Editorial: après avoir tué Dieu, ils ont tué l’Homme. Notre intelligence rejoint l’intelligence artificielle en s’abaissant, ce n’est pas l’AI qui progresse!

Depuis de nombreux mois je tente, sans aller trop loin dans l’abstraction, de faire toucher du doigt ce que l’on appelle le post-modernisme. L’ascension d’un Macron incitait à creuser cette question: il est un produit du post-modernisme, même si c’est un produit impur, gauche avec des relents de modernisme. Macron est un post moderne, pas tout à fait cuit. Pas fini.

Je le fais parce que je sens bien que la pensée politique et sociale se heurte à des obstacles qu’elle ne parvient plus à franchir. Elle tourne en rond, inefficace même quand elle est juste. Elle n’a plus de prise sur le monde. Elle ne débouche sur aucune praxis satisfaisante. Je dis souvent que nous vivons dans des mondes dominés structuralement par la masturbation, c’est à dire  un monde qui n’a pas d’objet autre  que celui produit par son imaginaire pour se faire plaisir. Ce n’est pas un hasard si comme la drogue, dans nos systèmes la masturbation est promue, encouragée.

Pour saisir ce que je veux dire, interrogez vous sur la situation présente de l’actualité dominée par la construction de l’ennemi et la préparation de la Quatrième Guerre mondiale. La troisième je le rappelle  a été la Guerre Froide. Je pense à  l’actualité dominée par la préparation des esprits  non seulement à la guerre psychologique mais aussi à la Quatrième Guerre mondiale, tiède et de plus en plus chaude. Guerre   qui commencera   peut-être au Moyen Orient ou en Asie Centrale.

On sait que tout est truqué, que tout est faux, on le démontre, on le prouve, on l’étaie comme par exemple  dans le cas de ce qui se passe dans la Gouthal en Syrie, ou dans le cas de l’empoisonnement de Skripal, mais pourtant rien n’y fait . La vérité ne trouve plus son chemin.   Elle ne parvient plus à émerger puis à s’imposer. Elle ne trouve plus d’ancrage; elle a perdu son poids spécifique. Nous sommes au coeur de la modernité, la perte de poids, la perte du poids. C’est une parole comme une autre, prise dans la concurrence des messages, noyée dans le marché des pseudo informations ou tout se vaut sauf à être martelé/valorisé par la répétition . Le monde du quantifiable bidon.

Les peuples ont beau savoir que tout est bidon, ils ne le savent pas. C’est le règne du double-think, la double pensée: on pense et on ne pense pas, en même temps parce que l’on est sujet clivé, aliéné. Le Bien , le Vrai de Platon ont cessé d’être désirables en soi, en eux même! Une partie de nous est étrangère à nous même , et c’est la partie du vrai, de l’authentique qui nous devient de plus en plus étrangère, autre.

Le rappel du coup honteux des armes de  destruction massives qui a permis d’envahir l’Irak ne sert à rien. Les gens ont presque admis  à la fois qu’il y avait des AMD et qu’il n’y en avait pas.  Le fait prouvé qu’il n’y avait pas d’AMD et qu’il  s’agissait d’une construction minable même pas machiavélique, le fait que ce soit  un mensonge était/est  sans importance. Il n’y a plus de sanction, mais pire plus de mémoire; c’est le monde horizontal sans verticalité, sans mémoire, le monde façon Google, sans profondeur et sans intériorité. C’est notre intelligence qui rejoint l’intelligence artificielle en s’abaissant, ce n’est pas l’AI qui progresse!

A notre époque post- moderne, la vérité est décrétée par le plus fort, même pas par l’opinion publique comme les sondeurs idiots, aux intentions impures  essaient de le faire croire.  La vérité se construit en fonction des besoins, des désirs, des objectifs, des stratégies. En fonction des intérêts, au sens fort comme on dit  les intérêts du capital.  Le principe de non contradiction,  de cohérence, tout cela a cessé de s’appliquer: ce qui marche c’est le mensonge simple, gros, mis en scène à gros traits, et ensuite complété par touches et surtout répété. Répété, répété.

Tout cela n’est possible que par une rupture: la rupture du lien entre le Réel et les signes qui sont censés le représenter. La science linguistique par ses progrès  a fait un tort énorme, c’est l’équivalent de la saloperie de bombe atomique et des découvertes de Einstein. Les gens comme Saussure sont des criminels involontaires. Si vous séparez l’ombre, c’est dire les signes, du corps, du réel, vous entrez dans le monde de Méphisto, le monde du diable, celui de Faust. Alors vous libérer tout. Vous tuez l’humain qui se définit par ses limites, par  la finitude.  Vous entrez dans le sans limite, l’éternel. Le manipulable. Le fait à la main.

La disjonction , bien étudiée par les post modernes est le ressort/outil qui permet tout. Elle autorise les mensonges, les contradictions, le double langage. Le désancrage. Il n’y a plus de production  partir d’une matière première qui est le vrai, il n’y a que de la circulation, circulation de fausse monnaie de l’intelligence. Ceci décrit bien nos sociétés. Il y a là plus qu’une image, il y a correspondance organique, dialectique, il y a isomorphisme: regardez la mondialisation, regardez la fausse monnaie digit, les fausses valeurs imposées par la manipulation du  désir par les  publicitaires . Ils ont produit un nouveau monde et ils produisent un nouvel homme.

Partant de l’espoir que l’humanité ne va pas disparaître dans le futur proche et que les historiens feront plus tard leur travail, je suis sûr qu’ils regarderont la période actuelle comme celle d’un incroyable simulacre, comme celle d’un gigantesque imaginaire collectif, aliéné dans les constructions délirantes des exploiteurs, exploiteurs eux même aussi aliénés que les sujets qu’ils dominent. Car les docteurs, les savants habitent eux aussi l’asile.  Car les bougres croient à leurs constructions! Certains appellent cela l’Empire, d’autre le Système, moi j’appelle cela de divers noms comme la bouteille, le monde névrotique etc . Mais c’est vrai c’est un système, même si ce n’est pas le Système. Et c’est un système  dont les fondements  en son coeur sont : le mensonge, l’ignorance, l’hypocrisie, et maintenant l’hystérie. Et cette affaire du gaz est en elle même une sorte d’apothéose , elle condense tout y compris l’hystérie de la Bande des Quatre , May, Trump, Merkel, Macron qui à partir de suppositions , jamais vérifiées, a priori , ont publié un communiqué hystérique d’où a disparu toute nuance et toute précaution. Et ceci alors que la raison , le bon sens crient haut et fort que c’est impossible, qu’il est impossible à la fois d’affirmer quoi que ce soit sans enquête et impossible que les choses soient ce que l’on prétend qu’elles sont. Nous sommes dans l’absurde, le non sens , l’idiotie.

Mais cela doit faire réfléchir en amont et conduire à s’interroger : comment est ce possible? Par quelle alchimie reussit- on faire à faire prendre, maintenant, aussi facilement les vessies pour des lanternes?

Cette affaire , à ce stade ne mérite même plus d’être  démystifiée de l’intérieur, c’est à dire dans sa logique interne, non elle est une sorte de cas, de cas d’école qui doit inciter à se poser des questions non dans l’analyse du discours dominant qui est imposé, mais dans le processus qui permet de faire qu’il marche, qu’il fonctionne. L’analyse doit être non du côté du locuteur mais du coté du récepteur.

La vérité ici a été promulguée par décret! Et ce n’est possible que parce que notre société est tombée très bas, bien bas; parce qu’elle n’a plus d’esprit critique, parce avoir de l’esprit critique n’est plus une qualité,  parce que s’opposer n’est plus rentable, parce que se soumettre l’est beaucoup plus. Parce que la dignité n’est plus un guide de vie. Parce que notre société  n’a plus de morale, et que tout a été remplacé par l’orthodoxie idéologique, laquelle force à l’alignement.  Il y a jouissance dans l’alignement parce que cela rapporte. On a tué les Valeurs , on a tué Dieu, dis-je mais on a aussi tué l’Homme.

L’une de ses caractéristique de notre époque  est la disparition de la vérité comme principe ordonnateur du discours, des actes et des croyances. Seuls les outils de pensée forgés par l’analyse de la post modernité permettent de comprendre non seulement le succès de la propagande, mais aussi la domination des pouvoirs en place.

Je soutiens que les formations politiques et syndicales ont impuissantes précisément parce qu’elles n’ont pas compris le monde dans lequel nous vivons. Elles dépérissent parce qu’elles sont inutiles et non l’inverse. Ce n’est pas leur déclin qui produit l’inutilité, c’est l’inutilité qui produit le déclin.  Elles sont à côté de la plaque, elles tiennent des discours qui n’embraient pas, elles mènent des actions qui sont autant de flops. Elles moulinent dans des monopoles dérisoires.

Malgré sa combativité, on voit bien tout cela chez Melenchon: l’échec lamentable!  Il n’y a pas comme ils disent, comme si c’était un mot magique, de mobilisation. Et d’incriminer l’individualisme ou le parti pris des médias n’arrange rien car par ces explications/excuses  inefficaces, les gens de chez Melenchon se déconsidèrent et s’isolent. Je ne donne comme exemple que Melenchon et c’est un hommage,  car c’est le seul qui se bat et mérite le respect sous cet angle: c’est un vrai combattant, il ne fait pas semblant. Certes il est aussi efficace que Don Quichotte, mais il ne fait pas semblant simplement  il pédale dans le vide .

La première démarche quand on veut agir c’est de comprendre or, il est clair que le monde actuel n’est pas compris.

Le ressort principal du post modernisme c’est la destruction de la catégorie « vérité ». Elle a disparu , elle est remplacé par le relatif, le relativisme. c’est comme cela mais cela pourrait aussi bien être autrement, tout se vaut. Et n’oubliez pas le ressort de la destruction c’est « parce que vous le valez bien ».

La vérité a été détruite par les penseurs qui prétendaient lutter contre le système de l’exploitation, c’est dire par les post marxistes. Ils ont montré que tout était culturel, relatif , appris , produit par les grandes dominations; le père, le capital, l’écrit, le phallus, l’or, la monnaie etc Je parle des Althusser, Foucault, Derrida,  Goux, Lyotard et autres Lacan qui lui n’était pas post Marxiste. Ils ont poussé leurs analyses tellement loin dans l’abstraction qu’ils en sont arrivé ce que l’on appelle la déconstruction généralisée.  Ils ont démystifié le système ancien sur lequel nous avions construit nos principes, nos modes de vie, nos communautés, nos invariants croyant libérer. Ah  la magie du mot « libération ». Cela ne leur a pas suffit  de produire Staline et Mao! En fait cette déconstruction traçait le chemin d’une libération puisqu’elle permettait de mettre en question ce que l’on présentait comme tombé du ciel. Mais ce chemin avait plusieurs embranchements. Il avait un embranchement bottom up,  par l’assimilation culturelle en bas, au niveau des sujets produisant leur propre vie et un embranchement top down, par la récupération publicitaire par le haut, par les dominants et leurs élites pourries, traîtres , harkis.

La libération progressive, vécue, authentique que l’on aurait pu espérer n’a pas eu lieu, elle s’est transformée en mode, en mots d’ordres mal assimilés, en injonctions publicitaires , bref tout a été détourné et nos philosophes qui croyaient libérer l’homme, comme les marxistes « hard » d’avant le communisme réel, nos philosophes marxistes « soft » ont en pratique donné à ce qu’ils appellent la bourgeoisie les moyens de renforcer , d’incruster la domination dans les esprits. Ils ont permis à la bourgeoisie de fabriquer un peuple , un monde à leur convenance, noyé dans le relatif, sans référence au vrai, sans défense vis a vis des plus forts. La philosophie classique avait tué Dieu, les philosophes post modernes ont tué l’Homme et ils l’ont laissé sans défense, sans recours  aucun car sans principe directeur de l’action face aux exploiteurs et face à leurs complices.

Complices qu’ils sont eux même devenus.

 

 

 

 

9 réflexions sur “Editorial: après avoir tué Dieu, ils ont tué l’Homme. Notre intelligence rejoint l’intelligence artificielle en s’abaissant, ce n’est pas l’AI qui progresse!

  1. Le combat pour le vrai, le bien et le beau pour être efficace doit s’inverser en un engagement contre le faux, le mal et le laid.
    C’est la condition de la bonne santé mentale.
    Exemple: le combat contre la malfaisance bancaire c’est un engagement pour un Glass Steagall pur et dur.

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  2. Cher Monsieur Bertez, je ne suis que trop souvent, hélas, d’accord avec l’essentiel de vos constats. Je m’insurge toutefois quant au traitement que vous réservez à la linguistique ; celle-ci aurait dû être la discipline subversive et émancipatrice par excellence, si son objet, au lieu d’être la langue, structure déshumanisée comme chez Saussure, s’était centré sur le discours et l’énonciation, dans la continuité de Benveniste. Le discours comme activité humaine utilise les mots pour véhiculer une intention (Austin : quand dire c’est faire). Les mots réfèrent à des contenus qui n’offrent aucune garantie de réel ; ce qui relie indissolublement le discours au réel, ce ne sont pas les faits auxquels ils réfèrent, mais l’intention de l’énonciateur qui utilise, de façon plus ou moins sophistiquée, des marqueurs linguistiques et extra linguistiques pour agir sur le destinataire. L’utilisation voilée de ces marqueurs appartient au champ de la communication, en vogue au détriment de la linguistique qui aurait dû se donner pour étude de dévoiler ceux qui relevaient de son domaine, et de fournir une didactique pour un apprentissage émancipateur de la langue et de la pensée dont elle est consubstantielle.
    Il est, par contre, une autre discipline qui, en se parant du masque des mathématiques pour usurper la dénomination de science, a colonisé les imaginaires au point de détruire tout autre mode d’appréhension du réel…

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    1. Vous savez pour me lire régulièrement , ce que je crois que vous faites, que je pense la même chose que vous. Je ne cesse de rappeler comme vous le faites l’importance de l’énonciateur, de ses intentions, de son désir comme élement essentiel du sens. Cela rejoint mon insistance sur la verticalité opposée à l’horizontalité Google.

      Un texte est malheureusement ou heureusement un raccourci, une simplification. Comme mon allusion à la linguistique n’était qu’une incidente je ne suis pas entré dans la nuance, c’est le moins que l’on puisse dire.

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  3. Bonjour
    Peut-être, peut-être, que les habitants de la caverne de Platon en arrivent juste au stade où ils vont comprendre que ce qu’ils nommaient réalité, n’est en fait que la danse des ombres sur les parois…..
    Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir un professeur de mathématiques qui nous obligeait à débuter nos devoirs par un paragraphe numéroté 0 et intitulé: les données sont.
    Et très souvent il nous proposait des exercices simples destinés à nous permettre de ne pas confondre la carte et le territoire, la longueur et la mesure de la longueur. Ce n’est pas la panacée, ni même un vaccin contre l’erreur, mais une aide à la lucidité, à exercer chaque jour. De quoi cela me sert-il ? A me sentir un peu seul parfois, mais en bonne compagnie tout de même, en cherchant bien; et après tout, comme le proposait Desproges: « Vivons heureux en attendant la mort!  »
    Cordiales salutations.

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  4. Cette transformation n’est possible que grâce aux vecteurs qui l’accompagnent : les écrans de télé, internet… l’image « virtuelle » que l’on manipule et bientôt, que l’on pourra détourner sans possibilité de détection, grâce aux nouveaux logiciels où l’on pourra mettre dans la bouche de n’importe qui, n’importe quoi.
    Cela me rappelle une réflexion de ma grand-mère, qui me racontait la première fois où sa mère, âgée, a vu la première télévision du village (après guerre). Elle a regardé le présentateur d’un journal télévisé et lui a dit : « arrête de faire l’idiot ! Sors de là, va… »
    Enfant lorsque j’écoutais cette anecdote, je me moquais d »elle et de sa naïveté. En fait, c’était elle qui était lucide, et moi le couillon.

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  5. Vous pesez très bien, une fois n’est pas coutume, les maux et les mots.

    Sauf sur un point particulier :  » C’est notre intelligence qui rejoint l’intelligence artificielle en s’abaissant, ce n’est pas l’AI qui progresse!  »

    L’abrutissement volontaire des masses est un fait de paresse très bien exploitée par les vendeurs d’illusions. Mais de grâce, ne sous-estimez pas l’évolution exponentielle des Algorithmes Intelligents, déjà capables d’élaborer leur propre langage et sans votre consentement, vous comprenez cela, évidemment, et la quantique fait exploser la loi Moore.

    J’entends quelques voix s’élever contre les Gafa, les mêmes qui nous disait, mais non, mais non il n’y a pas de problème, il y a plus de 20 ans ! . Et une fois de plus, c’est la démission des États qui sont aujourd’hui dans l’incapacité de rétablir le régalien.

    Police et justice sont au service du vice, de la corruption pour les Puissances de l’ombre. Les peuples payent et payeront, et ils seront tenue en vie contre leurs pleins grés dans un premier temps puis supprimé dans un deuxième, ils le valent bien… puis plus rien une fois dépossédés.

    Les solutions existent, mais personne n’en veut. Et c’est plus simple d’appuyer sur le bouton, le Macron est suffisamment idiot pour cela…si-si, c’est bien parti pour.

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  6. A propos du sans limite:
    je citerai Régis Debray pour qui il n’est de bonne et saine philosophie qu’au zinc, quand les gars se disent: « il n’y a plus de limites… »

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