Réponse au lecteur Jean François:
je ne connais pas d’économiste qui prétende que les QE sont déflationniste. Je dois être l’un des seuls! En tous cas un des seuls à le formuler de cette façon.
Mon argument est le suivant:
-La crise est une crise de l’insuffisance de profitabilité pour le capital
-le système politique mondial traduit un rapport de forces sociales favorable au capital, au crony capitalisme
-la crise de 2008/2009 a vu la défaite historique de la classe des salariés
-la reproduction du système se fait sur le dos des salariés et au profit du capital
-la politique monétaire canalise la monnaie sur le système financier, bancaire, les marchés, on refuse de faire « l’helicopter money », on veut réduire les déficits budgétaires.
-l’effet de « trickle down », c’est à dire le déversement des miettes sur les citoyens ne se fait pas ou très peu , l’argent reste dans la sphère financière et inflate la valeur du capital
-les QE gonflent donc fictivement la valeur du capital
-le capital ainsi inflaté exige sa profitabilité
-la contrainte de profit dans le système se renforce donc puisqu’il y a plus de capital à honorer
-si la contrainte de profit se renforce, alors il y a une tendance à la déflation
Ce que les QE croient réaliser par la baisse du coût apparent de l’argent, est contrarié par la revalorisation du capital lequel exige le taux de profit auquel il prétend avoir droit et suscite:
les buy backs, les M&A, les dividendes exceptionnels, les opérations de dépeçage du Private Equity, la grève des investissements productifs risqués, la course à la productivité, les délocalisations, la course au high tech et à la modernisation etc.
Les QE en inflatant la masse de capital font exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire: réduire la masse de capital qui est en compétition pour le profit.
L’un des remèdes à la crise est la destruction du capital fictif, non rentable , insuffisamment efficace et Macron en est d’accord. L’autre remède est celui du type type Melenchon à savoir qu’il faut désserrer la contrainte de profit dans le système et faire en sorte que les capitalistes se contentent de taux profits beaucoup plus bas que ce qu’ils exigent maintenant. Mais Mélenchon est irréaliste car dans un monde ouvert de libre circulation des capitaux et dominé par les anglo-saxons, celui qui ne réalise pas le taux le profit moyen est balayé à long terme.
Il y a également un autre aspect déflationniste dans les QE et autres taux zéro: ceux qui épargnent ne reçoivent plus de revenus pour leur sacrifice et donc ils réduisent leur consommation à due hauteur; ce qui concerne surtout les personnes agées ou mures. La chute de rendement des épargnes obligent ceux qui ne veulent pas déchoir ou devenir assistés à réduire leur train de vie actuel pour préserver leur autonomie plus tard.
« L’un des remèdes à la crise est la destruction du capital fictif, non rentable »
Dans d’autres billets vous parlez aussi de jubilé des dettes.
Si je comprends bien, dette et monnaie sont les deux faces d’une même médaille.
Il faudra, et il y aura un jour, destruction du signe monétaire, et destruction de valeurs.
Les peuples occidentaux vont payer d’une manière ou d’une autre, et la destruction par la guerre n’est plus hélas une vue de l’esprit.
En tous cas merci pour votre travail de réinformation sur des sujets où la confusion et le flou sont habilement entretenus.
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Dans le monde moderne la monnaie est une monnaie de crédit, c’est à dire que sa contrepartie n’est pas un véritable actif, c’est une dette, une promesse. Un jubilé ou jubilee c’est une destruction volontaire, pilotée des dettes.
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Bonjour,
Merci pour cette réponse argumentée: ainsi à présent je comprends la logique qui fait que la création monétaire produit des effets déflationnistes pour la population (mis à part les 0.1%).
Grand merci pour votre réponse!
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