Edito. Le dilemme monétaire, il cache l’impasse historique

Avertissement: ce serait contredire tout notre travail que de considérer que la situation présente dans laquelle se trouve le monde global peut être épinglée comme un dilemme monétaire.

Toute notre analyse critique vise à montrer que la technique, monétaire ou tout autre masque, recouvre des enjeux qui sont politiques, sociaux et historiques. Les choses humaines ressortent de l’économie politique comme on le disait avant. L’économisme est une idéologie.

 

Ce qui est en jeu, depuis 2007, c’est l’ordre social.

Les élites,  les ploutocrates et kleptocrates se battent pour perpétuer l’ordre ancien qui est enraciné dans le Capital, tandis que les forces de vie, les forces populaires , les classes moyennes essaient tant bien que mal de résister en refusant de porter le fardeau des ajustements aux nouvelles Valeurs.

Le vrai dilemme historique se formule de la façon suivante: 

Le système a buté, il a touché ses limites. Est-ce que pour continuer, reproduire, on euthanasie les couches dominantes, ou bien est-ce que l’on refait un tour de manège en pressurant les classes laborieuses , moyennes . Une politique monétaire est toujours une poltique de transferts qui ne dit pas son nom, les uns s’enrichissent, les autres s’appauvrissent.

L’ordre social est incrusté dans ce que l’on peut appeler au sens très large, un Capital , des privilèges et bien sur dans la répartition des patrimoines et des revenus; si on veut sauver l’ordre ancien il faut, pensent les élites bornées, accentuer l’exploitation des classes moyennes, les empêcher de devenir supérieures comme on le leur a promis; il faut revenir en arrière sur les acquis sociaux des Trente Glorieuses; il faut baisser les salaires réels et les mettre au niveau du marché mondial, il faut flexibiliser, c’est à dire assouplir les échines. Bref il faut mater le travail vivant pour sauver le travail mort, cristallisé.

Les élites refusent d’examiner la seule solution raisonnable qui est la répartition des  coûts nécessaires à la poursuite d’un système encore fondé sur la liberté et la dignité, répartitions coûts qui passe par une destruction dirigée, pilotée du capital excédentaire, improductif, fictif de poids mort et en échange obtenir des classes laborieuses qu’elles collaborent sur un projet d’adaptation au monde dit moderne, aux nouvelles techniques, aux nouvelles technologies, aux nouveaux processus de production, et à une dose raisonnable de mondialisation/ ouverture.

Mais avant de faire la Révolution, il faut bien vivre au jour le jour et accepter de temps à autre de raisonner dans le cadre qui existe pour la gestion dominante. Ce que nous faisons en acceptant la notion de dilemme monétaire.

Ceci étant posé ce qui apparaît, pour ceux qui ont les yeux grand ouverts et non pas grand fermés, c’est un débat entre ceux qui pensent que l’on doit réduire la stimulation monétaire mondiale et ceux qui croient que c’est dangereux.
Personne n’a raison, c’est un  » guess », un pari car rien ni dans l’expérience historique ni dans les théories ne permet de  trancher ce dilemme.
La question de la réduction se pose :
-une reprise cyclique courte du type Kitchin est en cours, elle est synchronisée, elle touche 80% du monde global
-le marché du travail américain est en apparence proche du plein emploi selon les critères officiels
-les actifs financiers mondiaux sont en bulle créant un risque systémique plus grand que celui qui a conduit à la GFC, la crise de 2007/2008
-l’inflation n’est pas au rendez-vous des 2% mais comme l’a démontré l’ami Milton, la politique monétaire a des effets retards de 12 à 18 mois. Donc si la vitesse de circulation de la monnaie disponible dans le monde venait à accélérer, il serait trop tard pour normaliser, les dégâts seraient dejà dans le pipe line. Peut être le sont ils déjà!
-si on attend que les salaires et revenus du travail montent, on ouvre la boite de Pandore car l’inertie des choses économiques, sociales et monétaires est telle que l’on risque d’enclencher l’échelle de perroquet des prix et des revenus ce qui fera monter les taux d’intérêt , sauf repression financière et fera sauter le marché obligataire , les changes et les institutions de prévoyance.
-la doctrine de la Fed depuis les années 60 et la montée du « libéralisme »est que l’on doit agir de manière préemptive et tout le reste en découle; changer de doctrine est une révolution aux causes imprévisibles.

-si on laisse se développer le cycle actuel, il y a de fortes chances pour qu’il fasse boule de neige ou que la  bicyclette dévale la pente, puisqu’il y a des quantités considérables de monnaie parquée et inutilisée. Si le cycle se développe, alors peu à peu l’armée de réserve du travail va se réduire, elle est déjà faible aux USA et en Allemagne, donc les rapports de force entre le travail et les entreprises/l’état va se modifier en faveur du travail. Il va regagner son « bargaining power » et ainsi les tensions sur le partage du revenu national vont réapparaître. Elles vont se traduire par une rechute de la part des entreprises  dans le Produit National, une baisse des marges de profit et une rechute de la profitabilité du capital.  Terrible perspective puisque le système souffre d’une tendance longue à l’insuffisance de profit qui empêche d’ honorer toutes les promesses contenues dans les dettes, le crédit, les actions, les systèmes de protection etc. Le reflet des tensions, c’est la hausse des taux longs non  maîtrisée, la dévalorisation boursière, la désolvabilisation des banques … bref la rechute dans la situation de 2007.

Les arguments en faveur d’un resserrement des politiques monétaires sont, on le voit très forts, ils sont pour certaines élites déterminants.

Les arguments en sens  inverse , encore récemment développés par Lawrence Summers, Blanchard et le FMI  sont assez simplets car ils restent à la surface des choses. En un mot ces keynésiens purs soutiennent qu’il faut être patients, ne pas se précipiter en renouvelant les erreurs de 1937. En 1937 on a resserré trop tôt et ce fut la rechute. Ces keynésiens font remarquer que l’inflation au lieu de remonter, a rechuté, et que la thèse de Yellen selon laquelle c’était  temporaire était invalidée. Dans les circonstances présentes disent nos zozos, il faut attendre avant d’effectuer d’autres ajustements jusqu’à ce que l’inflation soit sur les rails. Les craintes de ces élites sont multiples et non exprimées clairement; elles ont peur d’une tendance fondamentale, structurelle  à la déflation, d’une chute des valeurs boursières, de la situation sociale, politique et géopolitique  dominée par les risques de conflits et de guerre civile…ces élites savent que la reprise en cours est fragile, artificielle et qu’il vaut mieux ne pas interférer. En résumé non seulement ces idéologues keynésiens conseillent de ne pas toucher à la politique monétaire, mais en plus de compléter ce stimulus monétaire permanent  par des actions budgétaires stimulantes, des dépenses  destinées à favoriser un retour aux gains de productivité historiques.

Nous le répétons depuis des années, le problème est que les modèles économiques mathématiques  dominent les réflexions des autorités et ces modèles sont faux  et surtout ils se sont révélés faux, ce qui est plus ennuyeux pour elles.

Ces modèles reposent sur deux piliers: le premier est la théorie des taux d’intérêt de Wicksell; le second est celui de la courbe dite de Phillips.

L’interprétation des travaux de Wicksell donne à croire qu’il y a une sorte de taux d’intérêt naturel magique, neutre, appelé R* qui mettrait mystérieusement le système capitaliste en équilibre harmonieux et dans lequel la croissance, le plein emploi régneraient; l’inflation serait basse et stable. Le meilleur des mondes pour les économistes classiques et autres. Cette création magique qui défie l’intelligence est bien dans le style positiviste, dirigiste qui convient à nos élites, elle profère qu’il y a un taux miraculeux que bien sur, elles, illuminées, seraient capables de découvrir et ainsi nos élites seraient validées dans leur fonction de prophètes et de grands prêtres détenteurs des grands secrets.

La mauvaise interprétation de la courbe de Phillips est du même acabit, elle consiste a donner une formulation à la magie. Il y aurait un trade-off, un choix à faire entre l’inflation et l’emploi puisque quand le marché du travail est étroit , le prix du travail augmente et que le travail représentant 65 à 70% des inputs, le prix du travail en montant pousserait tous les prix à la hausse. La belle découverte; quand le facteur travail est rare, il est cher! Il faut être simplet pour accorder une foi magique à cette évidence et en tirer des règles pour gérer une communauté humaine. Tout dépend en en effet, en dernière analyse de ce que l’on entend par étroitesse du marché du travail tout dépend des définitions et des mesures. Mais ce qui apparaît sous cette croyance, c’est l’idéologie: il ne faut pas que le travail devienne rare, il faut maintenir l’armée de réserve et peser sur les salaires et les revenus liés au travail! Si l’économie s’oriente ou menace de s’orienter, quelle terrible menace n’est ce pas, si l’économie s’oriente vers le plein emploi, alors le « slack » se réduit, il n’y a plus de marge disponible, les salaires s’envolent et les prix suivent ou peu à peu précédent. Ah les braves gens.

Le problème est que les modèles construits à partir de ces deux piliers sont faux archi faux et qu’ils ont conduit à une politique absurde, inutile et socialement répréhensible. Il n’y a aucun taux d’équilibre miraculeux, surtout dans un système ou les taux longs dépendent non du rapport entre l’offre et la demande d’investissement mais de la politique de crédit de la banque centrale et de la situation bilantielle du système bancaire. Et puis il n’existe aucun équilibre tout simplement, c’est une notion classique  positiviste non dialectique.

La Fed prétend que le taux naturel réel a baissé de plus de 60% en 5 ans de 2% à 0,75% ; mais lors de sa dernière intervention Yellen a enfin reconnu son erreur: “[the neutral rate’s] value at any point in time cannot be estimated or projected with much precision”. Elle nous dit , après avoir été guidée par le taux neutre pendant des années, le fameux taux R* que le taux neutre, ce Graal de la gestion ne peut être estimé ou projeté avec précision!

Quand à notre tarte à la crème de la Courbe de Phillips, elle a démontré sa fausseté et son inadéquation dans l’histoire a plusieurs reprises: dans les années 70 l’inflation était forte, booming, le chômage ne cessait de monter et la croissance de ralentir. Paix à l’âme de la Courbe de Phillips. Elle a été tuée par la stagflation de sinistre mémoire.

L’autre croyance qui complète tout ce dispositif de gestion des Banques Centrales c’est celle en Milton Friedman notre père qui êtes aux cieux! Il ont cru que tout phénomène de prix était en dernière analyse d’origine monétaire, et cela a donné naissance aux théories abracadabrantes de Bernanke qui s’est dit, si tout est monétaire, créons de la monnaie par les QE, allons-y  et in fine les prix finiront bien par  monter.

Hélas on ne sait plus vraiment depuis l’an 2000 ce qu’est  la monnaie et ceci, c’est Greenspan (1) qui l’avait découvert. On ne sait plus ce que c’est vraiment la monnaie car le système a échappé à l’intelligibilité » en devenant trop complexe trop sophistiqué. Et Bernanke a créé de la monnaie morte, zombie.  Et elle est resté morte. Ce n’est pas cette monnaie là Monsieur Bernanke dont  le monde moderne a besoin, mais cela Yellen ne l’a pas encore compris. Elle crée de la monnaie qui ne sert a rien alors que la monnaie dont on a besoin dans le monde c’est de la monnaie vivante, de la monnaie créée par l’activité de l’économie et de la banque enfin remise sur ses pieds. La monnaie vivante, Bernanke, ce n’est pas de la monnaie banque centrale que l’on crée d’un coup de claviers, c’est de  la monnaie mondiale celle qui découle de l’activité de prêt des banques globales, quand celles ci font leur métier , quand elles ont un bilan qui  leur permet de prendre des vrais risques économiques et non pas  de spéculer comme des laquais. La monnaie qui manque c’est la vraie monnaie celle dont les fondements se trouvent à la fois dans ‘l’activité économique réelle et dans les capitaux propres des banques. Le gisement de monnaie n’est pas  dans les livres de la banque centrale, il est dans les lignes de fonds propres des banques.. et ces  fonds propres sont très insuffisants. Et puis même si la monnaie et le crédit sont utiles pour gérer une économie, à partir d’un certain stade d’endettement, rien ne remplace les revenus gagnés, voila la vérité. Il faut réfléchir sur les moyens de donner aux revenus gagnés et aux vrais cash flows des entreprises une progression qui les mettent en ligne, en harmonie avec la masse de promesses faites et la masse de  fausse monnaie qui a été créée.

PCE Deflator Inflation, Jan 2016 - Aug 2017

PCE Chain-type Price Index, Jan 2012 - Jul 2017

Aux USA aux dernières nouvelles, l’inflation est à 1,4%. Là aussi Yellen et Draghi sans reconnaître leurs erreurs s’orientent vers le révisionnisme. Elle vient d’avouer, c’est un testament: “Our framework for understanding inflation dynamics could be ‘misspecified’ in some fundamental way.”  Ce qui se traduit : « notre cadre de pensée pour comprendre l’inflation et sa dynamique semble mal conçu et ce de façon fondamentale ».

Mario Draghi, observe: “the ongoing economic expansion . . . has yet to translate sufficiently into stronger inflation dynamics”. Ce qui se traduit par: l’expansion économique ne se traduit pas par une dynamique de l’inflation plus forte. En effet on attend encore.

Du coup Bernanke prend la plume (Peterson Institute) et nous écrit: au lieu de tergiverser il faut se fixer comme critère absolu de  la politique monétaire une hausse des prix forte. On ne vise plus ni les taux, ni les risques, mais un seul objectif: cap sur l’inflation!

Le dilemme des autorités monétaires est bien sur imbécile. et il n’y a aucun moyen de le dépasser ou de le trancher parce que les problèmes sont mal posés, parce que les théories sont fausses et parce que les idéologies empêchent les réviser. Un dilemme est une impasse qui indique que l’on a pris une mauvaise route.

« La terre est plate », cela a servi  a maintenir les  dominations de classe en son temps.

(1) Alan Greenspan : The problem is that we cannot extract from our statistical database what is true money conceptually, either in the transactions mode or the store-of-value mode. One of the reasons, obviously, is that the proliferation of products has been so extraordinary that the true underlying mix of money in our money and near money data is continuously changing. As a consequence, while of necessity it must be the case at the end of the day that inflation has to be a monetary phenomenon, a decision to base policy on measures of money presupposes that we can locate money. And that has become an increasingly dubious proposition.

 

 

 

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4 réflexions sur “Edito. Le dilemme monétaire, il cache l’impasse historique

  1. Votre édito évoque deux dilemmes : l’historique et le monétaire.

    Le dilemme historique est de mon point de vue plus englobant, car il intègre à la fois les conséquences d’un dilemme monétaire antérieurement tranché (fallait-il prendre le risque des QE ou laisser l’économie capitaliste s’autoréguler ?) et le dilemme monétaire actuel que vous avez clairement explicité.

    Ce dilemme historique se présente entre :

    1. euthanasier les couches dominantes, en détruisant le capital mort (celui accumulé grâce à une création monétaire artificielle et nocive), et

    2. maintenir l’ordre social actuel (i.e. conserver le capital mort), en mobilisant, d’une part, toutes les possibilités en matière de politiques monétaires, dont vous rappelez fort judicieusement qu’elles sont en bonne partie une politique de transfert-spoliation de richesses, et, d’autre part, un arsenal idéologique (théorie des taux d’intérêt Wicksell ; courbe de Philipps ou corrélation entre inflation-plein emploi ; théorie monétariste de Friedmann).

    C’est le dilemme le plus englobant -historique- qui a suscité deux grandes interrogations.

    A – Si on détruit le capital mort, on détruit aussi une bonne partie de l’épargne des classes moyennes. Pourra-t-on sérieusement leur expliquer que l’évaporation d’au moins 50% de leur épargne est justifiée par les politiques monétaires menées depuis dix ans au moins et que le niveau actuel de leur épargne ne traduit pas un enrichissement « soutenable » ? L’euthanasie des couches dominantes entraînerait donc également l’appauvrissement des classes moyennes, qui avaient cru, il n’y a pas si longtemps encore, à la perspective d’un possible accès aux classes supérieures (le progrès matériel indéfini grâce au génie de l’homme moderne). C’est déjà, en soi, une gageure politique.
    Et en échange de cette euthanasie des couches dominantes, vous suggérez de demander, en plus, aux classes laborieuses (comprenant les anciennes classes moyennes, en partie euthanasiées elles-mêmes) qu’elles collaborent à un projet d’adaptation au monde dit moderne.
    Les classes dominées ont beaucoup de mal à comprendre la complexité et les enjeux du monde actuel, même si elles savent d’expérience que les changements sont bien souvent des sources d’embrouille. Les politiques monétaires paraissent super-techno à 95% de la population, ce qui donne une légitimité à l’opacité qui les entoure ; ce sont des rideaux de fumée à longue durée de vie. Demander un engagement fort et clair sur des problématiques complexes ne me semble pas réaliste.
    Les classes populaires ont certes été très largement ralliées à la modernité, depuis plus d’un siècle, par les idéologies de gauche et par le socialisme du XXème siècle, mais aussi grâce aux politiques sociales d’après-guerre, ; pour autant, quelle valeur pourrait avoir un tel engagement d’adaptation au monde dit moderne ? Comment cet engagement pourrait-il se manifester ? Par l’intermédiaire des représentants syndicaux ou politiques de ces classes ? Encore faudrait-il qu’il y en ait vraiment et qu’ils aient retrouvé du crédit. Par les élections, dont on sait aujourd’hui combien elles sont manipulées ? On pressent bien que les engagements de cette nature sont aussi ambigus que précaires. Je doute que les couches dominantes l’envisagent sérieusement et que les classes dominées acceptent de collaborer (sauf catastrophe financière majeure, on continuera à leur imposer insidieusement et pas-à-pas le monde nouveau, parce que les plus forts ont atteint un niveau historique inégalé de cadenassage social).

    B – Par ailleurs, vous parlez des limites du système, des couches dominantes, des classes moyennes et des classes laborieuses. Mais les analyses que ces concepts soutiennent s’appliquent-elles de la même façon en tous lieux ? Est-ce vraiment une problématique mondiale ou simplement occidentale ou encore seulement européenne ?

    La « nécessité » de baisser les salaires réels et de les mettre au niveau du marché mondial, de flexibiliser, c’est-à-dire d’assouplir les échines, n’est-ce pas un sujet qui concerne d’abord et avant tout les classes populaires occidentales, dans un contexte de mondialisation non désiré ? Si la réponse est oui, comme je le suppose, les classes laborieuses non occidentales aspirent-elles à entrer sans réserve dans la mondialisation moderniste occidentale ? Les problématiques auxquelles elles se trouvent confrontées sont-elles de même nature ? Le dilemme historique et subsidiairement monétaire les concernent-elles avec autant d’acuité ?

    Je pressens que plusieurs niveaux d’analyse et de lieux s’entrecroisent dans l’édito, et que finalement le problème de fond pour les classes dominées du monde entier est l’inexorabilité ou non de la mondialisation et du modernisme (philosophiquement parlant, les deux sont indissociables).

    Peut-on raisonnablement refuser aujourd’hui encore de boire quotidiennement une dose d’une modernité en voie d’arraisonner définitivement le monde entier ? Je crains que les classes dominées, qu’elles soient européennes, occidentales, et au-delà, n’aient plus le choix aujourd’hui, car les trains de l’histoire ne repassent pas et ces populations ne semblent pas suffisamment armées pour assumer pleinement l’enjeu, l’ampleur et l’âpreté d’une telle problématique.

    Pourtant, oui l’économie est politique, ce qui suppose qu’il existe toujours à la disposition des hommes plusieurs options possibles à un problème ; l’économie est sociale, ce n’est pas une science, parce qu’il n’y a pas qu’une seule solution, de nature technique. Oui le libéralisme mondialisé est anti-politique et idéologique. Je subodore donc que les non-occidentaux sont, selon toutes vraisemblances, confrontés aux mêmes problématiques, bien qu’elles ne se posent pas exactement dans les mêmes termes.

    Me tromperais-je ?

    Aimé par 1 personne

    1. Je viens de vous lire. Les classes montantes en Asie sont sur la même trajectoire que les classes descendantes en occident. Ce n’est qu’une question de timing. Pour elles tout est aussi faux que pour nous. Si ce n’est pas la dette publique qui est délirante alors c’est la dette privée. Donc à part un jubilé un haircut mondial sur tout ce monstrueux capital fictif et une remise au travail de toutes les bonnes volontés l’autre solution qui se profile, c’est massacre de masse guerres car le futur est intenable. Vouloir garder à tout prix les illusions de richesse ne peut se faire qu’avec toujours plus d’inégalités et de misère. Toutes les cavaleries finissent mal.

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  2. – Depuis la dernière crise, l’ensemble des banques centrales travaillent de concert , grand changement de paradigme (on ne veut plus entendre parler de dévaluations compétitives).

    – Monétisations, politiques non conventionnelles et répressions financières coordonnées vont permettre de maintenir une forme de japonisation des économies « riches » durant 25 ou 30 ans.

    – Ceci jusqu’aux 2 (ou 3) prochaines disruptions économiques liées entre elles : efficience à grande échelle des technologies vertes + développement de l’Inde et de l’Afrique (+ peut-être monnaie dts numérique).

    – Entre-temps, l’Europe politique va continuer de se faire avec l’euro et un ersatz d’euro bonds (les allemands devront finalement admettre de redistribuer une partie de leurs excédents sous peine sinon de perdre l’avantage concurrentiel d’un euro-mark sous évalué).

    – Les schémas de partis politiques nationaux vont perdurer (pour des raisons culturelles, vieux réflexes folkloriques), quand bien-même de super-administrations non élues démocratiquement garderont la main,

    – Le nivellement des revenus médians des classes moyennes du monde entier va se poursuivre.

    – La disharmonie fiscale entre pays-continents va perdurer afin de permettre la continuité de l’optimisation fiscale réservée aux groupes transcontinentaux.

    – Le droit international va s’imposer presque partout (contre l’état nation).

    – La nouvelle route de la soie ne se fera pas sans dissensions entre les pays concernés.

    – Les éventuelles crises majeures se formaliseront autour de l’Iran et du nucléaire.

    = Le meilleur des mondes possibles en quelques sorte…

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    1. Je crois que vous rêvez. Ceci était le chemin d’avant. Le monde est bien trop instable et aucune mutation ne s’est jamais faite dans le calme surtout avec des européens vieillissant et en perte de vitesse. Ce n’est pas les migrants ni ceux arrivés avant qui peuvent changer cela. L’histoire est une tragédie pas autre chose.

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