Juillet 2012, cinq ans déjà! A lire, Draghi a écrit une page d’histoire qui vous concerne.

Juillet 2012, cinq ans déjà! A lire, Draghi a écrit une page d’histoire qui vous concerne.

Il y a 5 ans Draghi prenait les choses en mains, il prenait le pouvoir sur les politiciens incapables de faire face à la crise de la dette européenne, incapables de parer à la dislocation du système bancaire et aux risques d’éclatement de l’euro.

Le 26 juillet 2012 lors d’un discours à Londres il réalisait ce que nous avons alors appelé son coup de force, son coup d’état, il prenait le pouvoir en Europe. Il annonçait qu’il ferait tout pour sauver l’euro., “whatever it takes” affirmait-il fortement.

Tout de suite nous avons diagnostiqué une Révolution; les médias et les marchés ne l’ont réalisé que quelques jours plus tard. Les politiciens à la petite semaine ne l’ont pas encore compris eux!

Draghi avait ce jour là abordé la question de la construction européenne de façon imagée: l’euro est comme un bourdon (bumblebee), c’est un mystère de la nature car normalement il ne devrait pas voler, mais pourtant néanmoins il vole”… “l’euro a été un bourdon qui a très bien volé pendant quelques années, probablement parce qu’il y avait quelque chose dans l’air qui faisait qu’il vole, mais quelque chose a du changer cela doit avoir quelque chose à voir avec la crise financière”.

La comparaison avec le bourdon est spécieuse, mais elle permet d’escamoter l’essentiel, les causes. Cette image obture l’intelligence et l’esprit critique et c’est bien sur l’effet recherché: Draghi tient à frapper, à paralyser l’intelligence, pas à la solliciter. Le fait de dire qu’il y avait quelque chose dans l’atmosphère qui permettait au bourdon de voler malgré les lois de la nature équivaut à faire appel à la magie, à la croyance sinon à l’autorité du grand prêtre des mystères de la monnaie.

La cause, l’élément dans l’air qui a permis au bourdon de voler malgré ses handicaps est tout simple, c’est la croissance des dettes, cette croissance trompe la gravitation, elle permet de faire croire aux miracles. Et la crise 2008 a interrompu la croissance des dettes, elle a fait atterrir, mis à terre ce qui volait. Elle a révélé les illusions du miracle. Comme l’a dit Warren Buffett, les dettes c’est le niveau de la mer qui monte, mais quand elles refluent on voit qui se baigne nu. Les dettes, leur croissance c’est l’illusion du miracle, c’est ce qui permet de faire croire que cela tourne rond et c’est ce qui rend temporairement soutenable l’insoutenable.

Au moment où Draghi s’exprimait, le bloc monétaire européen était dans la tourmente, les rendements des emprunts émis par les pays périphériques s’envolaient et la spéculation pariait à coups de centaines de milliards contre l’euro. La spéculation jouait et préciptait l’éclatement de l’Union, convaincue que les vices fondamentaux de cette construction bancale allaient les aider à porter le coup fatal. En fait comme nous l’a révélé par inadvertance un très haut responsable européen, il s’agissait d’un chantage, d’une partie de bras de fer, mais bien peu en ont à l’époque eu conscience, certains seulement ont entrevu la vérité.

La déclaration de Draghi était donc une prise de pouvoir, il dépossédait les politiciens tétanisés et prenait en mains le sauvetage, au dessus d’eux, en les court circuitant: “la BCE est prête à faire tout ce qu’il faudra pour préserver l’euro. Et croyez moi, ce sera suffisant”. Déclaration sans équivoque qui a été prise comme telle, crédible. Et crédibilisée par les marchés, vous savez que les prophéties se réalisent d’être crues!

Un programme d’achat de dettes des pays en difficulté fut mis en place en échange de réformes structurelles et les rendements des emprunts des pays périphériques se mirent à chuter … alors que le programme d’achats ne fut pas réalisé. La parole de Draghi a suffi, tout simplement parce que la chute des cours des emprunts des pays de l’Union déficitaires était en grande partie spéculative, faite par les banques qui jouaient contre l’Europe pour en quelque sorte forcer la main aux autorités. Le chantage réalisé par les banques sur les marchés a fonctionné, la résistance politique, essentiellement allemande a été vaincue. En fait Draghi a sauvé les banques, elles n’auraient pu résister à la tourmente de la dilatation des spreads si elles n’avaient pas eu l’assurance que la solidarité allait jouer, simplement il a fallu habiller cette solidarité dont l’Allemagne ne voulait pas.

On ne saura jamais si au fond d’elle même Merkel n’était pas consentante et si elle a été violée.

Les banques ont été bien et largement récompensées de leur chantage puisque toutes les mesures qui ont suivies, mises en place par la BCE ont abouti à leur faire réaliser des profits spéculatifs considérables sur leurs achats d’obligations souveraines européennes, le crime paie en matière financière quand il est gros, très gros! C’est le hold up du siècle , mais sur les conditions de sa réalisation, règne l’Omerta. Espérons que l’Histoire s’y intéressera.

Les marchés après une phase de digestion et de réflexion ont joué le succès du “whatever it takes”, et ceci d’autant plus facilement et de bon coeur qu’en fait, les marchés ce sont les banques et que le coup d’état de Draghi était précisément ce qu’elles demandaient, elles savaient qu’elles allaient être sauvées. Il est normal que les banques jouent et accompagnent ce qui leur est favorable!

Espérons qu’un jour un historien ou un livre de souvenirs nous diront si nous avons été en présence d’une conspiration.

Rendez vous compte les taux de rendements des emprunts souverains italiens étaient à 6,60% et ceux des espagnols à 7,62%, les cours boursiers des banques étaient au plus bas depuis 2009 et les indices des cours des banques italiennes et espagnoles étaient en chute libre! Les banques allemands n’étaient pas épargnées en raison de l’interconnexion, la Deutsche Bank était revenue à 24 euros la veille de la prise de pouvoir de Draghi , la DB venait de 55 !

Les bénéfices de la communauté spéculative mondiale sur le « whatever it takes » de Draghi ont été considérables, un véritable hold up!

Grace à Super Mario et à ses trillions on s’est arraché la dette italienne: de 6,60% avant le 26 juillet 2012 son rendement est descendu de 210 points de base, on était à 4,5% en fin d’année 2012 et on est à 2,10% maintenant! Un cadeau colossal, inimaginable fait à la communauté spéculative.

Même chose sur la dette espagnole, son rendement est passé de 7,6% en 2012 à 1,5% maintenant; une aubaine, un cadeau tombé du cilel!

Ces deux dettes qui étaient les plus boudées, les plus vendues à découvert sont devenues les chouchous des marchés grâce au cadeau de Draghi.

Peut être que l’on apprendra un jour le montant des transferts incroyables de richesses qui ont eu lieu subrepticement, à l’insu des peuples au cours de ces années. En regard de ces sommes, les miettes budgétaires que manient les gouvernements, vos gouvernements sont dérisoires, le pouvoir est passé des politiques aux banquiers.

La construction monétaire européenne est la vache à lait de la spéculation, c’est la seconde fois qu’elle s’engraisse sur l’euro. Vers la fin des annnées 90, la communuaté spéculative s’est goinfrée sur les dettes de l’Italie et des périphériques, elle a gagné des fortunes en jouant ce que l’on appelé l’Euro Convergence Trade dont vous, vous n’avez jamais entendu parler.

Les profits ont été considérables pour les systèmes bancaires et les hedge funds qui ont joué cette convergence des taux au sein des différents pays qui allaient participer à l’euro. Cette communauté spéculative a joué “à l’aller” sur la réduction des écarts de taux entre les dettes des différents pays, elle a beaucoup gagné. Puis elle s’est trompée, car les écarts après s’être contractés se sont à nouveau dilatés. Au lieu de payer et de subir ses pertes « au retour »,  cette communauté spéculative a reporté ses pertes sur les citoyens. Privatisation des profits, socialisation des pertes. C’est votre banque centrale qui a payé l’addition et qui en plus les a enrichi en re-forçant à la convergence .

Ah les braves gens!

Non seulement la finance européenne était au bord du collapse avant le “whatever it takes”, mais c’était tout l’édifice mondial qui chancelait selon la chaîne: crise de confiance dans les emprunts souverains européens des pays déficitaires, égale crise de confiance dans la solvabilité, la liquidité et la capacité des banques européennes à faire face à leurs engagements égale blocage du marché mondial des dérivés égale explosion en chaîne des  VaR, des Values at risk, égale blocage du refinancement de gros …..Il ne faut pas oublier que les grandes banques européennes étaient à l’époque dominantes sur le marché mondial des dérivés et les plus gros fournisseurs de fonds des pays émergents!

Avec Draghi, c’est toute la conception financière qui s’est trouvée bouleversée, il a en fait été beaucoup plus audacieux et révolutionnaire que Bernanke.

Bernanke a utilisé les QE afin de faire face à la crise de 2008 , faciliter le désendettement du système financier et dé-colmater les canalisations du système; Draghi lui a bondit beaucoup plus haut et il a initié des QE illimités et sans limite de durée  afin de préserver une intégration monétaire déficiente. La chaîne monétaire c’est: d’abord la liquidité, puis la solvabilité et enfin la déficience de structure. Bernanke a traité liquidité et solvabilité et s’est arrêté là, tandis que Draghi a franchi le pas du traitement du structurel. C’est un changement de principe monétaire et de conception. Avec le “whatever it takes”, on est entré dans le permanent, et l’illimité: on ira jusqu’au bout nous dit Draghi, « coûte que coûte ». Fut ce jusqu’à la destruction même de la monnaie qu’il sagit de défendre! On abandonne les principes du banking orthodoxe qui interdisent de sauver les insolvables, au contraire, on les remet en selle, on n’élimine plus la pourriture, on la consolide, en la maintient en tant que zombie. Le “whatever it takes”, c’est le bail-out garanti pour tout et pour tous ceux qui ont failli dès lors qu’ils mettent en danger la construction monétaire européenne structurellement défaillante . Avant cette construction était boiteuse, elle le reste mais en plus maintenant elle est pourrie, criblée de vers, rongée de l’intérieur.

Cinq ans après le “whatever it takes”, la BCE continue de pomper des quantités astronomiques de monnaie dans le système mensuellement en injectant de l’argent quasi gratuitement. Et elle assure que cela va continuer si il le faut … mais on sait qu’il le faudra car aucun remède n’a été apporté aux vices de structures.

Il est évident que la prise de pouvoir de Draghi a été concertée avec les autres banquiers centraux du monde et qu’en fait la prise de pouvoirs est mondiale: les politiciens non seulement ne comprennent rien, mais ils ont été dépossédés. Aussitot après que Draghi ait annoncé son “whatever it takes”, la Reserve Federale americaine a relancé son propre QE, suivie par la Bank of Japan puis la Banque Nationale Suisse et les autres .. tout cela a été concerté, si cela n’avait pas été le cas le cas, tout se serait disloqué. Le bilan de la Fed était à 2,8 trillions en juillet 2012 , il est passé à 4,4 trillions à la fin de l’été 2014. Quant à celui de la BOJ, il a triplé depuis 2012, il est à 5 trillions.

Les soi disant tentatives de normaliser dont on parle en ce moment sont de la poudre aux yeux: on ne peut plus normaliser, il faut vivre avec, c’est comme pour le terrorisme. Les points de non retour ont été franchis. C’est vrai, il faut faire semblant de faire croire que l’on peut retourner en arrière et nous sommes dans cette période “de faire semblant”.

Le monde est sous couveuse, avec masque à oxygène. L’arrêt des pompes que constitue le nouveau système signifierait l’effondrement de la pyramide. La mort des zombies.

Je soutiens que le coup d’état de Draghi était en fait, par ses conséquences, un coup d’état global, qu’il nous a fait et nous fait basculer dans un monde nouveau ou le politique, donc les citoyens n’ont plus que l’apparence du pouvoir. N’oubliez pas que Draghi a mis en place le “coûte que coûte” en faisant croire qu’il était temporaire: en échange, en attendant les réformes.

Les réformes ne sont pas celles que l’on croit, celles de la classe financière, bancaire  et du clergé monétaire, non les réformes ce sont celles qui permettent au système qu’ils ont créé de se perpétuer: l’abandon de la souveraineté des nations, l’abandon de la souveraineté des citoyens, les prélèvements sur les citoyens pour honorer les dettes, les réformes du marché du travail qui assouplissent les échines, la suppression des blocages à la concurrence illimitée qui fait baisser la valeur du travail vivant.

Les banquiers centraux sans vote, sans débat et sans information ont mis en place un système neuf non démocratique qui leur donne tout pouvoir car les masses financières et monétaires dont ils ont le contrôle leurs donnent tous les pouvoirs, des pouvoirs en regard desquels les minables petits budgets dont les politiciens disposent sont ridicules. Les politiciens sont vos boucs émissaires alors que les vrais responsables, ce sont les banquiers centraux!

On se prend à sourire des 3 milliards que cherche Macron, des 5 euros de perte que Macron impose aux “bénéficiaires “ de l’APL, l’aide au logements. Les budgets des politiciens sont minuscules en regard des masses que déplacent les banques centrales et leurs banques dites commerciales par le jeu des taux, par le jeu sur le facteur risk et par les plus values boursières. La spéculation qui a accompagné et servi de  courroie de transmission à Draghi a gagné des centaines de milliards. Le jeu sur les taux a été chiffré à plus d’un trillion d’euros!

Tout est dicté par la situation monétaire et bancaire: l’orthodoxie budgétaire ordo libérale que l’on prête à tort aux Allemands,  les dépenses, les recettes, les contrôles des mouvements de capitaux des citoyens, la société de surveillance, les prélèvements iniques, le contrôle des comptes bancaires, la disparition de la rémunération de l’épargne des classes moyennes, la limitation des grosses coupures de monnaie, la future disparition scélérate du cash…

Draghi est le banquier central le plus puissant du monde, il n’a rien ni personne en face de lui, sauf une collection de politiciens divisés qui ne connaissent rien à la chose monétaire, comme Merkel ou en son temps Sarkozy.

Draghi règne par la peur, la peur de la crise qui lui sert de fouet pour imposer ses volontés sans discussion, même à la Bundesbank. A l’inverse du patron de la Fed il ne rend de compte à personne, à aucune souveraineté nationale, il n’est pas “grillé” par les représentations nationales. Il les traite comme on l’a vu il y a peu aux Pays Bas par le mépris.

Annexe: quelques graphiques techniques qui illustrent la draghinade

Draghi a échoué réellement sur tout: l’inflation, la relance du crédit, ce qui était pourtant ses objectifs avoués. La reprisette économique actuelle ne lui est pas attribuable , elle tient à la fois à l’international et à la fin de l’imbécile austérité imposée aux européens les années précédentes . Le gap de croissance est considérable, c’est un gaspillage dont personne ne parle. Les trillions de la BCE n’ont pas réussi à faire remonter l’inflation, c’est la hausse du pétrole de début 2016 qui l’a faite.

Dans le coute que coute, le prix a été élevé, mais les résultats médiocres. 

 

 

 

 

 

 

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3 réflexions sur “Juillet 2012, cinq ans déjà! A lire, Draghi a écrit une page d’histoire qui vous concerne.

  1. Bonsoir,
    J’aimerai bien comprendre le mécanisme de transfert de richesse du peuple vers les banques via la baisse des taux d’intérêt des obligations (début de l’article).
    En effet, a priori, les banques s’en mettent plus dans les poches en prêtant aux états à des taux de 6% qu’à des taux de 1.5% … mais la contrepartie est, évidemment, que le nouveau taux de 1.5% est à la fois sans risque et que les fonds prêtés aux états viennent souvent de la BCE à 0% (si je comprends tout bien).
    Par ailleurs, on entent souvent qu’actuellement, avec la QE de la BCE, les banques sont en grandes difficultés: elles re-prêtent aux particuliers à des taux extrêmement faibles et le différentiel / leur marge est fortement réduit. Est-ce que cet argument est valable ou faux ? Car on entends aussi (et c’est plus crédible & compréhensible) que le modèle des retraites (en particulier Allemand) est lui mis en danger par les taux bas (évidemment, si mon épargne est à 1%, je vais vite devoir bouffer le capital alors que si elle est à 5%, je dois pouvoir tenir sur les intérêts plus longtemps)…

    Merci encore une fois pour cet article. Je comprends bien à présent où se trouve le vrai pouvoir, celui qui impulse les grands mouvements. Effectivement, nos débats sur les budgets nationaux, sur la réduction ou l’augmentation de quelques % des taxes nationales sont ridicules en comparaison …

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  2. Bruno bonjour,
    Les articles que vous commettez depuis quelques jours sont une véritable synthèse de votre œuvre !

    Il y a longtemps que je me demande pourquoi vous ne faites pas un papier d’anthologie donnant les pistes pour vos lecteurs « assidus » de ce qu’il y a lieu de faire pour passer le plus possible entre les gouttes … et sortir à la fin de ce mauvais cauchemar le moins mouillé possible ! (pays, résidence, banques, placements et stratégies fréquentables)

    Je sais, pour vous bien connaitre, que vous avez un sens aigu de la question.

    A votre age (LOL) cette préventive prestation pourrait être envisagée comme une sorte de testament « compétenciel » !

    A nos ages ! l’éveil de l’autre est encore la meilleure preuve d’amour que l’on puisse laisser à l’intemporalité … pour partir en paix … plus radieux que jamais !

    Tout le meilleur …

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