Editorial : une péripétie sur les marchés, analyse du nouveau monde

Avertissement:

Ce texte est de portée générale, l’analyse qu’il présente dépasse largement les marchés financiers. Elle est systémique. En un mot, le Nouveau Monde, celui issu de 2008 est un monde de « tiers payant »; les détenteurs d’actifs financiers, les banques, n’ont plus à exiger de prime pour prendre des risques, les risques sont évacués hors des marchés, ils sont assurés hors des marchés par les banques centrales et leur bilan. Du coup, le prix des actifs financiers peut monter, aller de sommets en sommets …c’est l’asymétrie instaurée comme mode de gestion sous couvert d’intérêt général.

Les banques centrales utilisent pour cela non pas leur capital, elles n’ont en pas, il est ridicule et symbolique, mais leur crédibilité et solvabilité ultime.

En fait elles utilisent la garantie ultime du contribuable , le pouvoir de taxation du gouvernement et … votre confiance, qu’elles trahissent allègrement par l’émission  de monnaie inconsidérée et non causée.

C’est un nouveau régime monétaire mais aussi et surtout un nouveau régime social qui produit et explique l’explosion des inégalités et la destruction du tissus social.

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Est ce enfin la correction tant attendue? Est-ce enfin le grand retournement souhaité par les Cassandre?

Les marchés globaux pointent dans le sens d’une grande fragilité. Ils sont, ils semblent vulnérables.

La semaine dernière, ils ont décroché, avec une baisse de plus de 1,5% au S&P 500, la seconde baisse de cet ordre depuis le début de 2017. Au cours de la même journée, le complexe du risque a donné des signes de faiblesse avec un marché des emprunts junks, de mauvaise qualité, sous une nette pression. On a appris par ailleurs que les sorties de capitaux des fonds à risque accéléraient avec les plus fortes rédemptions enregistrées depuis 6 mois.

La presse spécialisée a ainsi titré: « Exode sur le risque, avec les plus fortes sorties depuis 6 mois ».

Il n’y a pas que les actifs qui font preuve d’instabilité, les changes sont également agités et volatils. Après une pointe à 1,1838, contre dollar, l’euro est revenu à 1,1662, même mouvement de yoyo sur le dollar-yen. Ce qui a été contagieux sur l’or, lequel a vendredi matin passé les 1300.

Au niveau des commentaires de surface, on retiendra que l’inquiétude affichée sur la Corée du Nord a été remplacée par les nouveaux développements domestiques aux USA avec l’affaiblissement des soutiens de Trump et le départ de Bannon.

Si on en croit ce dernier, une page est en train de se tourner pour la Présidence de Trump: il ne fera pas ce pour quoi il a été élu, il va se normaliser et , pour se maintenir en place, il va mener une politique de type Goldman Sachs, il va plier face aux globalistes. Nous reviendront sur ces analyses, mais tout est plus complexe que ne le pense Bannon. Plus rien ne sera comme avant , ce ne sera pas le retour en arrière.

Selon nous, on se rapproche de l’Empeachment mais en même temps on s’en éloigne. On se rapproche de l’Empeachment car les soutiens populaires,  la base de Trump va se déliter mais l’Empeachment va devenir moins prioritaire pour les  « libérals » et les globalistes  car Trump est pour ainsi dire émasculé, neutralisé, ficelé, et ne peut quasi plus rien faire sauf une modeste réforme fiscale dans la ligne traditionnelle des Républicains.

Trump est sous contrôle, c’est quasi fait.  C’est la fin du populisme de droite , du populisme conservateur, nationaliste. C’est peut être le début de la grande division, de la coupure du pays avec multiplication d’incidents civils et sociaux. Ce qui était politique va devenir social , sociétal, culturel, certains vont jusqu’à parler de guerre civile. Ils lisent trop les journaux et regardent trop la télé! Ils confondent les spectacles, bidons,  organisés, avec des participants payés et aux ordres et les mouvements de fond d’une société. Maintenant, à notre époque on peut louer, se payer une foule, acheter une manif!

Est ce la grande correction attendue sur les marchés? Beaucoup le pensent et l’attendent, ce qui nous fait dire que c’est peu probable. La fonction des marchés est de tromper le maximum de gens, pas de les récompenser en troupeau! 

La situation fondamentale n’a pas échappé aux autorités, voila ce qui nous fait penser que nous n’y sommes pas.

Nous sommes dans une péripétie. Ce n’est pas le grand retournement, car tout est dans l’épure tracée par les banquiers centraux; ils gèrent , ils pilotent une tentative de normalisation très modeste à la faveur d’une amélioration conjoncturelle mondiale dont ils savent qu’elle ne va pas durer. Même cette normalisation est cosmétique, il faut faire semblant, il faut faire comme si! 

En clair notre conviction, à ce stade, mais elle peut changer est que nous ne sommes pas dans le grand changement de régime monétaire, nous naviguons à l’intérieur du régime ancien mis en place en 2008, 2009.

Rien n’indique que l’on sort de l’inflationnisme comme doctrine monétaire de base, rien n’indique que les autorités ont abandonné le rêve de tout contrôler, de faire face à tous les risques- le risque de crédit, le risque monétaire, le risque de liquidité, le risque de solvabilité, le risque de géopolitique, le risque de guerre- par la création monétaire, par les taux ultra-bas et surtout par l’assurance donnée de l’absorption du risque par la Banque Centrale. Car c’est cela l’essentiel du régime monétaire dans lequel nous vivons ; le report de tous les risques sur les banques centrales. C’est pour cela que le prix du risque est faible, c’est parce qu’il n’est plus assumé par les marchés mais par les Institutions Monétaires Centrales.

Si le risque est hors des marchés il n’y a aucune raison de le payer dans le marché. Quelqu’un d’autre paie pour ce risque et ce quelqu’un d’autre c’est le Centre, le couple Banque Centrale/Gouvernement , c’est à dire en  définitive le contribuable.

Le système monétaire/quasi monétaire  actuel, le régime actuel, c’est le report de tous les risques du money-like, de la quasi monnaie, de la fiction des actifs financiers aussi bons que la monnaie, sur … la monnaie de base, c’est à dire sur toute la société, sur tous les citoyens.

Le risque est couvert par la promesse implicite que toujours les banques centrales créeront assez de monnaie pour faire face à tout, absolument tout. C’est là que se situe l’assurance du système, dans cette promesse. Et vous comprenez qu’avec cette assurance il n’y a en a pas besoin d’autre, elle est radicale. Mais la contrepartie, le coût ultime de cette assurance est supporté par la monnaie, la monnaie de base, car dans la débâcle, un jour, il faudra créer beaucoup, beaucoup, des tombereaux de monnaie de base. De Dollars, d’Euros, de Yens, de Yuans

Et c’est pour cela que les fondamentalistes ne comprennent rien, ils raisonnent dans un système ou le risque est à l’intérieur des marchés, ce qui est une grave erreur, le risque a été rejeté, bouté  hors des marchés, il est hors d’eux  et donc il n’y a aucune raison de se couvrir par des primes dites de risque.

L’apparente survalorisation historique des actifs financiers est une illusion, illusion qui a son origine dans le passé: avant le risque était dans le marché donc le prix du risque était inclus dans les valorisations, elles en tenaient compte. Il fallait minorer les valorisations pour tenir compte du risque. Maintenant le risque est assuré ailleurs, par la promesse de création monétaire infinie si nécessaire, « le coûte que coûte », donc il n’y a aucune raison d’en payer le prix dans les valorisations.  Le risque est reporté,  il est dans la fragilité, du bilan des banques centrales et dans la nécessité potentielle, qui se réalisera un jour, nécessité qu’il y aura de créer, beaucoup, beaucoup de monnaie de base, de réserves etc. Tant que nous sommes dans ce régime monétaire, les primes de risque sur les actifs doivent être comprimées réduites à leur plus simple expression et il est logique que les actifs financiers s’établissent à des niveaux de valorisation supérieurs à ce qui étaient en vigueur dans le passé.

La théorie que nous développons est bien entendu non sue, non formulée par les participants des marchés, même par ceux qui réfléchissent un peu. Elle est efficace parce que précisément non consciente. Elle n’est pas  formulée, elle n’a pas fait l’objet dune prise de conscience. Si elle était consciente , si elle avait été consciente dès 2009, alors les marchés auraient boomé  dès la mise en place de ce nouveau régime monétaire. Mais tout se passe depuis 2016 comme si la prise de conscience se faisait lentement, presque à l’insu des participants et des analystes, peu à peu ils s’en approchent, à tâtons.

Et c’est qui explique les marchés que nous connaissons depuis février 2016, marchés paradoxaux mais logiques, dialectiquement logiques.

Une règle du jeu social  n’est efficace que si elle est ignorée , inconsciente, c’est dans le non-su, que règne la tyrannie. Ici la tyrannie du marché règne dans le non-compris, le non-su de notre nouveau régime monétaire, celui dans lequel à leur insu , les banquiers centraux nous ont fait pénétrer.

Eux même n’ont pas une conscience claire de ce qu’ils font, ils multiplient les essais et les erreurs et au travers ces essais et ces échecs, un nouveau système s’est mis en  place, se met en place; un système dont on ne  revient pas, dont on ne sort pas, sauf par la catastrophe qui se manifestera quand le mythe de leur toute puissance s’écroulera, on appellera cela la perte de confiance.

Comme le dit ma signature WordPress, nous sommes entrés dans d‘autresmondes

Annexe

Graphique:  le marché est moins unanime, l’appétit pour le jeu est moins fort, on achète moins n’importe quoi , comme on dit la participation se dégrade. la qualité interne se détériore.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur “Editorial : une péripétie sur les marchés, analyse du nouveau monde

  1. La perte de confiance est déjà sous –jacente mais pas encore reconnue ni contagieuse.
    Le système est complexe et apparemment (seulement) compartimenté malgré la planification et le globalisme.

    Les cryptocurrencies sont en autre un reflet de ce malaise et une crainte légitime que les banques centrales finissent par être fortement »behind the curve » pour les taux.
    Les derniers commentaires « dovish » de Janet Yellen ont provoqué la hausse de toute les « crytpocurrencies « contre le USD
    Mais aussi des marchés : le » search for yield « poussent toujours les investisseurs vers le risque ce qui perpétue le « risk on » et « solvabilise « les banques, fonds de pensions et assurances.
    En un mot le système.
    La défiance vis a vis des politiques monétaires devient un peu plus perceptible parce qu’elles détruisent la valeur du papier monnaie et du pouvoir d’achat tout court (qui ne cesse de baisser depuis des décennies.)
    Cette baisse, s’accélère et devient plus visible, en regard de l’inflation de tous les « assets » financiers, des hausses importantes et régulières des services indispensables :
    Frais de sante, assurances, impôts indirects de plus en plus nombreux, augmentations des biens de consommations devenus indispensables : Smartphones, ordinateurs, qui doivent sans cesse être plus puissants, plus nouveaux, des abonnements d’un an devenus obligatoires pour les nouveaux logiciels et l’élimination rapide des anciens achetés, durée de vie de plus en plus limite des appareils électroniques et électroménager,
    « Shrinkflation » si on ne peut pas monter les prix on réduit la quantité et la qualité.ect.
    Sans compter que pour le moment l’accélération de la « money velocity » n’a pas eu lieu puisque les banques investissent leurs surplus auprès de la FED qui les rémunèrent ! Et dans les marches financiers mais pas dans l’économie réelle.

    Bref le processus de perte de confiance semble avoir commencé mais l’habilité et la puissance des planificateurs centraux va surement leur permettre que le « pretend and extend » soit prolongé en attendant la mise en place de leur projet de « cashless society » et la digitalisation du système global afin de contrôler totalement les mouvements, les flux des capitaux qui ne doivent sortir ni des banques ni des marchés financiers.

    Le changement de régime monétaire est inéluctable, il sera de toute façon douloureux pour les populations car il devrait passer par la dévaluation brutale des monnaies pour favoriser les grands débiteurs : gouvernements, multinationales, grandes banques… en quelque sorte réaménager les dettes et éviter l’implosion du système par les faillites en cascades due a des hausses de taux rapides et continues et le gel total du crédit , des « trades » par perte de confiance généralisée dans la capacité de pouvoir honorer les paiements.

    Aimé par 1 personne

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