Editorial: les illusions de la solidité.

Je n’envisage pas d’analyser et de commenter la grande messe de Jackson Hole dans son ensemble cette année.

C’est déjà en soi une réaction riche de sens: elle suggère qu’elle ne mérite pas d »être commentée. Le JH de cette année est une esquive, une esquive qui par ses silences mais aussi par le leurre qui masque les silences, est révélatrice.

Le silence c’est celui sur la politique future et son calendrier;  l’esquive c’est le dégagement sur la stabilité financière.

C’est un non-évènement en ce sens que les illusionnistes ont choisi, (mais avaient-ils le choix?), de ne rien dire, de ne rien annoncer, de ne rien piloter. Ils l’ont fait parce qu’ils sont perdus, ils pataugent au milieu d ‘une phase de transition, phase de pataugeage très significative, manifestée par leurs divergences et leurs contradictions. Ils sont incohérents et désunis.

Après près de 10 années de politique monétaire non conventionnelle et alors que rien ne s’est passé comme prévu, les apprentis sorciers s’interrogent: ils voudraient bien tenter une normalisation partielle à la faveur de l’embellie économique tirée par la Chine, mais ils ont deux craintes majeures, l’une pour l’économie réelle, ils ont peur d’une rechute et l’autre pour la sphère financière, ils sont terrorisés à l’idée d’une déstabilisation.

En fait ils en sont au stade ou ils ne peuvent plus piloter. Ils ont touché leurs limites et celles de leur subterfuge. Le subterfuge était de dire : ce que nous ferons sera « data dependant », cela dépendra des statistiques.  Hélas rien n’est clair! Et surtout les Modèles, leurs Bibles,  ont cessé d’être adéquats, ils dysfonctionnent.  Nul ne peut conduire plus loin qu’il n’est lui même allé disait déjà Aristote.

Le leurre révèle la faille, la défaillance. Et ce leurre qui tente de masquer la défaillance c’est le discours de Yellen sur la stabilité financière. Yellen défend le dispositif de millions de pages  érigé après la GFC, la Grande Crise Financière. Ce dispositif, c’est comme la Lettre Volée d’Edgar Poe, il crève tellement les yeux  qu’on ne voit pas qu’il sert à masquer une insondable fragilité. IL comprend tellement de barrières, d’interdits, de remparts qu’il donne à voir, en lui même, combien le système est fragile et vulnérable. pourquoi tant de béquilles si il tient debout? Les mesures préventves révèlent la gravité du mal qui menace.

Yellen a cru bon esquiver et détourner la Grand messe en ne donnant pas la communion à ses fidèles, elle leur a servi un ersatz. Cet ersatz c’est une réflexion sur la solidité d’un système financier. Mon idée est que ce choix est encore plus révélateur de son désarroi: inconsciemment Yelllen révèle sa crainte majeure, qui est celle d’un krach. Ce qui veut dire que d’un côté elle aimerait bien normaliser, mais que de l’autre elle craint pour la stabilité financière, instruite qu’elle est par les deux accidents de 2015 et de 2016 sur la route de la normalisation.  Accidents qui ont failli coûter l’éclatement de la bulle chinoise et la disparition de la liquidité globale.

Le choix de traiter de la stabilité financière est une sorte de biais, une sorte d’oblique pour aborder sans l’aborder vraiment la question d’actualité qui est celle de la tentative de retirer le bol de punch. Il est également dicté, mais c’est plutôt de l’hypocrisie par le désir de contrer Trump et tous ceux qui aimeraient revenir en arrière sur l’accumulation de règles prudentielles qui a tenté d’étouffer la question de la sécurité financière dans un monde de dérivés et d’excès spéculatifs. C’est donc accessoirement un moyen de tirer sa révérence en disant: je ne serai pas responsable en cas d’accident. La preuve ?J’en ai parlé!

Donc notre Yellen nous dit : “A resilient financial system is critical to a dynamic global economy — the subject of this conference. A well-functioning financial system facilitates productive investment and new business formation and helps new and existing businesses weather the ups and downs of the business cycle.” Janet Yellen, “Financial Stability a Decade after the Onset of the Crisis,” August 25, 2017

En clir, elle nous dit que la résilience, la résistance, la capacité d’un système financier à résister aux chocs est absolument essentielle dans une économie globale dynamique. Passons sur le baratin de rigueur qui invoque l’investissement, la naissance de nouveaux business et le développement des anciens business, c’est une formule pour montrer que l’on a de nobles intentions au service du bien commun et s’attirer une certaine sympathie.

A priori Yellen enfonce une porte ouverte , qui voudrait d’un système financier non resilient? Non solide? Tout le monde souhaite un système financier qui joue bien son rôle, qui favorise la création de richesse, qui contribue à la stabilité tous azimuts comme la sociale, la politique et l’économique. mais est ce que l’on parle bien de la même chose? Bien sur que non!

Dans une économie qui fonctionne bien la stabilité est endogène, elle est interne, elle provient des mécanismes internes, des capacités  de rééquilibrage propres  de cette économie. Une économie qui fonctionne, qui tourne rond corrige ses propres erreurs, elle avance en marchant c’est à dire en corrigeant  sans cesse ses déséquilibres.

Autrement dit, une économie qui marche est une économie qui marche sans béquilles.

Elle n’a pas  besoin d’être  soutenue, elle n’a besoin ni de corsets ni de dopants. Cette économie est un système dans lequel la finance est harmonieusement intégrée, au service de l’économie, elle n’est pas une excroissance, un cancer, un casino branché sur l’économie. Une finance intégrée, harmonieuse, résiliente en un mot est une finance qui autorise les ajustements et les auto-corrections! C’est donc un système radicalement différent du système actuel qui fonctionne par dopage, béquilles, corsets et ne tient que par la vigilance d’une poignée de PHD qui se prennent pour Dieu le père.

Un système qui fonctionne c’est un système qui a la capacité à  corriger ses déviations et ses erreurs par lui même. C’est tout le contraire du système actuel. Et ce que nous affirmons de l’économie, de la finance s’applique également directement aux dérivés du système, c’est à dire à la monnaie et sa gestion. Un système qui marche, des systèmes efficients ne sont pas des système qu’il faut surveiller sans cesse comme le lait sur le feu, ce sont des systèmes qui ont leurs signaux, leurs alarmes et qui grâce à cela ont la capacité à corriger eux même leurs propres excès.

Un système comme le système actuel est incapable de donner des signaux sur le risque, sur les aberrations,  au contraire il les encourage comme on le voit avec l’idiotie que constitue la volatilité, le VIX,  et le prix du risque. L’incertitude est la dominante de la situation, et que fait la communauté spéculative mondiale? Elle vend à découvert le risque, elle fait baisser son prix, elle shorte le VIX !

Le système actuel repose sur les illusions de la résilience. Il repose sur la croyance, même pas sur la confiance.

La confiance c’est autre chose que la croyance, il y a une nuance normative positive dans la confiance qui fait défaut dans la croyance. Ainsi je n’ai aucune confiance dans les apprentis sorciers, mais je crois dur comme fer qu’ils iront jusqu’au bout de leur folie.

les banquiers centraux iront jusqu’au bout de leur folie et au contraire feront toujours le « double down » car ils n’ont pas de concurrence, car les gouvernements ne comprennent pas la chose monétaire et parce que tout le monde aime l’inflationnisme, c’est à dire la création de monnaie pour masquer les problèmes. Depuis la crise les autorités monétaires ont totalement échappé à la critique; personne n’a osé remettre en cause leur rôle determinant, permissif, incitatif,  dans les excès du crédit par les taux d’interêt trop bas. Les élites monétaires ont sauté sur l’opportunité de cacher leur responsabilité derriere l’appât du gain dans les banques et dans  le shadow banking.

La résilience dont parle Yellen suppose la présence des PHD, elle suppose leur vigilance, leur compétence infinie, leur toute puissance, voila le fond, la substantifique moelle de ses interventions.

Elle suppose que les outils intellectuels qu’ils utilisent sont adaptés, justes, efficaces.

Elle suppose que les comportements humains restent  stables et prévisibles.

Elle suppose que l’arme monétaire qui est en fait leur seule véritable arme, elle suppose que cette arme ne soit jamais émoussée, ce qui signifie que l’on peut toujours créer autant de monnaie que l’on veut, que cette monnaie va ou l’on veut et que les agents économiques continuent d’accepter cette monnaie pourtant de plus en plus monnaie de singe.

Bref ce que nous voulons souligner c’est à quel point Yellen se trompe: elle vit comme tous ses collègues dans la confusion et le pathos intellectuel, elle confond un système resilient avec un système sain. Elle confond un système en bonne santé avec un système qui serait résistant parce que sous surveillance et médication perpétuelle. Les PHD, les dirigistes, les constructivistes peuvent donner l’impression d’une solidité, mais ceci n’a rien à voir avec la vraie bonne santé qui donne la capacité interne à faire face aux agressions et aux déséquilibres.

Il y a près de 10 ans Greenspan et Bernanke croyaient eux aussi que le système était resilient, solide! On a vu ce qu’il en était.

Greenspan s’est aperçu qu’il n’était pas resilient et il a incriminé les animal spirits, ce qui revient à dire que la théorie des anticipations rationnelle qui guide l’action des PHD est une imbécillité.

Bernanke  lui est plus malhonnête, il pense et dit que si le système a failli et continue de dysfonctionner, c’est de notre faute, c’est par ce que nous sommes des idiots, des mauvais agents économiques, des fainéants, des drogués aux opoïdes.  (voir son discours cet été en Espagne).

La vérité est que les systèmes sont déjà enclins aux excès de par leur logique propre mais que les interventions humaines, celles des apprentis sorciers en  empêchant le jeu des mécanismes auto-correcteurs aggravent en profondeur les facteurs d’instabilité, bref nos zozos aggravent et prolongent  les déséquilibres contre lesquels ils prétendent lutter. Le comble est que nos apprentis sorciers ne cessent de jouer avec leur joujou, la planche à billets électronique et qu’ainsi ils solvabilisent, monétisent  tous les déséquilibres.

C’est ce qu’ils ont fait lors de l’éclatement de  la bulle des Telcos en 2000 , ils ont utilisé l’immobilier et les GSE pour reflater, pour « nettoyer » mais ce faisant ils ont non seulement perpétué les déséquilibres , mais  enraciné les comportements spéculatifs,et creusé le trou dans lequel nous allions tomber en 2007.

Non seulement ces gens sont nuls mais ils sont de mauvaise foi et ne regardent jamais en arrière.

Qui se souvient de ce que disait Bernanke en Mai 2007?

Dans un discours de Mai 2007 intitulé « The subprime mortgage market », Bernanke a exposé publiquement son absence de compréhension du marché hypothécaire subprime et son incompétence totale en matière de marché. Il a osé déclarer; « en général la qualité du crédit hypothécaire a été très solide ces dernières années » ; “In general, mortgage credit quality has been very solid in recent years.”. Notre Bernanke n’a pas encore compris que dans un ensemble, dans une chaîne, les mots « en général », tout comme les mots « en moyenne » sont à bannir! On ne meurt pas dans l’ensemble, on meurt individuellement et la résistance d’un ensemble cela n’existe pas: ce qui existe c’est la solidité de l’élément le plus faible. La solidité d’une chaîne est  déterminée  par celle du maillon le plus faible.Et le système financier est une chaîne .. du bonheur.

En 2007, le point faible du système étaient les GSE, Fannie Mae et Freddie Mac qui solvabilisaient et reflataient en continu l’hypothécaire, elles étaient insuffisamment capitalisées pour le rôle massif qu’on leur faisait jouer, leurs comptes étaient faux, leur solidité était  un mythe. Elles ont craqué, elles sont tombées et il a fallu les nationaliser. A l’époque, les marchés étaient persuadés qu’il ne pouvait rien arriver ni à l’immobilier ni aux GSE et l’argument était: ils ne peuvent pas tomber, ils sont trop gros.

Nous sommes dans la même situation, mais multiplié par 10 ou 100, il suffit de remplacer les GSE qui ont servi à reflater lors de l’éclatement de la bulle de l’hypothécaire et du logement par les institutions qui reflatent en continu actuellement: les banques centrales! Ce que l’on dit , c’est qu’elles sont trop grosses pour tomber, on ne les laissera jamais tomber! Qui on? La fragilité s’est déplacée, elle a été transférée sur le Centre, sur le couple Banques Centrales/ Gouvernement et vous savez ce que nous disons et redisons: ce couple maudit est un agent économique et financier  comme les autres. Comme les autres quand vous le regardez de haut. Ou du haut de l’Histoire.

Le couple maudit  n’échappera pas à  la Loi de la Valeur. La Loi de la Valeur,  c’est La Loi de la Réconciliation du réel avec les signes qui sont censés l’exprimer.

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5 réflexions sur “Editorial: les illusions de la solidité.

  1. ou sont les limites du systeme ? combien de temps peut on encore repandre du credit en exces dans le systeme ? tout ce systeme semble avoir explosé litteralement en 2009 et jamais la croissance n est revenue .en revanche une veritable spoliation de nos epargnes par l impression excessive de monnaie,par l imposition des taux negatifs et le racket des etats s est mis en marche …
    quand ce systeme va t il craquer ? que restera t il de nos economies (personnelles et celles des etats) ?
    y a t il déjà des accords pour un panier de monnaies de reserve internationale dans les cartons du FMI ? cette nouvelle monnaie probablement numerique va t elle entrer en scene ? quand ?

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  2. Impressionné par la performance or/argent de ce jour et surtout qu’il n’y ait pas eu de tabassage en règle pour tenir le cours sous le seuil des 1300$. Les temps changeraient-ils?

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  3. La ligne de crédit des banques centrales basée sur les taux bas, la confiance dans leur pouvoir de préserver la valeur des monnaies papier et des »Assets », est en train de disparaitre

    Ce processus est enclenché et toutes les excès »bulles » se dégonfleront et provoqueront la panique généralisée, et donc, le gel des flux, des liquidités et les faillites en cascades.
    Et in fine, forcera la reforme de ce défaillant et intenable système monétaire

    Espérons que ce changement bénéficiera plus aux peuples et moins uniquement aux élites.

    Possible si il y a prise de conscience et surtout rejet des actuels gouvernants, banquiers, et leurs acolytes CEO des multinationales qui n’ont jamais utilisé leur propre fonds pour investir dans leurs entreprises mais ont été largement récompensés pour avoir abusé de la financiarisation a outrance qui a évité la disparition des mauvaises compagnies et a récompensé les CEO et les shareholders au détriment de tous les autres : salariés, épargnants, petites entreprises ect..

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