Editorial. Italie, sur la pente du plus grand risque. Le président choisit l’humiliation de son peuple.

Italie : sur la pente du plus grand risque

Macron vient de saluer le courage et la responsabilité du Président italien Mattarella

Faut-il du courage pour affronter son peuple et nier le suffrage universel, ce n’est pas tout à fait sûr. En revanche, du courage pour braver les eurocrates pour braver l’Allemagne, là il en faut vraiment. Le courage, ce n’est pas contre les faibles qu’il se manifeste, mais contre les forts. On fait preuve de courage lorsqu’on ose défier ceux qui sont forts, et non pas accabler les plus faibles.

Parlons de la responsabilité. Est-ce être véritablement responsable que d’inciter à la guerre civile et de favoriser la désunion de son peuple. Nous aurions plutôt tendance à dire que c’est un comportement totalement irresponsable. Historiquement, on le regrettera peut-être. Ce qu’a fait Mattarella, c’est jouer avec le feu car nul ne peut prévoir par avance les réactions d’une masse qui ronge son frein depuis de nombreuses années face aux humiliations.

L’Italie ne cesse de régresser, et le pire c’est que c’est de notoriété publique. Cela se lit dans les chiffres, même quand ils sont trafiqués. L’Italie est en régression économique et sociale depuis très longtemps, même avant la crise de 2008. L’austérité imbécile qui lui a été imposée lors de la crise des dettes souveraines était le contraire de la responsabilité. C’était irresponsable au possible. D’ailleurs, les élites du FMI l’ont reconnu et les institutions internationales ont cessé de considérer que l’austérité était un remède aux endettements. Il n’y a que l’Allemagne qui a poursuivi sur cette voie ordo-libérale de l’asphyxie économique de ses partenaires.

Un pays surendetté, comme c’est le cas de l’Italie, doit produire plus pour rembourser plus ; il ne doit pas produire moins pour rembourser plus. La solution économique, humaine, politique, sociale et même géopolitique, c’est de donner aux Italiens la possibilité d’honorer leurs dettes en leur autorisant une croissance supérieure à la moyenne de l’Europe. La politique européenne et singulièrement la politique allemande n’ont qu’un objectif et qu’un résultat, faire stagner l’Italie, l’empêcher de retrouver une croissance normale.

Les exigences de Bruxelles et des Allemands empêchent tout redressement. Les salaires distribués sont bien trop faibles pour soutenir la croissance. Le crédit complémentaire ne peut être produit car les banques sont en situation bilancielle authentiquement catastrophique. Mais l’Europe veut que l’on étende au maximum un système zombie, un système extend and pretend. L’Italie est maintenue même pas sous respiration artificielle, mais sous atmosphère débilitante pour l’exemple.

Car le fond du problème est là, de la même manière qu’on a sacrifié la Grèce pour l’exemple, on veut sacrifier l’Italie pour un exemple bien plus fort : il s’agit de mettre au pas ces Français braillards, ces Français qui n’ont aucune parole et qui sont incapables de la moindre discipline. Car, ne vous y trompez pas, le traitement qui est infligé à l’Italie est une sorte de coup de bande de billard. Il s’agit d’assommer le peuple français qui, de temps à autre, a des velléités électorales non conformes et qui se permet encore de descendre dans les rues. Macron ne s’y est pas trompé et ce n’est guère à son honneur ; lui qui a choisi d’être le porte-parole des Allemands dans l’espoir d’un petite récompense : il s’est solidarisé de Mattarella, il a dénoncé avec mépris la majorité italienne sortie des urnes.

Macron aurait été grandi s’il avait adopté une position de compromis et tenté de développer une position nuancée, une position de compromis avec une certaine empathie à l’égard du peuple italien.

Le résultat de toute cette gabegie honteuse, c’est la mobilisation populaire avec les risques de dérapage. Dès aujourd’hui le leader du mouvement 5 étoiles, Luigi di Maio s’est adressé à la nation italienne, lui demandant de se mobiliser contre l’institution que représente le Président Mattarella.

Certes, Mattarella a le pouvoir de faire ce qu’il a fait, mais ce que l’on dit très rarement, c’est que ce pouvoir n’a jamais été exercé dans ces circonstances. Ce pouvoir était essentiellement théorique et destiné à pouvoir faire face à une crise très grave qui mettait en danger l’unité du pays. Ici, c’est le Président lui-même qui casse le pays, qui brise son unité et qui monte les Italiens les uns contre les autres. Mattarella utilise les droits qui lui ont été donnés pour sauver le peuple en les retournant contre le peuple. Rien d’étonnant si, d’ores et déjà, beaucoup dans la rue réclament sa destitution. Qui sème le vent récolte la tempête.

Donc Luigi di Maio a appelé les citoyens à se mobiliser contre l’institution. C’est extrêmement grave car outre la crise politique et sociale, ce qui devient possible, c’est la crise constitutionnelle. La nomination au gouvernement transitoire d’un apparatchik du FMI ne peut être considérée que comme une provocation. C’est plus qu’une maladresse compte tenu de l’image du FMI, compte tenu de la haine qu’il suscite et de son palmarès enregistré auprès de pays en développement. Cette nomination est symboliquement une humiliation.

« Nous ne pouvons rester là sans rien faire, nous devons réagir immédiatement et fermement. Aujourd’hui nous ferons flotter le drapeau italien sur les fenêtres et nous vous demandons de faire de même. Nous revendiquons la fierté d’être italiens »… « Il y a des tonnes de mensonges qui sont déversés, je l’ai dit tout au long de la campagne électorale, nous ne voulons pas faire sécession de l’euro. Savona ne veut pas nous faire sortir de l’euro,  ce qu’il veut, c’est que les intérêts de l’Italie soient pris en compte au Quartier Général de l’Europe ».

Di Maio appelle les Italiens à une grande démonstration à Rome à la date du 2 juin. Dramatisant, il a ajouté « hier était le jour le plus sombre de la démocratie en Italie ».

« Nous allons aller aux urnes le plus tôt possible. Nous sommes convaincus qu’il faut entamer la procédure de destitution. Mattarella a décidé de livrer le pays à un technicien ; c’est un acte ignoble qui n’aurait jamais dû être autorisé. Les conseillers de Mattarella doivent être produits devant les Tribunaux. Ces gens ne sont pas les garants impartiaux de nos institutions démocratiques, ils ne peuvent plus nous représenter ».

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8 réflexions sur “Editorial. Italie, sur la pente du plus grand risque. Le président choisit l’humiliation de son peuple.

  1. On observera avec intérêt les manifs italiennes du 02 juin car un sursaut du peuple italien pourrait influencer le peuple français qui n’est, lui, qu’un peuple de suiveurs grognards trop faciles a manoeuvrer (pardon de le dire). Toutefois, à considérer l’état des finances italiennes et la pauvreté qui lamine le pays, le 02 juin en Italie risque de ressembler au chant du cygne…

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  2. L’UE ressemble de plus en plus à la défunte URSS : dès qu’un pays frère veut prendre un peu de champ, le « grand frère » se racle la gorge, tonne et gronde, et donne un tour de vis pour maintenir le satellite turbulant dans le bloc.

    En 1968 Brejnev avait remis dans le « droit » chemin la Tchécoslovaquie, aujourd »hui c’est Merkel qui rappelle à l’ordre le petit frère italien.
    Et le Guy Kapana de notre époque (cad Macron) aboie et applaudit à ce viol de la souveraineté d’un peuple…

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    1. Oui les élites ont beaucoup appris de l’URSS et en particulier dans les domaines du viol des consentements, dans le maniement de la propagande mais ils ont transposé l’usage de la force, ils utilisent les armes de la modernité c’est dire la violence « soft ».

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  3. de nouvelle élection…
    avec un blitz médiatique qui va jouer sur les peurs de la dette,de l’épargne et la sortie de l’Euro.
    pas sur que la Ligue/M5S regagne.

    Macron a bien réussi à gagner chez nous!

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  4. Juncker l’a dit : « il n’y a pas de choix démocratique possible contre les traités européens », ce qui signifie que la construction européenne dépasse la question démocratique. On peut voir ça de plusieurs manières : notamment se dire que la construction européenne est un objectif tellement essentiel, voire vital, qu’il faut dépasser les choix des peuples, ce qui revient à la définition stricte de la République, c-a-d le gouvernement de tous par plusieurs (quelques-uns). En ce sens l’UE est plus une république qu’une démocratie, sauf qu’elle n’a pas de peuple défini mais qu’elle tente d’en créer un. En ce sens Juncker a parfaitement compris la nature de la construction européenne et la mentalité qui règne dans ses couloirs de Bruxelles et Strasbourg. Les USA n’ont été unifiés qu’après la guerre de sécession; en Europe, un combat similaire se joue entre les peuples et les élites dont l’objet est la construction et l’affermissement de cette superstructure, ce super état, ce « superstate ». Ainsi, évoquer la démocratie, être partisan de la démocratie, c-a-d un gouvernement par le peuple et pour le peuple, c’est se positionner ipso facto contre la construction européenne. Ainsi les Italiens invoquent la démocratie tandis que les élites et l’UE entendent par-là construire une république. Le « We The People » américain ne trouve pas son équivalent en Europe.

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    1. Le problème est que la construction de cette « superstructure » se fait au bénéfice de quelques-uns, l’ Allemagne en particulier, et au détriment de beaucoup d’autres, les pays de l’ Europe du sud notamment. Et la France dans tout cela ? Elle suit, marchant dans les pas de l’ Allemagne… enfin elle tente…

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