Essai. Des nouvelles du système; les 0,1% sont là pour durer.

Les conspirationnistes affirment qu’il y a une conscience ou plusieurs consciences qui dirigent tout; je prétends l’inverse, c’est à dire qu’il y a une inconscience qui anime tout.

Le système  a une logique, des règles de fonctionnement, une dialectique interne qui animent ses mouvements et président à ses adaptations. Le système est aveugle il n’a pas conscience de lui même. Il évolue en fonction de ses contradictions internes et externes, il se perpétue et se reproduit. Il faut bien qu’il se coltine son négatif, qu’il l’articule à son positif pour ainsi continuer d’exister par ses dépassements successifs.

Les discours que tiennent les participants du système s’inscrivent dans le système, ils sont produits par lui, ils expriment quelque chose du système plus un biais, le biais de celui qui parle. Ce ne sont pas des discours de vérité , ce sont des discours qui rentrent dans la catégorie de l’imaginaire, ce sont ce que l’on appelle maintenant d’un mot à la mode, des narratives.

Ce sont les narratives qui influencent le monde sur le court et le moyen terme, mais c’est le réel, le vrai et le structurel qui produisent le long terme. Le long terme est le domaine de la Necessité.

Tout ce que je viens de dire s’applique à l’économie, la finance, le social, la politique, la géopolitique. Chaque domaine a sa propre réalité, plus ou moins connue et connaissable et chaque domaine a , dessus plaqué, son imaginaire. Cet imaginaire c’est l’ensemble des signes qui sont censés le représenter, l’exprimer, le gouverner. L’histoire , le roman que l’on raconte dessus.

Ainsi le marché financier c’est l’ensemble des signes imaginaires plaqués par le monde libéral capitaliste financiarisé sur l’économie réelle et censé en exprimer les valeurs.  Le marché financier exprime maintenant le réel, le réel déformé par nos biais cognitifs,  plus la volonté des autorités dites régulatrices, plus le désir de jeu des participants. De résultante, le marché s’est transformé en produit complexe, en objectif, en outil pour satisfaire à certaines fins. Les autorités en ont pris le contrôle par le biais de leur sous jacent, par le biais de ce en quoi toutes les valeurs de marché s’expriment, la monnaie, son prix,  et sa création.

Au passage rappelons l’équivalence formidable entre la parole, le discours et la monnaie avec celle encore plus forte entre la fausse monnaie et le mensonge. En ces temps de fausse monnaie ne vous étonnez pas de la montée du thème de la fausse-parole, des fake-news. Le Bitcoin, en matière monétaire est l’équivalent des médias alternatifs face aux médias des dominants , l’isomorphisme entre monnaie-Bitcoin et Médias MSM -médias d’en bas est totale. Ils cristalisent l’affrontement basique de nos sociétés. Lutter pour le Bitcoin équivaut à lutter pour la liberté de penser et de publier. Fin de la parenthèse.

Les gestionnaires apparents du système, les Trump, Yellen, Merkel , Macron, Draghi, Soros etc suivent, en fonction de ce qu’ils sont, et de ce qu’ils incarnent ou croient incarner, des lignes, ils mènent des actions qui s’inscrivent dans la logique du système. Laquelle rappelons-le comporte aussi bien l’action que la réaction, la droite que la gauche,  les conservateurs que les social-justiciers, les élites que les populistes. Personne n’échappe à la logique du système , tout le monde est dedans et l’exprime. La création du terme de rebellocrates est une remarquable innovation soit dit en passant.

Ainsi , le système a subi une crise de reproduction en 2008 et deux grands courants de forces ont été ainsi libérés, le premier est une force conservatrice de reproduction/ perpétuation et le second est une force de changement, d’adaptation, de résistance au premier, c’est ce que l’on appelle pour le dénigrer, le populisme. Les discours dominants sont produits par les élites donc ils nomment ceux qui sont leurs adversaires de noms dévalorisants, rabaissants, ils les nazifient. Nommer, le droit et le pouvoir de nommer est une arme.

Les uns veulent laminer le peuple pour conserver l’ordre ancien, les autres sans bien en avoir conscience s’y opposent car ils sentent confusément qu’ils sont les perdants, les laissés pour compte. C’est ce que l’on appelle la destruction/atomisation des classes moyennes. Par exemple cette destruction passe par l’éclatement des solidarités , des identités, l’émiettement, la déculturation, le remplacisme, bref elle s’articule autour d’une ligne directrice; empêcher que les classes moyennes prennent conscience de leur sort, de leur force et de leurs intérêts de classe.

Le « grand divide », révolutionnaire de la lutte des classes est mort de sa belle mort, c’est à dire par la ruine de l’empire communiste. Ce « grand divide » mettait en forme et en scène l’affrontement entre les forces sociales de continuité, et les forces sociales de rupture; les forces sociales de positivité et celle de négativité; les forces sociales de vie et celles de mort, presque suicidaires.

Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas: je ne colle pas d’étiquette et ainsi je m’abstiens de préciser ce qu’il y a derrière les mots parce que je suis incapable de désigner les forces positives et les forces négatives, je sais qu’elles s’affrontent mais je suis incapable de les classer et de les désigner car dans le monde, le positif et le négatif sont enchevêtrés,  tout est d’une part complexe et d’autre part mystificateur. Et si tout n’est pas mystificateur, les élites et leurs mercenaires s’efforcent de faire en sorte que cela le soit car il faut tromper, enfumer, diviser, faire voler en éclats et la mystification est l’outil rêvé pour y parvenir. Pour eux la seule chose qui compte c’est « pourvu que cela dure ».

Les évènements comme les idées prennent des masques, se travestissent  pour mieux nous tromper et fourvoyer.

Mais ce qui est évident c’est que les forces de contestation sociales qui étaient à l’oeuvre dans le « grand divide »entre le monde du Marché et le Monde du Communisme, ce « grand divide » n’as pas sombré, non les gens se haïssent toujours autant les uns les autres, se méprisent, s’envient , les uns dominent, les autres sont dominés, les uns jouissent les autres triment, etc… Les antagonismes sont là. Et il faut bien que tout cela trouve un moyen de s’extérioriser, un moyen de se concrétiser, un moyen de s’incarner : les forces négatives  ne peuvent rester virtuelles il faut qu’elles s’incarnent dans de nouvelles pratiques. Donc elles ont pris de nouveaux habits. Des habits qui ne recouvrent pas les divisions anciennes;  attention, nous sommes dans le transversal de la recomposition de nos sociétés.

Le Marxisme était finalement assez simple, on reconnaissait les siens, les bons et les méchants! Il constituait une mise en ordre de la société, ou plutôt de son horizon, de son projet qui traversait toutes les pratiques de la vie. Le mythe de la Révolution était essentiel. Le Marxisme a échoué dans la dictature , pas celle du prolétariat mais celle des Nomenklaturistes sanguinaires et pervers.

Le post marxisme radical a abandonné l’idée de la Révolution telle que l’avait enfantée Marx et dont il a engrossé Lénine. Cela c’est fini. Cela n’a pas résisté à l’épreuve de l’Histoire, d’autant que cette révolution concrète était menée sur un contresens de la pensée et des écrits de Marx:  il n’y avait pas de prolétaires en Russie pour faire la révolution donc c’est une révolution rigoureusement à côté de la plaque. Une révolution marxiste sans prolétaire, cela fait désordre!

Nos penseurs post-marxistes se sont repliés sur le modèles Chinois. Hélas avec les 50 millions de morts   du grand timonier, ils ont eu le coup de grâce . Mais cela ne les a pas dissuadé de continuer l’exégèse de Marx, et de tenter non pas de le réhabiliter, il n’en avait pas besoin,  mais de l’approfondir, de le radicaliser très profondément. De le rendre beaucoup plus abstrait .

Les recyclés du Marxisme se sont attaqué à la symbolique de nos systèmes. En s’attaquant à la symbolique de nos systèmes ils se sont attaqués a ce que nous sommes, ce qui nous définit puisque nous sommes des êtres de langage. Notre inscription humaine est une inscription dans le langage. Il nous est constitutif.

Les Althusser, Derrida, Sollers, le groupe Tel Quel , ceux que l’on a appelé les Chinois, les Jean Joseph Goux,  se sont livré à une critique bien plus profonde de nos sociétés avec l’aide de  la méthode marxiste, de la linguistique et de sémiologie, avec leurs  concepts mais en allant à la racine aux fondements des pierres angulaires de nos systèmes. Ils ont fait tomber nos idoles, pulvérisé nos référents et nos équivalents culturels. Pour faire vite et simplifier, tout cela a débouché sur une nouvelle forme de contestation éclatée, fragmentée, diversifiée qui montrait la relativité de notre ordre social, qui donnait à voir l’exploitation, l’aliénation,  qui mettait le doigt sur ses points d’ancrage: le langage, l’ordre du Père, l’ordre du maître, la domination masculine, le phallocentrisme, le phallologocentrisme. Et nous avons eu toute une flopée de révolutionnaires à la petite semaine qui ont voulu jouer leur Karl Marx et engrosser les mouvements sociaux de leur désir de contestation, de leur Oedipe,  dans des domaines  bien précis comme le statut de la femme , la justice sociale, le suprémacisme blanc, l’égalité de tout ce qui inégal, le genre,  les orientations sexuelles.

Je n’insiste pas, vous avez compris cette mutation de la négativité en une multitude de formes de contestation radicale certes mais superficielles car mal assimilées. Cette contestation multiforme est une caricature, elle reproduit celle de Marx mais en dérisoire, en caricature car elle est fondée non sur une logique interne mais sur une analogie superficielle. C’est parce qu’elle est superficielle, qu’elle est en surface des choses  donc simpliste qu’elle devient mode et qu’elle est traitée par vos médias MSM;  ils seraient bien incapables d’analyser les textes de Derrida ou de Goux. Encore moins d’en faire une analyse critique!

Etant superficielle, racoleuse, cette critique de nos sociétés est facilement récupérable, c’est l’une de ses caractéristique. elle est facilement récupérable parce qu’elle prend l’homme, l’humanité, l’humain dans le sens  du poil, ce qui est le sens du moindre effort, le sens de la facilité. Quoi de plus séduisant que la social-justice? Ce que les révolutionnaires en chambre , soixante huitards professionnels , ennemis du Père, de l’Oedipe,  de l’Argent, du Phallus et autres référents, ce qu’ils n’ont pas vu c’est qu’ils fournissaient ainsi, tout cuit et tout prêt à l’emploi une théorie  une vision du monde rêvée pour les exploiteurs! Une vision du monde qui faisait tout éclater, qui émiettait tout, qui libérait toutes les force dissociatives de  nos sociétés! Cette théorie faisait exploser les solidarités, installait l’individualisme,  les passions, les désirs, les égoïsmes, la lutte de tous contre tous!  Destruction de tout ce qui unit et réunit sauf bien sur de la marchandise et de la consommation. Emballée dans le grand drapeau du modernisme, cette théorie produite par les anciens marxistes, les Derrida, les Goux et autres déconstructionnistes allait constituer le plus sur allié des …. exploiteurs.

Le Capital américain s’est jeté littéralement sur ces théories, il les implantées dans ses Universités haut de gamme, la Ivy League, il les a financées et il a assuré leur propagation/promotion. Hollywood les a popularisé par ses productions. Diable quelle aubaine: une Révolution qui non seulement ne mettait pas en danger l’Accumulation mais en plus divertissait, détournait  les énergies des exploités. Une révolution qui était à la révolution ce que la masturbation est à l’amour. Une révolution pour branleur! Une révolution qui affaiblissait définitivement les révolutionnaires! On comprend que la Bourse ne cesse de monter pour saluer cette victoire historique.

Tout le courant de pensée issu du marxisme fourvoyé a été recyclé dans ces combats en impasse. Au service objectif du Capital. C’est lui qui soutenait Hillary la pourrie! C’est lui qui est financé par Soros! De proche en proche ou de similitude en similitude ou d’analogie en  analogie, c’est tout notre ordre symbolique qui peut être contesté! Le processus peut durer longtemps, les dominants sont là pour longtemps, aidés qu’ils sont par ceux qui … veulent leur perte. Le positif secrète le négatif et réciproquement.  La liste n’est donc pas  limitative , car l’intelligence non pas de l’homme mais l’intelligence de la négativité est sans limite. Avec un dictionnaire on peut faire une infinité de textes, eh bien avec les bases de la négativité on peut tout contester.

Les 0,1% sont sont là pour durer.

 

 

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4 réflexions sur “Essai. Des nouvelles du système; les 0,1% sont là pour durer.

  1. Warren Buffet nous l’a bien dit aussi. ,,Les riches ont gagne la partie. »
    La question que nous pouvons nous poser : est ce definivement !? , pour longtemps ?!
    Et encore, ou nous ameneront ils ?
    Probablement dans le fosse !? … affaire a suivre

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  2. Cher Monsieur Bertez, merci de partager si régulièrement votre savoir et expertise.

    Oui il semblerait, malheureusement, pour tous les autres que les 0,1% aient pris le pouvoir grâce au coup d’état financier, qui s’est opéré.
    La financialisation généralisée, grâce au crédit illimité et pour ainsi dire gratuit pour les grands banquiers, les CEO des multinationales, des grandes entreprises, ont eu la possibilité de tout acheter en faisant des trillions de dettes
    Ils ont assaini leur bilans d’un coup de baguette magique par
    les créations de bad banques, les mauvaises dettes mises hors bilan et ont en même temps élaboré de nouvelles règles comptables ou les pertes dans les bilans ne sont plus évaluées par rapport au marché mais sont comptabilisées au prix d’achat même si leur valeur actualisée est devenue négative.
    Ils ont par conséquent, autorisé un endettement illimité et pour ainsi dire gratuit en continue puisque des entreprises à la limite de la faillite sont devenus solvables et on pu continuer à emprunter.
    Ce transfert de richesse, des épargnants, des retraités, des investisseurs dans les obligations qui ne rapportent plus rien et sont une promesse de perte sur le long terme, a contribué à la privatisation de l’économie via les buy backs des grandes entreprises, la privatisation par les multinationales des ressources comme l’eau l’électricité ect.
    Les infrastructures publiques, achats des ports, aéroports, vendus par des gouvernements structurellement en manque de fonds pour financer les dépenses courantes, les budgets sociaux des états et les payer intérêts de dettes.

    Ces grandes multinationales, ces spéculateurs laissent les dettes et les risques aux états, aux contribuables, aux fonds de pensions, aux petits investisseurs.
    Ils ont été non seulement sauvés lors de la crise de 2008 mais également encouragés à utiliser les montagnes de liquidités créées par les banques centrales pour investir dans le marché des actions, les compagnies privées, l’immobilier ect.. Et ainsi sont devenus les nouveaux propriétaires de la plus grande partie des richesses nationales et globales.
    Ce sont les intérêts particuliers de ces grandes entreprises, de ces richissimes individus qui ont pu/peuvent influencer en leur faveur les décisions des hommes politique/bureaucrates /technocrates via les grands lobbys.
    Et de ce fait, pour ainsi dire, contrôler les états et profiter presque exclusivement des opportunités de s’enrichir plus encore au détriment de tous les autres.

    La croissance basée sur la multiplication des dettes touche à sa fin, elle ne crée plus de richesses, de cash flow suffisants et tout au contraire est devenue une entrave/ étouffe cette croissance.
    On est en peut être train de transiter rapidement vers une nouvelle économie privée et digitalisée.
    Est ce que, les banques centrales feront toutes comme le Japon
    https://www.zerohedge.com/news/2018-02-01/boj-offers-buy-unlimited-debt-boosts-pomo-response-surging-rates
    Racheter toutes les dettes.
    Et si on poussait la dérision, la dérive encore plus loin, pourquoi ne pas, ensuite les effacer/ les digitalisée ?!
    Pour continuer à en créer de nouvelles afin que le seul collatéral de ce système financier, le marché des actions, continue à monter et en cas de baisse soit vite remis à flot.
    Rien ne semble plus devenu impossible.

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