Billet: La machine à attirer à soi les richesses

Le wall Street Journal  publie un article opportun sur les très grandes valeurs technologiques.

Huit sociétés géantes, Facebook,  Apple, Amazon, Netflix, Alphabet/Google, Baidu, Alibaba, et Tencent ont vu leur valeur boursière progresser de 1,4 trillion de dollars en 2017.

Vous remarquerez que je n’ai pas dit: « ont vu leur valeur boursière inflater de 1,4 trillion de dollars », je ne l’ai pas dit car mon propos n’est pas,  ici,  de dénoncer la création de richesse fictive par le biais de l’alchimie monétaire, les taux d’intérêt nuls,  la fameuse search for yield et le « Put » . Non.

J’aborde ces questions en d’autres occasions et elles sont certes importantes mais banales; elles n’ont rien de radical.

Après tout la valorisation de ces sociétés est relative, c’est à dire que ce qu’elles valent, elles le valent en relation, en comparaison avec les valorisations d’autres sociétés, voire de l’ensemble de la cote.

Les marchés et leur intervenants pratiquent l’anchoring. Cela signifie qu’il posent un point fixe, une ancre qui leur sert de point de départ et à partir de là,  ils en tirent des valeurs comparatives. Le comparatif gagne de proche en proche toute la cote.

Le   meilleur exemple c’est la technique de valorisation par le multiple cours-bénéfice relatif: on dit  le marché vaut 20 fois les  bénéfices pour une croissance moyenne de « tant » et un risque de « tant », eh bien cette société qui va certainement faire mieux vaut 1,5 fois la valorisation moyenne du marché, donc elle vaut 30 fois les bénéfices.

Bien sur je simplifie pour que vous me suiviez.

Je me pose la question ou est la contrepartie de cette richesse que mon analyse théorique, mathématico-financière vient de faire surgir du néant? Ou est la contrepartie du pouvoir d’achat ou d »endettement dont  les porteurs de ces titres  ont bénéficié?

Si je détiens cette valeur jusqu’à son terme , jusqu’à son horizon, la question ne se pose pas. En effet le prix que je paie aujourd’hui, si je conserve jusqu’à maturité/maturation je vais le toucher en cash flows successifs et ces cashs flows seront gagnés par la société, il n’y a nulle arnaque,  nulle prestidigitation. Les cash flows sont embedded, inclus dans le cours et la capitalisation et donc, au fil du temps ils sont extériorisés, concrétisés  en contrepartie de création de richesses qui ont bien vu le jour.

Mais les marchés ne se bornent pas à valoriser, loin de là. Ils permettent  de mobiliser, de rendre liquide donc de rendre actuel ce qui n’est que potentiel et problématique. Ils peuvent le faire normalement c’est à dire que quelqu’un peut aliéner son épargne, auquel cas ce que l’un gagne, un autre le perd. Mais l’achat peut aussi être fait à crédit. Personne dans ce cas n’aliène quoi que ce soit. Le leverage est roi depuis 2009 puisque le crédit ne coûte rien en regard des possibilités de gain.  Et dans ce cas l’acheteur marginal, avec son crédit enrichit toute la classe des détenteurs.

Ce que je veux interroger est donc beaucoup plus fondamental, c’est radical; est_il normal économiquement,  socialement et politiquement de considérer  que ces sociétés valent X fois leur chiffre d’affaires ou Y fois leur bénéfice  ou z fois leur EBITDA et de solvabiliser cette valeur par le Ponzi monétaire? Est ce que ceci est accceptable , voila la question.

Elle consiste à s’interroger sur la pratique du multiple du présent pour valoriser  le futur et à se demander si il est logique de faire naitre dès mainteant une richesse monétaire certes, mais une richesse qui n’existe  pas et qui va bouleverser  toutes les répartitiosn de pouvoir d’achat, de patrimoine et de revenus dans  le monde global? Et de le faire grâce au leverage? C’est a dire sans sacrifier son épargne.

Suivez moi bien cette valorisation immédiate par  un multiple du présent de quelque chose qui n’existe pas, n’est pas insignifiante: elle appauvrit le reste  du monde qui voit son pouvoir de prélever réduit par la dilution.

La pratique boursière imposée par les Etats-Unis  crée une richesse qui donne un droit  sur la richesse mondiale,  sur les   biens  réels. Il y a éviction. Quelque chose de fictif, de mathématique, de théorique donne le droit de s’attribuer quasi tout,   ici et maintenant!

Ne me dites pas que la valeur n’est que théorique , sur le papier, car c’est faux, les gens qui possèdent ces societés ou leurs titres ont un effet de richesse , ils s’endettent par exemple avec ces titres en collatéraux et ils agissent ici et maintenant . Nous disons souvent que le roi, le chef c’est celui qui impose la règle du jeu. Eh bien ici comme les théories monétaires/financières  viennent des  USA, nul doute qu’elles ont été élaborées à leur profit.

Il fut un temps ou la question du déficit du seigneur américain posait problème. Ses serfs ont cessé de se poser cette question, ils ont accepté que l’on échange du réel contre du vent. A cette époque on disait que les USa exportaient des promesses, des reconnaissances dettes contre du travail et des marcahndises, on avait inventé le concept de « dark matter », une matière alchimque noire qui équilibrait miraculeusement  les  comptes des USA . La Dark Matter n’est rien d’autre  que la capitalisation … d’un goodwill,  d’un droit à prélever.

Ainsi Amazon qui vaut 1 trillion si mes souvenirs sont bons,  grace a cette valeur théorique,  a un coût d’acquisition de ses concurrents quasi nul, un coût de destruction des formes moins modernes de distribution quasi nul…On dit qu’elle  va bientot s’attaquer à la distribution pharmaceutique. Et Bezos le patron d’Amazon rafle/confisque  la presse!

Réfléchissez…Moi je dis que tout cela finit par poser des problèmes de morale et de géopolitique qui dépassent largement ceux que l’on évoque quand on parle des avantages du seigneuriage monétaire.

Il ne faut pas etre grand clerc pour imaginer que d’ici mettons 4 à 5 ans une récession va arriver, une chute boursière va intervenir , ces sociétés vont littéralement dégueuler …que va t- il se passer ? Ben voyons les USA et la Fed vont faire comme elles ont fait en 2000 lors de la grande crise du Nasdaq: ils vont créer du dollar … ce qui va encore sous une autre forme, diluer le pouvoir d’achat du reste du monde.

Je ne sais plus qui a dit, mais c’était un sage: le pouvoir en  dernier ressort c’est toujours d’attirer à soi les richesses réelles. Le mot important est réel.

J

 

 

 

 

Publicités

2 réflexions sur “Billet: La machine à attirer à soi les richesses

  1. Bien entendu que ce n’est ni acceptable, ni moral. Mais étant donné que le nouveau monde post-moderne a consciencieusement détruit ces notions, jusque dans l’exercice de la démocratie, peu sont ceux à s’en rendre compte. Quant au « leverage », c’est d’autant plus immoral qu’il n’est pas accessible au plus grand nombre. Petite question qui n’est pas que rhétorique : Comment distinguer les richesses réelles de celles qui ne le sont pas ? Merci pour cet excellent article.

    J'aime

    1. Bernard petite réponse qui est une question : Savez vous partager l’eau sale de l’eau claire quand les deux sont dans le même seau ? Si vous savez vous avez la réponse …

      Sinon il reste un jubilé mondial, mais il reste du domaine de l’utopie car il faudrait demander aux plus riches d’abandonner le plus…

      C’est simplement amoral et le plus grand nombre ne fait pas l’effort de chercher à comprendre il veut juste du tout cuit, du prêt à penser et à consommer , et ça n’a rien de post moderne le post modernisme existait déjà autrefois , c’est simplement de l’escroquerie et c’est vieux comme le monde : on appelle ça des faux monnayeurs.

      Et pour les valorisations fictives rappelez vous John Law, et sa compagnie des Indes…Combien de cash flow qui n’ont jamais vu le jour en ces temps troublés du 18ème…

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s