Petit terrorisme deviendra grand, même si on le minimise

Dans un courrier adressé au ministre de l’Intérieur, le maire de Laroque-Timbaut dans le Lot-et-Garonne s’étonne du peu de retentissement de l’agression d’un agriculteur par un individu fiché S et assigné à résidence, pour laquelle le parquet n’a pas retenu de qualification terroriste.

L’attaque d’un agriculteur au couteau par un individu fiché S laisse un parfum de malaise dans le Lot-et-Garonne. Le maire de Laroque-Timbaut, Lionel Falcoz, a écrit vendredi une lettre au ministre de l’Intérieur Gérard Collomb pour s’en indigner. L’élu LR s’étonne du peu de mobilisation des services de l’Etat autour de cette agression qui choque le monde agricole.

«S’ils avaient été journalistes, on en parlerait pendant des mois en hurlant à l’atteinte à la liberté d’expression… S’ils étaient politiques, on en parlerait pendant des mois en hurlant à l’atteinte à la démocratie. Là, ce ne sont que des agriculteurs, et personne n’en parle…», écrit-il dans sa missive en citant les paroles d’un agriculteur rencontré lors d’un rassemblement de soutien.

Lame de 30 cm

Le 18 juin dernier un peu avant 21 heures, deux agriculteurs moissonnaient un champ aux abords de Laroque-Timbaut. Kader B*. passe en scooter le long de la route qui borde le champ, suivi d’un de ses amis en voiture. Les deux individus s’arrêtent, et Kader se dirige vers le tracteur qu’il stoppe en se postant devant.

«Mon client a reçu des coups qui visaient à le tuer ; s’il n’avait pas été aussi robuste, il ne serait peu-être plus là.»

Me Sophie Grolleau, avocate de la victime

S’ensuit une altercation verbale qui va dégénérer et dont l’origine n’est pas établie. L’agresseur retourne vers les véhicules, s’empare d’un couteau de type Opinel avec une lame de 30 cm, et porte des coups contre l’agriculteur le plus âgé. Celui-ci reçoit une entaille à l’épaule, qui lui sectionne le triceps, selon le rapport d’enquête. «Mon client a reçu des coups qui visaient à le tuer ; s’il n’avait pas été aussi robuste, il ne serait peu-être plus là», pointe Me Sophie Grolleau, l’avocate de la victime. «Les faits sont extrêmement graves, tout comme le profil de l’agresseur est inquiétant.»

Dans son témoignage, le second agriculteur dira que l’agresseur a crié «Allahou akbar» à quatre ou cinq reprises après avoir frappé son ami. Placé en garde à vue, l’agresseur est jugé en comparution immédiate deux jours plus tard devant le tribunal correctionnel d’Agen pour violence avec arme. La parquet n’a pas retenu de chef de terrorisme. Le procès sera repoussé au 19 juillet et Kader B. est placé en détention provisoire. L’homme qui l’accompagnait a été mis hors de cause.

Violation de l’assignation à résidence

Dans sa missive, le maire de Laroque-Timbaut interpelle le ministre sur le profil inquiétant de l’auteur de faits: Un individu «fiché S», «déjà condamné pour des faits similaires», «reconnu comme étant au minimum en cours de radicalisation, et de surcroît en violation de son astreinte à domicile». Kader B. était en effet bien connu des services de police. Il était en attente de jugement pour «diffusion d’images à caractère terroriste». Lors d’une perquisition administrative à son domicile, les enquêteurs ont retrouvé sur son ordinateur de nombreuses images de décapitations. Il en avait envoyé certaines à l’un de ses amis par l’application de messagerie Whatsapp.

«Comment se fait-il que cet individu, censé ne pas sortir de chez lui entre 20 heures et 6 heures du matin, ait pu se trouver sur une route à 21 heures ?

Lionel Falcoz, maire de Laroque-Timbaut

«Cette affaire pose deux questions», estime Lionel Falcoz. «Comment se fait-il que cet individu, censé ne pas sortir de chez lui entre 20 heures et 6 heures du matin, ait pu se trouver sur une route à 21 heures? Cela pose des questions sur l’effectivité des assignations à résidence.» Le maire pointe aussi la qualification pénale de l’agression. «Le motif terroriste n’a pas été retenu, et je respecte profondément le travail des juges qui ont pris cette décision. Mais connaissant le profil de l’individu, comment s’assurer qu’il ne sera pas en mesure de radicaliser ses codétenus?», se demande-t-il.

De son côté, l’avocate de Kader B. minimise le processus de radicalisation de son client. Me Céline Pascal le défendait déjà dans l’affaire de diffusion d’images à caractères terroristes, pour laquelle il devait comparaître en procédure de reconnaissance préalable de culpabilité. «Mon client devait comparaître libre, ce qui montre bien qu’ils ne l’ont pas considéré très dangereux», avance-t-elle. «Il n’a montré aucun signe concret de radicalisation, il ne va même pas à la mosquée et a retrouvé un travail il y a peu.» Une première expertise psychiatrique en août 2016 n’avait pas démontré que l’homme était radicalisé, explique Me Pascal. En comparution immédiate, elle a demandé une nouvelle expertise psychiatrique à la lumière des derniers événements.

*Le prénom a été modifié.

 

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