflètent plus correctement la réalité.

Nous  avons une fois pour toutes quitté le monde réel et nous vivons de plein pied dans le monde des signes, le monde des ombres. Les réconciliations, les convergences entre cet imaginaire et le réel, les irruptions du réel  sont de plus en plus rares et de plus en plus limitées.

Le rôle des médias est central. non pas au niveau des contenus , mais au niveau de la forme: les médias nous font vivre dans le monde des signes, ils nous desapprennent la réalité. Ils nous apprennent, nous éduquent à habiter l’imaginaire, ils nous forment à ne plus savoir distinguer le corps de son ombre, le vrai du faux, l’authentique de l’artifact.

Les médias font en sorte que tout est mis sur le même plan, celui du spectacle. Les médias font de nous des spectateurs à temps complet. Les médias détruisent les articulations qui font sens, ils juxtaposent, ils combinent, ils jouent sur des alternances. Les médias constituent un imaginaire à deux dimensions alors que le monde réel est constitué d’une infinité de dimensions , et d’expériences intransmissibles comme la joie, la douleur, l’angoisse etc.

Nos enfants sont et seront aliénés, étrangers à eux mêmes, plongés qu’ils sont non dans le symbolique du vrai et de l’efficace mais dans l’imaginaire qui en quelque sorte distrait, détourne. Nos enfants vivent à fond, à plein dans la disjonction entre le réel et ses signes. d’où les mondes de bisounours, d’où les mondes « du tout le monde il est beau il est gentil »;  d’ou le monde sans genre, d’ou le monde sans identité, d’ou le monde sans frontières, d’ou le monde clivé, d’un côté les serfs et de l’autre les Maitres, cachés, dominants par le biais d’un système qui se dissimule derrière son évidence, qui  reste enfoui, loin de la conscience et de l’intelligibilité. Loin de la volonté.

Le système reproduit son ordre, la domination des uns et l’asservissement des autres non par la force, par la violence « hard » mais par la structuration « soft » , la prise de possession de ce qui se passe dans leur tête, par la constitution de ce qu’ils sont en tant que sujets. Et c’est pour cela que les révoltes sont de plus en plus difficiles, c’est pour cela que les rebellions  cessent dans un gigantesque « à quoi bon ». La chape de plomb, la paroi de verre qui nous sépare du réel et qui nous parait infranchissable n’est pas extérieure à nous, non elle est en nous elle a été implantée comme une puce, comme la puce des films de science fiction qui transforme les hommes en pantins.

Le renoncement est fondé sur ce sentiment diffus qu’il n’y a rien à faire. Pour se rebeller il faut d’abord comprendre que l’adversaire est en nous, il habite notre tête  il prend possession de celle de nos enfants , il nous structure, il nous traverse, c’est lui le terrible « IL » impersonnel, tombé du ciel du « il faut », du « il ne faut pas », du « il est interdit » de , …

 Selon cette thèse les signes que  nous manipulons ne sont plus adéquats pour modifier le réel, s’y adapter, traiter les problèmes qu’il pose. Au lieu de refléter, les signes que nous manipulons déforment, travestissent, éloignent du réel, ce ne sont plus des scalpels pour le transformer, pour produire, mais des « joujoux pour jouir ». Le principe du plaisir ou plutôt celui de l’évitement de la douleur et de l’effort a pris le dessus. C’est une névrose en ce sens que tout cela est le produit répétitif,  le résultat d’un biais qui fausse les  choses afin de réduire ou d’éliminer les angoisses, les efforts, les douleurs, bref tout ce qui est pénible et le remplacer par des signes qui ne nous font pas mal. Mais bien sur cet évitement a une conséquence: il nous rend dépendant d’autres qui nous prennent en charge. Ce n’est pas un hasard si la litanie des présidentielles a été en partie celle de nous protéger. D’ailleurs tout ce qui nous est imposé est du mêma tabac, il s’agit toujours de nous protéger.

On le constate bien sur dans le comportement face au terrorisme, mais aussi face à la crise économique et financière, face aux pertes de liberté, face  à tout ce qui pourrait ou aurait pu, avant,  fâcher ou produire de la violence. Notre névrose nous fait escamoter, occulter, tenir pour non avenu tout un ensemble de choses que le corps social, maintenant presque dans son ensemble refuse. Notre névrose est un gigantesque « je n’en veux rien savoir ».

Le VIX est une créature mathématique, c’est une trituration de chiffres, de statistiques, il est considéré par les gens les plus puissants, par ceux qui font autorité, par les riches de la planète, par les banques centrales, par les conseillers des gouvernements qui y comprennent quelque chose, comme le baromètre de la peur , de l’incertitude, du risque, du stress des marchés.  Les marchés eux sont censé exprimer nos peurs,  nos espoirs et nos valeurs. Le VIX a touché hier sont plus bas de 24 ans à 9,7 si nos souvenirs sont bons.  Jamais on n’ a eu moins peur!

Plus le VIX est bas plus il exprime que tout va bien qu’il n’y a rien à craindre, que nous sommes dans le meilleur des mondes, bref le VIX , c’est la chanson: tout va très bien madame la marquise…le VIX est au plus bas, les marchés financiers mondiaux sont au plus haut. Le monde brule, circulez il n’y a rien à voir.

L’ennemi terroriste n’est pas à nos portes, il est chez nous, il est chez dans nos villes et nous sommes impuissants;  Theresa May a perdu les élections, la Grande Bretagne est affaiblie alors qu’elle va devoir livrer un combat sans merci;  Trump est traité de menteur, menacé de destitution, l’ancien patron du FBI suggère que c’est une canaille; le Moyen Orient est destabilisé une fois de plus par la rupture des relations entre l’Arabie Saoudite et le Qatar;  les néocons cherchent une fois de plus à isoler l’Iran pour lui déclarer la guerre; Poutine évoque le spectre d’une guerre nucléaire qui détruirait tous les belligérants, personne ne sortirait vainqueur;  en Italie les partis euro sceptiques approchent la majorité; en Europe les banques fragiles tombent incapables d’honorer leurs engagements; en France, à peine en place le gouvernement est sous les tombereaux d’ordures de la corruption du détournement de fonds, de …

Pendant ce temps la dette mondiale s’accumule, elle donne le vertige à ceux qui osent la contempler… tout va très bien madame la marquise!

 

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4 réflexions sur “Billet: dans l’imaginaire, tout va très bien Madame la Marquise …Vous êtes concernés.

  1. « Le renoncement est fondé sur ce sentiment diffus qu’il n’y a rien à faire. Pour se rebeller il faut d’abord comprendre que l’adversaire est en nous, il habite notre tête il prend possession de celle de nos enfants , il nous structure, il nous traverse, c’est lui le terrible »

    Vous avez raison,

    il faut toujours être persuadé, que quelque soit la situation, rien n’est figé, déterminé, bloqué; que nous pouvons tous sortir des limites que nous nous fixons ou de celles que nous nous laissons enfermer.

    « Même si le tranchant de l’épée est déjà posé sur la gorge d’un homme, qu’il ne désespère pas d’être sauvé » Roi DAVID

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  2. Oui « il n’y a rien à faire »…

    Le système est tellement corrompu, qu’il ne peut y avoir de réaction ou de rébellion coordonnée venant d’un groupe sociale ou d’une prise de conscience collective.

    Ce n’est pas un vote ou un coup d’état ou encore une autre réaction sociale qui mettra à bas le système.

    Le système s’écroulera de lui-même comme l’Union Soviétique en son temps…
    C’est Jean-Paul II qui avait raison, non en encourageant une quelconque rébellion mais en suscitant un espérance, et pour les croyant « en ayant la foi ».

    Pour nous, le seul moyen de résister au système : c’est d’agir à notre niveau sur des petites choses de notre quotidien comme :

    – s’investir dans notre famille, éduquer nos enfants en retrouvant le rôle séculaire de la transmission non seulement pour les savoirs mais aussi pour l’histoire, la culture, …

    – renoncer à la consommation de masse et retrouver une vie frugale : supprimer la télévision et retrouver des plaisirs simples comme la lecture ou une partie de cartes,

    – développer son autonomie : alimentaire par le jardinage, domestique par le bricolage, intellectuelle par la lecture et la discussion en famille ou entre amis.

    – s’entraider entre voisins et développer un réseau social, pour prendre conscience que tout seul : »on est rien » et qu’il faut accepter/supporter les « défauts des autres » pour construire une conscience collective.

    Si chacun d’entre nous développons cette manière de vivre, non seulement nous serions à même de résister aux pressions « du système, mais nous serons un pôle pour reconstruire la société de demain quand le monde d’aujourd’hui s’écroulera.

    Pour résumer, je cite Soljenitsyne :

    « Ne les croyez pas, ne les craignez pas, ne leur demandez rien. »

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