Editorial. La crise du profit continue de saper le système. Didactique.

Nous vivons dans l’illusion que les profits ne cessent de monter et que leurs excès sont à l’origine de la crise. On croit de même que ce sont les  profits qui sont  à l’origine de l’accroissement des inégalités, c’est une erreur. C’est l’ensemble des mesures destinées à pallier le manque de profit qui produisent les inégalités. Ces mesures s’articulent autour d’une politique monétaire et fiscale  qui , pour compenser le manque de profits fait monter artificiellement le prix/valeur  du capital , créent de fausses plus values, créent de faux sentiments de richesse et ainsi incitent à l’endettement. La réalité économique, attestée par les chiffres indiscutables montre que notre système souffre d’une insuffisante profitabilité devenue chronique et que ce sont les mesures pour y faire face qui produisent l’illusion du profit et surtout les inégalités qui vont avec.

L’illusion que les profits augmentent a plusieurs origines:

-la hausse continue des cours de la Bourse, la Bourse  est censée être  un reflet des profits

-la hausse de la masse des profits en valeur absolue

-la hausse des marges bénéficiaires des entreprises par rapport à leur chiffre d’affaires, ou en regard de leur valeur ajoutée.

Ce que l’on voit donc donne intuitivement l’impression que les profits augmentent, qu’ils sont la cause de la crise et de nos divisions sociales. Le public, ses représentants, les médias confondent la richesse apparente , fondée sur l’inflation du prix des biens patrimoniaux avec la vraie richesse économique, celle qui se forme à partir de l’accumulation des profits.

Ce que l’on voit est une évidence trompeuse entretenue aussi bien par les capitalistes, le Medef, le gouvernement que par les syndicats, les partis  politiques anti-capitalistes, les gauchistes spontex. Tous ces gens ont un intérêt commun à escamoter  la question du profit, à mal la poser et finalement à détourner l’attention des problèmes  qui sont posés par la tendance de la profitabilité à chuter.

Les capitalistes vivent du profit, mais ils n’en parlent pas.  Ce sont des capitalistes honteux. Ils ne vous parlent pas du profit mais de tout ce qui le masque et prend une forme socialement acceptable: le cash flow, la capacité d’autofinancement, la productivité, la compétitivité, la concurrence. Que sais je encore.

Le credo de tous ces gens ce n’est surtout pas : il faut augmenter les profits, non c’est: il faut investir, il faut innover, il faut être compétitif, il faut augmenter la productivité, il faut baisser les charges sociales, il faut assouplir les échines, il faut   flexibiliser, il faut réviser le code du travail, il faut baisser les retraites, il faut baisser les dépenses budgétaires…

L’impératif systémique du taux de profit qui sous tend le système capitaliste est remplacé par des détours qui,  en fait,  s’analysent simplement: il faut augmenter le taux de profit.

Le profit régente tout, mais il n’apparaît qu’en filigrane, reconstitué derrière ce qui cache sa tyrannie.  Quand Helmut Schmidt lance sa célèbre formule: les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain, il illustre avec une communication remarquable notre propos, le profit n’est accepté et acceptable que si il est masqué, si il ne se donne pas à voir pour lui même.

Helmut Schmidt et sa célèbre formule : les profits d’aujourd’hui ...

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Hollande n’a pas osé expliquer que le CICE, la baisse des charges, la recherche de la compétitivité n’étaient que des détours pour augmenter les profits, non il est resté hypocrite comme un apparatchik du Medef. Il cherchait à hausser les profits mais sans prononcer le mot. Le mot est magique, il ne doit pas être prononcé, il est banni du vocabulaire; la notion même doit être évacuée, elle est reléguée dans  le non-dit, le non-su, le non-exprimé; devenu profondément enfouie dans  l’inconscient collectif elle exerce encore mieux sa tyrannie, comme tout ce qui est inconscient.

Sarkozy a juste effleuré le débat mais il a commis un contresens, il a confondu le profit avec la richesse. Il a essayé au Fouquets’s de déculpabiliser la fortune, ce fut une erreur car la fortune est encore plus interdite de cité que le profit. Elle a des relents passéistes. Sarkozy n’a rien compris à l’économie.

Macron est bien sûr confronté au même problème, toute son action vise à hausser le taux de profit dans l’économie mais lui sait ce qu’est l’économie et sait ce que c’est un facteur de production. Il ne confond pas le profit avec la fortune et il essaie de faire passer son action de remontée de la profitabilité du système français par un détour de communication, par « le moderne ».  Et c’est pour cela que Mélenchon échoue, il représente une opposition archaïque, ringarde à ce que Macron présente comme moderne, voire hyper-moderne. Macron réalise le détour(nement) en surfant sur une vague, sur un grand courant, celui de l’idéologie moderniste.

En face, les syndicats, les partis anti-capitalistes, les gauchistes  spontex ne peuvent reconnaître le profit et sa problématique. Historiquement ils ont choisi de marteler, d’ancrer dans  la tête de leurs suiveurs une idée simple: il y a trop de profits, le profit est excessif, c’est lui la cause de la crise. Ces gens sont prisonniers à la fois de leur discours historique et des apparences. Quoi de plus scandaleux en apparence que les  profits des sociétés du CAC 40?

Mélenchon ne peut prendre ses suiveurs à contre-évidence et leur dire : vous savez c’est plus compliqué que cela,  si on vous impose des régressions, des précarisations, des reculs sociaux c’est … parce qu’il n’y a pas assez de profit pour faire tourner le système! Imaginez ce qui se passerait si il osait dire cela. Imaginez ce qui se passerait si il était honnête et expliquait vraiment que la crise est une crise de l’insuffisance de profit. imaginez ce qui se passerait si il devait cesser de mentir et dire clairement ce que je dis, à savoir que toutes les mesures qui sont prises le sont parce que la masse de profit n’est pas assez élevée pour tout faire:  distribuer des revenus décents, investir, innover, payer de retraites, des soins médicaux, entretenir les ponctionnaires, rémunérer l’abstinence de ceux qui économisent, entretenir les 30 000 planqués qui sont la structure capitaliste cachée de la construction européenne! Mélenchon est obligé de simplifier, de raccourcir et donc de mentir.  Il dit donc: il y a trop de profits. Il dit: il y a trop de profit alors que la  réalité c’est qu’il n’y en a pas assez pour tout faire. La vérité est incontournable.

Nous vivons dans le mensonge et la mystification: notre système repose sur un moteur qui est celui du profit mais nous refusons de le reconnaître, nous refusons de l’étudier et de l’éclairer. Etant enfoui dans les ténèbres du non-savoir, ce profit ou son insuffisance exercent leurs ravages. On obéit à un dieu souterrain, un dieu des profondeurs que l’on refuse de faire remonter au grand jour. On peut agir sur le conscient, on est soumis à l’inconscient.

Tout cela s’alimente d’un contresens.

Le profit cela a à voir avec le capital. Son adéquation ou son manque ou son insuffisance sont relatifs. Ils sont relatifs à la masse qui prétend exercer/recevoir  ses droits et avoir sa part;  et cette masse c’est l’ensemble de ce qui fait fonction de capital. C’est   l’ensemble qui prétend avoir droit au profit sous une forme ou sous une autre, bénéfice, rente, agios, droits acquis , droits à prélever sans produire etc.  Le profit comme le capital n’est pas magique, on ne produit pas de richesse en dormant, non mais on peut en bénéficier en fonction d’un rapport social. Les migrants sont devenus des ayants droits sur notre masse de profits. Donc la profitabilité ne se mesure pas, ne s’apprécie pas en regard du chiffre d’affaires dune société, en regard de sa valeur ajoutée que constitue le GDP, non cela se mesure par un ratio entre la masse de profits et la masse de capital mis en oeuvre qui prétend avoir des droits.

La profitabilité c’est un ratio, une division de la masse de profits  par la masse de capital. Et si on a enfin compris ceci on peut du même coup comprendre que le taux de profit peut baisser même si la valeur absolue des profits augmente, même si les  marges bénéficiaires des entreprises progressent et atteignent des records … il suffit pour que le ratio baisse que la masse de capital progresse plus vite .. ce qui est le cas dans nos systèmes.

Nos systèmes se caractérisent  par une progression de la masse de capital très supérieure à la production de richesses d’une part et très supérieure à la production de profits d’autre part. En clair nos systèmes sont très gourmands en capital. Et c’est ce qui fait baisser de façon tendancielle le taux de profit. Le profit ne s’auto-produit pas, il ne tombe pas ciel miraculeusement, il résulte d’une répartition. Et si il faut le répartir entre une masse de plus en plus colossale, le taux de profit chute, inexorablement, mathématiquement.

Nos système sont gourmands en capital pour de nombreuses raisons.

L’économie moderne immobilise beaucoup de capital, il faut beaucoup investir surtout si on accélère le remplacement du travail vivant par des processus de production qui se passent de l’homme. Il y a hausse de la composition organique du capital qui n’est que partiellement compensée par la baisse tendancielle du coût des équipements. Et puis nos systèmes sont , contrairement aux mots d’ordre progressistes, très conservateurs, ils n’acceptent pas  que ce qui est zombie, dépassé, inefficace soit détruit. Le capital insuffisamment productif s’accumule.

Mais il y a d’autres raisons.  La tendance à la baisse du taux de profit fait qu’il n’y a pas assez de revenus gagnés, le système ne produit pas assez de revenus et donc il est obligé de pallier cette insuffisance par un recours sans cesse accru à l’endettement et au crédit. La part du crédit dans les GDP monte sans cesse, je publie souvent les ratios correspondants.

Nous nous surendettons de façon continue, c’est d’ailleurs pour cela que l’on ne peut plus monter le coût du crédit!

Ces dettes, ce crédit ont des droits, il faut les honorer et donc ils accroissent la masse de capital qui demande sa part. Ce capital fictif n’arrête pas de grossir, il est quasi auto-engraissé, il produit soit dit en passant un système nouveau que l’on appelle la financialisation. C’est une sorte de hernie. C’est un capital comme on disait dans les années 20, un « capital de poids mort ».  Ce qui veut dire que les solutions pour pallier l’insuffisance de profit aggravent la situation, ces solutions aggravent les contradictions.  Il faut plus de crédit pour faire tourner le système, mais la progression du crédit oblige a en  créer encore plus, à accélérer car elle pèse sur le taux de profit. De tout ceci témoigne la hausse fantastique de la dette dans le monde et ce de façon encore accélérée depuis 2007.

Les remèdes à la crise de 2007 n’ont absolument pas résolu le problème de l’insuffisance du profit… au contraire.

Les données sont maintenant disponibles pour calculer l’évolution de la profitabilité au cours de ces deux dernières années. Elle a baissé a nouveau en 2015 et 2016. Elle se situe maintenant en baisse de 6 à 10% par rapport au chiffre de 2006. La tendance à la baisse que l’on constate depuis le début des années 60 se confirme, avec des hauts et des bas bien sur :   le taux de profit est de 25% à 30% plus bas maintenant que ce qu’il était alors.

Evolution de la profitabilité rapportée au seul capital productif. Il n’y a pas de sortie de crise! 

La chute de la profitabilité est sévère après le sommet de 1965 et les bonnes années d’après guerre propices aux profits maximum. Au début des années 60 il a fallu commencer à assouplir les conditions de crédit et de création monétaire, ce qui fut réalisé par Kennedy et Johnson grâce aux pressions sur la Fed. Ensuite la Fed s’est chargée toute seule en toute indépendance (sic)  de fabriquer le crédit nécessaire pour faire tourner la machine, elle a accompli les mutations et réformes permissives avec Greenspan, Bernanke, Yellen allant jusqu’à monétiser carrément le crédit pour le rendre plus abondant.

La baisse de la profitabilité est masquée/limitée dans les comptes des entreprises par les astuces comptables, par les buy backs, par l’ingénierie financière et la baisse des impôts.  Wall Street capitalise des bénéfices en grande partie fictifs ou manipulés, faits à la main car c’est la base de la rémunération et du statut des dirigeants. mais les données de la comptabilité nationale, elles ne mentent pas.

Sources A. Kliman, M. Roberts, G. Carchedi

M. Roberts: The Long Depression, the rate of profit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 réflexions sur “Editorial. La crise du profit continue de saper le système. Didactique.

  1. je vais faire mon coco:
    tout a fait d’accord avec vous mais quand vous dites que le systeme ne fait pas assez de profit,le coco dit le systeme fait mal du profit, la richesse n’est pas cree la ou il le faudrait.l’argent est une unite de mesure qui sert a diriger de maniere efficace le flux de travail et de capital la ou il est « utile ». mais amha des annees de creation monetaire indue ont corrompu le systeme et rendu son pilotage erratique.
    comme vous l’avez dit,le capital zombi refuse de mourir et tout le monde va se battre pour que ce soit le capital des autres qui soit detruit. je ne crois pas que ceux qui nous ont mis dans cette situation soit les ceux capables de nous en sortir. seul l’education amha et la prise de conscience par le plus grand nombre du diagnostique correct de notre situation actuelle empechera les voleurs de pouvoir partir avec leur butin. Votre blog participe a cet effort et pur cela je vous en suis reconnaissant.

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  2. A moment donné, il faut savoir cesser de fabriquer des fausses valeurs pour valoriser le vrai travail. Depuis la semaine dernière il n’y a plus qu’une seule personne au guichet de cette banque. A la place il y a des machines. C’est une employée de banque à petit salaire qui oriente une vieille dame de 97 ans en larmes à un guichet automatique. J’attends avec impatience le moment où nous en serons à fabriquer des machines pour consommer et acheter à notre place ce que nos moyens ne nous permettent plus d’acheter. Le capital humain n’a plus de valeur et les moyens dont disposaient les humains pour vivre sont devenus leurs buts ultimes. La qualité de vie, l’intelligence du groupe est morte devant un veau d’or de fausse monnaie sans fin. J’ai lu ce matin cette phrase de Cioran : « Je crois au salut de l’humanité, à l’avenir du cyanure… »

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  3. Cet article est fondamental, dans la mesure où il ramifie et chapeaute quelques articles précédents, eux-mêmes très intéressants d’un point de vue théorique.

    Je vise des éditoriaux assez récents comme « le dilemme monétaire cache l’impasse historique » ou encore « la notion de rendement marginal de la dette », articles desquels il ressortait que les politiques monétaire et fiscale sont toujours des politiques de transferts qui ne disent pas leur nom, les uns s’enrichissant, tandis que les autres s’appauvrissent (le profit étant, en tant que revenu, partie prenante des politiques de transferts).

    Le pouvoir d’émission directe ou indirecte de monnaie et corrélativement la gestion administrée des taux d’intérêt, la fixation d’un objectif d’inflation et les théories qui sous-tendent ces pratiques, me semblent constituer des instruments, certes idéologiques, de lutte contre la baisse du taux de profit.

    Par ailleurs, l’éditorial « J’aime Macron », que vous auriez pu intituler « Mélenchon ou le mépris du peuple, au nom du bien en soi », me semble également entrer dans la problématique de votre exposé de ce jour. La notion de profit, au sens économique, mais aussi en tant que Mal en soi (cf. le lien historique avec la notion d’usure), n’y apparaissait pas directement, mais c’était sous-jacent.

    Le point de vue technique que vous développez, me semble tenir en une phrase : le profit en valeur absolue, et même le profit en valeur relative (ou taux), peuvent bien augmenter globalement ou dans certains secteurs, le taux de profit global du système macro-économique mondial est en baisse tendancielle, depuis le début des années 60, en raison:

    -1. de l’accroissement massif du capital global sous l’effet d’une création monétaire débridée -le crédit en tant que cause et symptôme-,
    -2. de l’accroissement plus rapide du capital constant (machines et matières premières) par rapport au capital variable (salaires) et
    -3. de la sédimentation d’acquis ou de structures amputant la rémunération du capitaliste (i.e. le profit).

    Ce qui peut surprendre, c’est que les héritiers du socialisme dogmatique n’aient pas conservé dans leurs boîtes les outils mis à disposition par Karl Marx, le lointain et inaccessible maître des socialistes à la Mélenchon ou de ce qui peut rester des syndicalistes dits révolutionnaires.

    En effet, ce que vous décrivez figure en bonne place dans les analyses de Marx : l’accumulation du capital provoque des crises de surproduction et une baisse tendancielle du taux de profit (moyen).

    Alors pourquoi ces prétendus positivistes ne présentent-ils pas aux citoyens une analyse plus scientifique, plus conforme à la réalité objective ?

    Au moins, pour deux raisons me semble-t-il :

    – la première, c’est qu’ils ne sont plus révolutionnaires, c’est-à-dire qu’ils ont accepté, sans jamais pouvoir l’avouer, le système capitaliste (le peuple, disiez-vous récemment, est conservateur), mais, en contrepartie, il est entendu qu’il faut essayer d’en tirer le maximum, sans s’interroger sur le « d’où est tiré ce maximum ? » Le problème des capitalistes n’est pas le problème des travailleurs.

    – la seconde, c’est que l’exposé le plus fidèle possible de cette réalité, outre qu’il relèverait d’un exercice théorique compliqué, donc suspect, desservirait leur intérêt (leur intérêt électoral et donc leur intérêt personnel) ; il ne serait pas politiquement profit-able.

    Vous avez raison de dire qu’il est inimaginable qu’un Mélenchon annonce tout de go que, tout compte fait, ce n’est pas l’excès global de profit qui détermine la crise et les inégalités, mais bien l’inverse.

    Cette subite prise de conscience serait suicidaire pour le benêt qui l’exprimerait.

    Car deux choses caractérisent la modernité contemporaine : la complexité et le souterrain (l’inconscient) ; autant dire que nous baignons dans l’obscur.

    L’idée que le profit (interprété comme le fait de tirer avantage de … quelqu’un) soit le mal en soi est plus évidente pour la très grande majorité des citoyens (salariés ou aidés) que son contraire, plus porteuse dans une démocratie républicano-bourgeoise, et plus conforme aux fondamentaux de la pensée occidentale depuis au moins Socrate (sans évoquer la Cité céleste d’un Saint Augustin). Et l’on sait que les gens de gauche sont des gens de bien, des gens du bien. Haro sur le profit-eur. Ah les braves gens, qui ont oublié que l’enfer est pavé de bonnes intentions !

    Telle autre est l’approche de l’école libérale à laquelle appartiennent un Macron et la très grande majorité des politiciens du système. Point de Bien en soi, point de bien commun à défendre collectivement. En effet, en raison du relativisme et de l’indifférence de ce courant de pensée au Bien et à tous ses rejetons philosophiques, et de son anthropologie fondée sur l’individualisme et l’économisme, c’est un système idéologique qui nie et le bien et le commun (Mme Thatcher disait que la société n’existe pas).

    Autant dire que rien ne s’oppose, en petit comité, à la reconnaissance de la légitimité du profit, mais cette légitimité ne saurait être reconnue et affirmée publiquement, car la décence publique ne l’autorise pas, en Europe latine notamment. Alors, on biaise, en jouant des signes pour mystifier. Et ça marche, parce que les classes populaires européennes ont été convaincues depuis longtemps déjà, certes que le profit est une pratique occulte et maléfique, mais aussi et surtout qu’il faut être moderne et vivre avec son temps, c’est-à-dire savoir évoluer. Pour aller où ? Mystère. Avant, on était persuadé que demain serait forcément meilleur, mais aujourd’hui, on n’en est plus autant persuadé. Qui vivra verra. Wait and see, comme disent les anglo-saxons, nos maîtres à penser.

    La vraie vie, sous-entendu la réalité, n’ayant rien à faire des intentions, fussent-elles bonnes, on continuera à errer sur l’attelage disparate moderne du relativisme – qui est une forme dégradée du nihilisme (rien n’est vrai, tout est néant ; en tout cas rien ne doit prévaloir) – et de l’idéalisme (l’idée du Bien en soi doit, quoi qu’il en soit, rester notre guide, ou, à un moindre degré, il faut savoir se choisir et défendre des « Valeurs » -républicaines ou pas-, substituts d’une vérité naturellement absente, mais re-construite et idéalisée par la seule volonté du sujet cartésien).

    La seule bonne question à se poser me semble être : faut-il rejeter l’appropriation privée du profit et donc le système capitaliste lui-même, et si oui comment ?

    A défaut de vouloir ou de pouvoir le faire aujourd’hui, il faudrait admettre qu’un système ne peut fonctionner correctement que si on respecte ses principes fondamentaux ; les systèmes hybrides ayant tendance à cumuler les inconvénients des systèmes purs qu’ils essaient de fédérer, et non d’en « capitaliser » les avantages.

    A tout le moins, dire les choses telles qu’elles sont, serait une contribution au dévoilement du réel. Mais la modernité n’y aspire pas, car elle préfère substituer aux contraintes du réel la volonté arbitraire de l’individu, celle-là même qui permet de remodeler sans cesse et légitimement, du moins le pense-t-elle, l’homme nouveau.

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