Un échange sur le conservatisme VS modernisme ou post-modernisme

Christian Coste

Après avoir lu votre billet, j’ai eu envie de substituer, juste pour voir ce que ça donne, les termes conservateurs et société aux termes investisseurs et marché (plus quelques autres petits ajustements en cours de lecture). La nouvelle formulation fut, à la lecture, divertissante, à défaut de pouvoir être tenue pour parfaitement substituable… mais ça pose de « vrais » questions, comme on dit à notre époque frelatée et contre-façonnée.

Ainsi, je me suis demandé s’il fallait aller jusqu’au bout de la signification de la phrase suivante extraite de votre billet : « … il faut élargir, déplacer les analyses, les théories. En particulier, vous savez que je propose que l’on reconnaisse et accepte celle (la théorie) de la mutation de la Valeur. »

Que l’on reconnaisse cette mutation, il n’y a pas de discussion, le réel s’impose, à un moment donné, sachant que « tout système évolue ; un système, cela vit. ».

En revanche, accepter cette mutation, cela me chagrine. Je comprends qu’il vaut mieux, pour un professionnel, bien comprendre le territoire dans lequel il travaille et s’y adapter, sous peine de disparition, ou la preuve par le vide. Mais au-delà de ce strict domaine professionnel, doit-on accepter une théorie fausse, même si, à un moment donné de l’histoire du monde, elle est adoptée par une majorité d’hommes ?

Dit autrement, et même un peu excessivement, les conservateurs doivent-il considérer que le monde a changé, change en permanence – ce qui est certain – et que se retourner sera toujours vain ; c’est-à-dire doivent-ils accepter de se faire hara kiri ?

Dit encore autrement, même si toute évolution n’est pas un progrès en lui-même pour l’homme, faut-il accepter ce qui est, ce qui vient, tout simplement parce que c’est ou que ça va venir ? L’action humaine (le propre du politique selon Hannah Arendt) existe parce que l’homme n’accepte pas, à un moment donné, ce qui est, parce qu’il pressent que ce qui est n’est pas objectif, inexorable, programmé d’avance.

En réponse à Christian Coste.
C’est la difficulté de ma vie! Peut-on être conservateur?
Et ceci se perçoit dans mes écrits car pour vivre il faut se placer dans le cadre de la gestion c’est à dire accepter d’évoluer dans l’erreur et la fausseté, il faut composer et s’adapter.

Mais pour donner un sens à sa vie, il faut adopter une attitude critique, démystifier, lutter pour mettre à nu les ruses de ce système aliénant et dégradant.

J’ecris dans les deux optiques, l’optique de gestion adaptative et l’optique de révolte, rebellion, refus.

Avec l’idée que la vérité est décapante et qu’elle fait toujours un certain chemin. Comme je dis souvent après Leo Ferré, une balle n’est jamais perdue pour tout le monde. Les mots et les balles ça tue pareil.

Mais je peux le faire parce que j’ai un certain age et que j’ai accompli certaines choses. Tout le monde n’a pas cette possibilité et en particulier je me pose la question de l’éducation: comment maintenir un équilibre entre une éducation adaptative, pour vivre dans la société actuelle, pour y gagner sa vie et en même temps conserver le sens du vrai, de l’authentique, ne jamais oublier le sens des choses et ne jamais sombrer dans la dictature de signes manipulés?

Bref comment vivre en société sans accepter la névrose sociale?

La question que vous posez sur l’attitude que doit choisir un conservateur est centrale.

D’abord il doit se la poser , car comme le démontre Raymond Aron si votre objectif est la liberté vous devez agir dans ce monde et prendre parti.

Ensuite nous avons une dette, vis à vis de ceux qui nous ont précédé et nous ont légué… ce que nous sommes. Nous avons le devoir moral de faire de même.

Enfin l’action politique et culturelle est une dialectique, un combat, un affrontement, en passant c’est pour cela que je soutiens le syndicalisme, et c’est de ce combat que jaillit le dépassement.

Le dépassement n’est pas un optimum, car d’optimum, il n’y a jamais d’optimum sinon l’histoire s’arreterait, mais il y a maintien de la vie, de l’anima. Le sens de la vie comme le pensent Jacob et Monod c’est de persévérer.

Les modernes et post- modernes ,ne croient pas au sens, ils ne croient qu’à la combinaison infinie et sans limite des signes. Ils vivent dans la bouteille comme les mouches; je soutiens qu’il est possible par le travail, l’effort, voire l’ascèse et la sublimation de sortir de la bouteille et je soutiens que lorsque l’on y parvient, de temps à autre, alors on a un sentiment de bonheur infini, de tache et de devoir accomplis.

Le Projet individuel rejoint le Projet social. Je dis bien Projet, pas Progrès!

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