Un échange sur la question centrale de la modernité financière, la dérégulation pour les nuls;

En réponse à Claude.

Vous écrivez:

« Personne ne doit sortir du marché, de la sphère financière c’est à dire du système ».

Vous avez mis le doigt sur le point faible, le talon d’Achille de la modernité financière: personne ne doit sortir du monde ainsi créé.

j’ai participé il y a fort longtemps au début des années 80 aux travaux et réflexions sur ce que l’on appelle la dérégulation, c’est à dire l’établissement des règles qui autorisent la financiarisation.

Je me suis tout de suite élevé contre cette orientation et je n’ai jamais cessé de la critiquer.

Lors des travaux , l’une des conseillères de Mitterrand a exactement dit ce que vous venez d’écrire: « pour que cela marche, il faudra que plus jamais on ne puisse sortir de ce système ».
Je relis souvent sa note de travail.

Eh oui c’est le point central. De fait tout a été transformé en « papier » , c’est à dire financiarisé et ce fut volontaire. Il fallait évacuer le Réel, rester dans le « soft », barrer la route au « hard ».

La dérégulation a fondamentalement été faite pour les raisons suivantes qui toutes équivalent à repousser des limites:
-pallier à la tendance au ralentissement de la croissance en Occident
-pallier à l’insuffisance de la profitabilité
_pallier à l’insuffisante rentabilité des banques pour prendre des risques et soutenir la croissance
-pallier au manque d’épargne investie dans le risque malgré l’effet d’éviction de l’état
-augmenter artificiellement le volume des investissements

Au fond et je l’ai formulé à cette époque de cette façon, il s’agissait de forcer la rationalité économique traditionnelle en branchant sur l’économie et la finance un voile de mensonge, un tissus de signes, des ombres ai-je ajouté, et en organisant à l’intérieur de ce nouvel ensemble une loterie perpétuelle pour bénéficier de la découverte d’Adam Smith; « tout joueur a tendance à s’exagérer ses chances de gagner au jeu! »

J’ai ajouté dans votre système, jamais les joueurs ne doivent exiger la contrepartie de leurs gains, tout ce qu’ils gagnent c’est le droit … de rejouer à l’infini.

Pourquoi? Parce que la contrepartie des gains n’existe pas! Il n’y a pas de production de richesses suffisante ou de cash flow pour honorer les promesses de gains.

Le système ne tient et ne fait le pari de tenir que sur la base d’une hypothèse que jamais les gens n’exigeront la contrepartie « hard », sonnante et trébuchante des signes, des papiers, des « bons de droit à participer ». Il faut à la fois parier sur la préférence maintenue pour le papier et en même temps lutter contre la tentation perpétuellement présente dans le système de préférer la liquidité, c’est à dire de ne plus jouer et de se mettre au parking.

Mais cet argent disait Kant l’avez vous? Réponse du système non; mais pas besoin.

Les banquiers centraux sont les boni-menteurs de ces patrons de fête foraine qui baratinent et incitent les gens à participer aux loteries et surtout à jouer et rejouer. Les Bourses c’est ‘équivalent de leurs harangues: « et encore un gagnant par ici, approchez, approchez mesdames et messieurs.

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