Pressions sur Nestlé pour vendre L’Oréal

Daniel Loeb, directeur du fonds spéculatif Third Point, a pris une participation de 3,5 mrd USD dans Nestlé. L’investisseur américain demande une série de mesures au géant de l’alimentaire pour générer plus de valeur pour ses actionnaires, dans une lettre aux investisseurs. Il exige notamment la vente de sa participation de 23% dans L’Oréal.

La participation dans le groupe français de cosmétiques représente une valeur d’environ 25 mrd USD, ce qui correspond à environ 10% de la capitalisation boursière de Nestlé actuellement. En 1974, Nestlé a acquis 29% dans L’Oréal, alors que la société veveysane valait dix fois plus que la française. Puis, en 2014, 6% des parts ont été revendues après l’arrivée à échéance du droit de préemption réciproque.

Le fonds considère que cette participation historique n’est plus stratégique et « les conditions de marché offrent un moment opportun pour la revente ». Les actionnaires devraient en effet pouvoir être libres de choisir s’ils veulent « investir dans Nestlé ou dans une combinaison de Nestlé et L’Oréal ».

En marge des résultats 2016 en février, le directeur général (CEO) Mark Schneider avait pourtant indiqué que la participation dans L’Oréal restait « un atout stratégique » et que sa vente n’était pas d’actualité.

L’investisseur, qui possède environ 40 mio de titres et d’options dans Nestlé, estime que le titre a sous-performé par rapport à ses principaux concurrents américains et européens en matière de rendement pour les actionnaires et ce sur une base de trois ans, cinq ans et dix ans. Il reproche également l’absence de croissance du bénéfice par action sur les cinq dernières années.

Néanmoins, le fonds spéculatif identifie des possibilités de progrès et de changements, ainsi qu’un potentiel pour améliorer les marges. Il souhaite encourager la direction à entreprendre les changements nécessaires. La marge Ebit de 15,3% serait en effet dans la fourchette basse par rapport à ses pairs.

Selon la lettre datée de dimanche, la société serait en capacité d’améliorer ses marges à hauteur de 400 points de base sur les prochaines années, raison pour laquelle Third Point exige une cible de marge entre 18% à 20% d’ici 2020.

Third Point reconnaît que « même avec une nouvelle direction et des options claires pour générer de la valeur, le changement dans une société telle que Nestlé peut être complexe ». Le fonds se dit néanmoins « enthousiaste quant aux perspectives ».

Neestlé devrait optimiser le cout du capital et racheter ses actions

En matière de rendement du capital, Third Point note que le très faible endettement de Nestlé est remarquable (moins de 1,0 fois l’Ebitda), mais n’est pas nécessaire dans un domaine d’activités non-cycliques. La société devrait cibler une dette nette d’au moins 2,0 fois l’Ebitda pour mieux optimiser les coûts du capital et cela lui donnerait également la possibilité d’effectuer des programme de rachats d’actions.

Third point exige également de la société veveysane un examen approfondi du portefeuille et de prendre en compte la possibilité d’acquisitions dans certains segments. En février, le directeur général a néanmoins coupé cours aux spéculations autour d’adaptations stratégiques en profondeur, préférant s’inscrire dans la continuité.

UBS estime que la prise de participation de Third Point dans Nestlé porte une pression supplémentaire sur les épaules de Mark Schneider pour entreprendre les étapes nécessaires à la création de valeur. En ligne avec Daniel Loeb, les analystes considèrent que le rééquilibrage du portefeuille est une des pistes pour y arriver.

La réduction des coûts et la stratégie financière sont également deux autres pistes de création de valeur à prendre en compte. Les analystes estiment en effet que la vente de la participation dans L’Oréal offrirait une possibilité pour un programme de rachat d’actions de 10 mrd CHF et des acquisitions.

Vontobel note que Third Point est devenu le sixième plus grand actionnaire avec l’acquisition d’une part de 1,3% dans Nestlé. Si le diagnostic du fonds spéculatif est « sans concession », il juge les perspectives d’amélioration sont néanmoins nombreuses.

Pour les analystes de l’établissement, le changement à la tête de la société et l’entrée au capital de Third Point indiquent que 2017 sera une année décisive pour le géant de l’alimentaire. L’intervention du fonds pourrait être jugée hostile, mais il est aussi possible que Mark Schneider ait trouvé un nouvel allié, jugent les analystes.

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