Draghi laisse les marchés sur leur petit nuage

Le marché a  été soulagé hier, par la prestation de Draghi.

Cette prestation est un cas d’école pour la Com: Draghi annonce une réduction à terme, de  la stimulation monétaire et au lieu de provoquer des dégagements sur les marchés comme ce serait la logique, cette annonce produit des achats et donc la hausse.

L’habilité a entre autres consisté à ne jamais utiliser le terme consacré « Taper », mais à ne parler que « d’ajustement ». Par ailleurs il n’ a nullement détaillé un programme ou un processus de sortie à la différence de la Fed.

Le commentaire central continental c’est: Draghi s’est montré « dovish »; il s’est montré « colombe », c’est à dire favorable à la poursuite le plus longtemps possible de l’inflationnisme non conventionnel.

L’explication la plus facile tourne bien sur autour du jeu des anticipations: certains croyaient à des propos plus « faucons » et ils auraient donc été rassurés et se seraient rachetés ou auraient acheté. En fait c’est peu probable car personne , grâce aux fuites organisées ne croyait à des annonces dures, chacun savait,  d’avance ce qui allait être soit disant révélé. Tout avait été dit, c’est un non évènement. on savait même que les allemands ne manifestaient aucune opposition. Ils préparent gentiment la succession de Draghi, ils ne vont pas se montrer avec le couteau de la discipline et de la rigueur ordo libérale orthodoxe entre les dents.

Draghi est tombé du côté des Italiens et non pas du coté des Allemands pour utiliser un raccourci.

Pour justifier la différence encore plus grande avec le calendrier américain de « normalisation », Draghi a avancé l’idée que les USA seraient en avance sur le cycle conjoncturel, la stimulation serait donc encore justifiée en Europe. Ceci est évidemment falalcieux carle veritable citère c’est celui des capacités de production encore disponibles et non pas le facteur temps. Cet argument du décalage conjoncturel est une construction parallèle. Il aurait été plus juste de reconnaitre que la BCE voulait essayer de faire baisser l’euro! –

Le raisonnement lui même permettait de deviner que Draghi se montrerait dovish puisqu’il est en fin de mandat: il n’a pas envie de quitter la scène dans l’infamie,  sur un choc boursier, qui ruinerait son image et son héritage.

Il va rester dans l’histoire comme celui qui a osé le « coûte que coûte » et qui grâce à cette promesse ou menace a évité la dislocation de l’euro en 2012 et 2013. Il a eu raison contre les Allemands en faisant alliance avec la Communauté Spéculative Mondiale à qui il a fait gagner beaucoup d ‘argent facile en forçant à la baisse les taux des pays européens insolvables.

L’héritage que Draghi va laisser à son successeur va être lourd car Draghi été plus laxiste et plus inflationniste que ses homologues américains , beaucoup plus et plus longtemps.

La situation fondamentale de divergence au sein de l’Europe n’a guère évolué. La convergence réelle ne s’est pas faite , à peine ébauchée, les vraies réformes aussi bien nationales que communautaires n’ont pas été faites, et par conséquence une fois le ciment monétaire , le carcan imposé par la BCE disparu, les forces de fragmentation vont reprendre le dessus. En particulier pour les pays structurellement déficitaires.

La Com de la la BCE est fondée sur l’escamotage; elle vise à nous faire croire que le maintien des achats de titres a pour justification le soutien de la croissance et la volonté de s’assurer d’une inflation de 2%. Bien entendu ce sont des sornettes: la raison, la seule raison de ces achats depuis longtemps c’est d’éviter l’élargissement des spreads sur les emprunts souverains Italiens espagnols et Portugais relativement aux Bunds. La seule raison c’est de s’opposer à la tendance spontanée à la hausse des taux des pays du Sud. Si les achats cessaient alors les taux recommenceraient à traduire les situations relatives de uns et des autres et ainsi se reposerait la question de la viabilité d’un attelage monétaire au sein de pays dont les monnaies et les situations sont tout sauf convergentes.

Les mesures non conventionnelles de Draghi équivalent à l’espoir qui a dominé au début de l’euro, espoir qui a permis de jouer et de miser sur la convergence des monnaies, des taux et des situations fondamentales. C’est une tentative de prolonger cette aberration, cette erreur de raisonnement. Ce n’est pas un hasard si en Italie par exemple on parle beaucoup en ce moment, à la fois d’une restructuration de la dette et de la création d’une seconde monnaie. Retirez les béquilles que constituent les achats et les promesses de la BCE et vous verrez voler en éclats l’ordre artificiel  actuellement imposé.Avec une dette de 135% du GDP, avec une croissance dont le potentiel est de moins de 1%, l’Italie ne peut mathématiquement pas résister à une simple hausse du coût moyen de sa dette de 0, 5%! Les calculs ont été faits.

Le « coûte que coûte » de Draghi a eu pour véritable utilité de donner à la spéculation des assurances: tant que je serais là, vous pourrez profiter d’une rémunération légèrement améliorée sur les emprunts souverains des pays surendettés et peu compétitifs;  je vous promets un beefsteak gratuit quotidien, vous engrangerez une prime dont je vous promets qu’elle ne sera pas justifiée, ce sera un cadeau car je vais forcer à la convergence.

Draghi  a fait à la spéculation un cadeau, il l’a mise de son côté, il l’a payée par ses promesses, par son coûte que coûte. Du coup l’Italie, et ses collègues surendettés et déficitaires ont  bénéficié de conditions exceptionnellement favorables qu’elles n’auraient jamais eu sans le coûte que coûte. Draghi a acheté du temps auprès de la Communaté Spéculative, mais ce temps n’a pas été mis à profit non par mauvaise volonté ,amis parce que la volonté ne suffit pas!

La situation européenne est assimilable à un ressort bandé. Il tient grâce à une élastique qui l’enferme et l’empêche de trop se détendre, mais quand l’élastique sera retirée ou quand elle cassera alors, le ressort se détendra. Ce sera vrai pour les emprunts souverains de certains pays, ce sera vrai pour les emprunts des banques de ces pays, ce sera vrai pour tout le High Yield européen.

Je soutiens que quand tout cela sera terminé, il y aura beaucoup plus à perdre sur les actifs financiers européens que sur les actifs américains car les excès non conventionnels ont été plus grands, la situation est plus artificielle, la situation fondamentale est plus obérée. L’absence d’unité européenne empêchera de prendre les bonnes décisions.

On a essayé l’austérité et cela n’a pas fonctionné, on a du l’abandonner pour des raisons pratiques et théoriques: les zozos se sont trompés dans les calculs!

On a essayé les réformes, ah les fameuses réformes:  et celles qui ont été faites n’ont provoqué comme on pouvait s’y attendre que des résultats marginaux, non convaincants

Maintenant on en est au mythe de l’approfondissement de la Construction Européenne, les mythes de ministre des finances, de budget et autres mises en commun.

Qui ne voit que tout cela passe à côté des réalités, tout cela s’adresse aux signes, aux discours que l’on tient sur le réel, pas au réel. La logique de tout cela n’est que verbale. Non seulement ces mythes sont impossibles à concrétiser car les allemands ne veulent pas payer, mais ils ne changeraient rien au contraire, ils pérenniseraient comme le dit justement Schauble, les déséquilibres.

Même les  solutions radicales du type restructuration de dettes et rabotage des créances, donc moratoires, même ces solutions radicales ne fourniraient qu’un répit car c’est fondamentalement, culturellement, géographiquement que l’attelage européen diverge.

La France restera la France, l’Italie restera l’Italie et les Pays du Nord resteront ce qu’ils sont.

Un dernier mot qui vise la personne de Draghi: Draghi est un lache.

Sa tache, sa mission en tant qu’élite, à ce stade du processus, est de préparer les agents économiques , les citoyens au risque, aux difficultés qui se profilent à l’horizon, c’est d’ailleurs ce que fait Yellen et ce qu’a fait admirablement Carney; mais lui il préfère lachement entretenir les illusions, les prolonger.
 

 

 

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