Billet. La Révolution personnelle de Macron qui se prend pour Napoléon, appel à l’épique!

En chute dans les sondages après trois mois à l’Élysée,  Macron reconnaît, dans la première grande interview de sa présidence, « l’impatience du peuple » mais assume les efforts demandés et veut être jugé sur la durée, promettant une transformation profonde du pays. Mitterrand disait qu’il fallait laisser le temps au temps, Hollande disait qu’il faut du temps pour voir les résultats de la politique engagée etc etc. Et avant Mitterrand c’était déjà la même rengaine avec Barre qui stigmatisait le corporatisme !

Décidément, l’imagination n’est pas au rendez vous , les arguments et les exhortations de Macron sont ceux de tous les gouvernements depuis …le début des années 80! Cela fait donc au moins 37 ans que l’on demande aux Français d’être patients. Déjà au début des années 80 les notions de crise, de déclin, de régression étaient monnaie courante et faisaient l’objet de doctes ouvrages. A chaque fois le pouvoir en place trouve de nouvelles excuses à ses échecs.

Quels seront les nouveaux boucs émissaires de Macron? Selon toute vraisemblance ce seront les Français eux même, puisque « qu’ils n’aiment pas les réformes ». Les Français aiment le changement mais dans l’abstrait.  Ils votent sans se lasser pour que cela change, mais ils ne veulent pas que concrètement les choses  changent. Les Français veulent le « free lunch » tous azimuts et perpétuel; c’est à dire qu’ils veulent les « plus » tout en refusant  les »moins ».

L’enfant se caractérise par son incapacité à reconnaître qu’il faut choisir et que « choisir » c’est faire son deuil d’un possible. Hélas le monde moderne, le discours publicitaire, tout cela donne des droits, des désirs, des exigences mais cela  recule sans cesse le moment de la frustration. Le monde moderne c’est le « je veux tout et tout de suite »!

Mais n’est ce pas Macron lui même qui a surfé sur cette vague de la modernité, qui s’est inscrit dans cette modernité? Au niveau des signes, il n’y a  jamais de contradiction, c’est comme dans  les rêves, mais notre Macron, qui est certainement un ex-enfant roi, est en train de se réveiller! Qui a  joué le rêve  et les illusions des électeurs  face à un Fillon qui n’a rien compris sous cet aspect? Macron et sa bande de novices en politique; Macron et ses médias fascinés par le clinquant de l’image et de la parole, fascinés par … le vide. Il n’y a que le Très Grand Patronat , ceux qui se sont servi de Macron pour tenter d ‘imposer un changement qui leur convenait à la faveur d’une confusion , il n’y a que le Très Grand Patronat qui était au courant de ce qui allait se passer; eux ce sont les adultes, les hommes, les pères à l’ancienne ,  pas les enfants-rois.

Nos gouvernants , ce  sont des enfants, des enfants-rois, des enfants princes, des séducteurs comme Hollande, des gens qui ne cherchent qu’une chose: plaire. c’est la règle du jeu politique. Et c’est ce qui explique que certains profils »durs », comme Debré, Jobert, Barre, Pasqua, Chevènement etc ne passent jamais. Et les Français ont été   élevés comme cela, et c’est maintenant la même chose aux Etats Unis ou on assiste à la montée des « snowflakes », ces flocons tous pareils dans leur unicité, enfants rois irresponsables, incapables de supporter le stress, la souffrance et la moindre frustration. Ils veulent tout sans coût et sans  douleur, voila la réalité et cette réalité ; ils la veulent parce que c’est ce que les gouvernants leur ont appris; on peut tout avoir sans en subir le coût .. tout avoir à crédit ou par le tiers payant . D’ou la dette française qui fait de nous les larbins des marchés financiers et dont les Allemands se servent pour nous mettre au pas.

L’infantilisme des Français est une donnée incontestable. Les veaux de de Gaulle sont des enfants remarquez le  . Mais c’est une donnée, une donnée incontestable que tous les candidats à la fonction suprême connaissent et précisement celui qui se prétend le meilleur doit , c’est un minimum, savoir comment traiter ce problème, puisque c’est le problême majeur, celui qui conditionne tout. L’art , la compétence, c’est de ce côté qu’ils se situent: dans la capacité à faire admettre aux  Français la nécessité de la cohérence, la fin de la dissonance. Et Macron comme les autres sous cet aspect est sur la mauvaise voie. Ou plutot était, car il faut reconnaître qu’il essaie de changer.

Sur plus de 20 pages, il détaille dans l’hebdomadaire Le Point à paraître jeudi ses vastes ambitions pour refaire de la France une « grande puissance » internationale tout en réalisant des réformes de grande ampleur sur tous les fronts – éducation, code du travail, aides sociales, fiscalité, logement, sécurité.

Une ambition assumée, qu’il voudrait insuffler au pays pour qu’il « redevienne un pays fier » et « sorte de l’esprit de défaite ». A la rengaine! Le voila qui se replace dans l’esprit guerrier, il va bientôt nous jouer son Marc Bloch! Il va le faire sans se rendre compte que c’est antinomique avec son discours et son positionnement de campagne: souvenez vous à cette époque il ne vous demandait pas d’être des héros, de vous sacrifier, de lutter, non il faisait appel précisément à votre esprit de défaite, il n’avait de cesse de vous répéter, je vais vous protéger! N’est ce pas précisément le registre de .. Pétain? Ah les braves gens.

Macron a été élu sur votre lâcheté, qu’il a utilisée pour vous faire croire que lui, allait vous protéger et aujourd’hui il en appelle à vos qualités guerrières. Il a été élu sur la base des principes de gauche, de l’esprit de gauche, dans une ambiance de gauche, sur les délices de la défaite et du renoncement et maintenant il essaie de vous jouer les Churchill, de faire appel aux valeurs de droite, que dis-je aux valeurs extrêmes de la droite conservatrice, celle qui aime les grands hommes, qui jouit de l’effort, du risque et presque de la douleur . Il a été élu en cirant  la pente et aujourd’hui, il vous demande de la remonter!

« Je crois en la reconstruction d’un héroïsme politique, d’une vraie ambition, pour atteindre y compris ce qui est décrit comme impossible », dit-il, citant son propre succès comme une revanche sur « ce qui est décrété impossible ».

Pas question de juger son action sur cent jours, qui « ne sont pas une étape pertinente », dit-il, car « on ne fait pas les choses en cent jours ». Qui relève cet appel aux subtilités du langage qui permet d’évoquer sans dire? Personne mais les Cent Jours, cela vous plonge dans un univers héroique, celui de Napoléon, celui de la nostalgie de la grandeur.

Macron sait qu’il devra « vivre pendant des mois avec l’impatience du peuple » Il n’oublie pas les circonstances dans lesquelles il a été élu, « la brûlure de l’attente, de la colère, du populisme, je l’ai encore là », confie-t-il en désignant sa nuque. La logorrhée se fait épique!

Dans cet entretien-fleuve, il défend toutes les décisions prises depuis son investiture. A commencer par la réforme en cours du code du travail présentée jeudi, qui vise à faire baisser le chômage de masse, mais aussi la diminution controversée des aides au logement, où il veut même aller plus loin, dans le cadre d’une réforme plus vaste.

Il répond aussi sur le gel des crédits pour l’armée et la démission du général Pierre de Villiers, ce qui pour lui illustre la primeur normale du politique sur l’armée, et dit assumer totalement la phrase « je suis votre chef », qu’il avait lancée aux responsable militaires à la veille du 14 juillet.

Le chef des armées réaffirme sa volonté d’augmenter le budget de l’armée, qu’il qualifie de « deuxième armée du monde libre ».

Juste avant la présentation par le gouvernement des déjà décriées ordonnances réformant le code du travail, Macron vante une « réforme de transformation profonde ».

Après les envolées épiques et l’appel à la nostalgie de la grandeur, le triste catalogue qui n’est même pas à la Prevert, catalogue bourgeois d’apothicaire: l’ardoise ou l’ordonnance

Il défend également la diminution des emplois aidés, des « subventions déguisées », et reconnaît que la hausse de la CSG demandera un « effort » aux retraités « les plus aisés », en faveur des jeunes et des actifs, afin de « récompenser le travail ».

Le chef de l’État promet aussi une « révolution de l’éducation » avec notamment la fin du tirage au sort pour entrer à l’Université, et une transformation de l’orientation « dès le début du lycée » pour « rendre l’accès au supérieur plus transparent, clair et pratique ».

A l’international, il veut refonder « une Europe qui protège », au plan commercial comme au plan de la défense, qui puisse se comparer aux puissances américaine et chinoise et devenir « leader du monde libre ».

Il veut aussi convaincre les pays de la zone euro de se doter d’un budget commun représentant « plusieurs points du PIB », pour pouvoir emprunter et investir à grande échelle sur le continent. Et n’hésite pas à dénoncer les pays qui selon lui, comme la Pologne, « sape les principes de bases » de l’Union.

La France ne doit pas être « une grande puissance moyenne, mais une grande puissance tout court », lance Macron.

« Les forces du monde ancien sont toujours là, toujours engagées dans la bataille pour faire échouer la France », a-t-il accusé.

Aussi, celui qui dit continuer à lire « tous les jours » car « quand on oublie de lire, on se trompe », veut-il « des rêves, des récits collectifs », un « imaginaire de conquête », afin que la France « redevienne un pays fier » et « sorte de l’esprit de défaite ».

Notre épilogue:

Avec ce changement radical de positionnement  ce que Macron démontre, donne à voir, à ressentir ce n’est absolument pas son intelligence, non c’est sa versatilité: il est un caméléon, il peut endonsser selon les moments et les besoins n’importe quel paletot y compris celui de Napoleon.

Ce ne sera jamais un populiste, il n’a aucune conviction et ne peut donc en transmettre aucune.

En Prime: réactions

Les propos d’Emmanuel Macron dans Le Point sur les « forces du monde ancien » opposées au succès de la France ont suscité une vague de critiques jeudi dans l’opposition, à quelques heures de la présentation des ordonnances sur le code de travail, textes qualifiés de « révolution copernicienne » par le chef de l’Etat.

« Je rappelle à Emmanuel Macron qu’il n’est pas le premier président de la Ve République, il y en a eu d’autres et pas nécessairement des plus nuls », a déclaré le député Les Républicains (LR) Eric Woerth sur France Inter.

« On est dans le monde d’aujourd’hui, tout le monde, il n’y a pas qu’Emmanuel Macron et une partie de son gouvernement », a ajouté l’ancien ministre, qui a fustigé « un représentant du monde nouveau qui serait Emmanuel Macron, qui découvre au fond que l’Histoire de France commence avec lui-même. »

« Il y a un truc qui ne va pas », a-t-il ajouté.

Pour sa première grande interview depuis son accession à l’Elysée en mai, le chef de l’Etat s’est livré à un exercice de pédagogie sur les réformes qu’il entend mener, défendant longuement sa politique de « transformation profonde » après « trois décennies d’inefficacité ».

« Je crois en la reconstruction d’un héroïsme politique, d’une vraie ambition, pour atteindre y compris ce qui est décrit comme impossible », souligne le chef de l’Etat, élu à 39 ans aux dépens des partis politiques traditionnels. « Je constate au passage, que les forces du monde ancien sont toujours là, bien présentes et toujours engagées dans la bataille pour faire échouer la France. »

Pour Eric Coquerel député de Seine-Saint-Denis de La France insoumise (FI), la politique proposée par l’exécutif est loin d’être « révolutionnaire ».

« Il parle d’héroïsme politique, je dirais qu’il utilise un espèce d’héroïsme marketing », a-t-il dit sur France Inter. « Il convoque un côté épique de récit national, l’impression que tout va changer, que quelque part il va révolutionner tout ce qui vient d’être fait dans le pays depuis des années alors même que sa politique, celle qu’il décrit, c’est toujours la même ».

« Politique de l’offre, dérégulation, flexibilité, il assume de nouveau une réforme du travail, qui est la casse du code du travail, très clairement, et l’annonce de la baisse continue des APL : tout ça ne va pas dans le bon sens et tout ça est très inquiétant », a-t-il ajouté.

« SORTE DE DÉLUGE »

Un avis partagé par le vice-président du Front national, Florian Philippot qui a noté « quelques points inquiétants ».

« J’ai vu (…) sur le plan social un Emmanuel Macron qui avec une espèce d’arrogance demande aux un peu moins pauvres de financer les plus pauvres pendant que les plus riches, avec la baisse notamment de l’ISF, eux s’en sortiront extrêmement bien », a-t-il dit sur Franceinfo.

« Son projet européen est lui franchement inquiétant, quand il nous dit qu’il veut sur la zone euro un budget un gouvernement un parlement il faut quand même que les Français comprennent que ça veut dire une fédéralisation totale, achevée, aboutie de l’Europe ».

 

Publicités

3 réflexions sur “Billet. La Révolution personnelle de Macron qui se prend pour Napoléon, appel à l’épique!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s