Billet, comprendre cette phrase: les marchés vont se charger de mettre les populistes au pas. Un texte indispensable pour comprendre

A lire par les Mélenchon, Hamon, Marine, Asselineau et Cheminade… et tous les rebellocrates.
Un officiel de la nomenklatura Bruxelloise, le Commissaire Oettinger  a déclaré que les marchés allaient se charger de mettre les populistes au pas.
Cette déclaration maladroite politiquement parlant traduit une vérité: les élites comptent sur les marchés plus que sur elles-mêmes pour mettre les épaules à terre aux insurgés. Le Commissaire s’est excusé par  la suite, mais on peut s’interroger : s’est-il excusé auprès de ses pairs pour sa maladresse révélatrice ou s’est-il excusé vis à vis du peuple italien?
Les marchés mettent au pas tous les récalcitrants, ils imposent leur loi; c’est précisément la raison fondamentale pour laquelle tout, absolument tout, a été mis sur les marchés depuis le début  des années 70, c’est à dire depuis la révolution néo/ultra libérale.
Mais attention, les marchés ne tombent pas du ciel, ils sont concrets, matériels, et ne sont jamais que le résultat de l’activité des hommes. Les marchés n’existent pas, ce sont des abstractions réifiées, ce qui existe c’est l’activité des hommes, l’activité des intervenants, activité des ingénieurs techniciens, activité des structures, activités des idéologues qui mettent au point les théories et l’activité des grands prêtres et de leurs fidèles.
Les marchés sont une structure humaine, de nature idéologique, historique,  mise en  place, mise en ordre et mise au service d’un certain ordre. Quand on dit que les marchés veulent ceci ou cela, posez-vous toujours la question: mais derrière les marchés, qui veut ceci, ceci cela, quelle catégorie sociale est derrière cette volonté. La pensée critique , y compris celle de quelqu’un qui est partisan du libéralisme traditionnel comme moi, doit démystifier les marchés et montrer en quoi les marches actuels sont des instruments truqués, biaisés, asymétrisés, afin de servir certains intérêts au détriment d’autres. Et comme vous vous en doutez, la fonction financière joue un rôle déterminant dans le biaisage/baisage.
Ainsi, grâce à la fonction financière, les élites ont payé les progrès et les avancées sociales des 30 dernières années en monnaie de singe, à crédit, et maintenant, elles se servent  de la crise de surendettement, la crise de l’excès de dettes, pour tenter de reprendre ce qu’elles ont distribué du temps où le rapport de forces sociales était en faveur des masses. N’est-ce pas clair avec la SNCF, avec les retraites en général, avec les dépenses de santé? Ah, les braves gens!
Le lien entre les marchés et la discipline, la fonction de limitation des marchés, les marchés imposent la loi de la rareté  aux plus faibles
La mise sur le marché de tous les paramètres et de tous les éléments du système a été conçue idéologiquement comme outil, comme moyen de mettre tout le monde en concurrence et de favoriser l’émergence de ce que l’on peut appeler le « moins disant ». C’est évidemment très clair pour le marché du travail. Mais réfléchissez, cela s’applique à beaucoup d’autres paramètres, comme les matières premières, comme les compétences, etc.
Il faudrait étudier le rôle politique et géopolitique des marchés dans la mise aux normes, dans la mise au pas des masses et de leurs prétentions. Il faudrait étudier la fonction de transfert de richesses opérée par les marchés depuis la crise de 2008. Cela n’a pas été fait. Les marchés ont détruit la valeur de la force de travail excédentaire, laminé les revenus, mais ils n’ont pas osé détruire la valeur du capital excessif, fictif, inadapté. Le capital fictif, inadapté, qui est enraciné dans un ordre social inique a lui été largement protégé et préservé par la création monétaire. La fonction des printings a été de solidifier les monopoles du capital, ces monopoles fussent-ils socialement dépassés.
La révolution néo/ultra-libérale qui, à la limite est devenue hyper-libérale, n’est pas libérale, elle est tout le contraire, car elle laisse hors du champ du marché les élites, les classes politiques, leurs hauts fonctionnaires, les institutions internationales qui défendent les valeurs de l’élite et bien sûr les théories qui crédibilisent leurs actions. On a créé un monde dissymétrique, un monde, comme nous le disons souvent, dans lequel les uns sont en bas dans l’arène, comme les gladiateurs du cirque, et s’affrontent à mort et les autres sont en haut, sur les gradins, à se goberger, à ripailler, à se vautrer dans le luxe, le stupre et la fornication.
Il y d’un côté des gens en lutte à mort entre eux, c’est le peuple et, de l’autre, un monopole, un cartel qui flirte avec l’association de malfaiteurs, qui vit et prospère sur une entente, un monopole, un pacte de non agression partiel; le pacte de non agression n’est que partiel car il s’applique à l’exploitation des ceux qui sont en bas, mais s’agissant ensuite de  la répartition du butin, les élites bien sûr s’entre-déchirent. Ainsi les élites européennes se déchirent pour savoir qui va profiter le plus et le mieux de l’exploitation des salariés européens, les élites européennes s’affrontent avec les élites américaines pour le même motif  etc. La solidarité est systémique entre les élites pour baiser les peuples, mais au-delà, cette solidarité disparaît lors du partage des prébendes, des pillages et des produits de l’exploitation. Il y a en bas une masse taillable à merci et en haut une classe solidaire mais non homogène qui vit de ce qui est prélevé. Et l’instrument qui permet de tailler à merci et de mettre à la raison les rebelles, les insurgés, eh bien, c’est le faux marché. Le marché asymétrique, le marché partiel.
Retenez bien, nous ne sommes pas en économie de marché, en économie de liberté et de confrontation; non  nous sommes dans un système inique, tordu, biaisé, dirigé dont la finalité est celle de laminer les passes et de les maintenir en état de dépendance. Il faut s’assurer de ce que les masses et classes moyennes ne deviennent jamais supérieures. Macron, ne vous y trompez pas, n’est absolument pas un libéral, il est au service de cette dissymétrie hiérarchisée que nous cherchons dans ce texte à vous faire toucher du doigt.
Après avoir triché en inflatant les dettes, les élites trichent en inflatant les monnaies qui servent à valider les dettes actuelles et à leur maintenir leur statut de capital, c’est à dire le droit de prélever. En fait, elles trichent toujours, mais autrement.
C’est une des erreurs des gauches que de vouloir toujours inflater les monnaies et les dettes; c’est l’une de leurs erreurs que de vouloir toujours plus à crédit, car le crédit, les dettes ne libèrent pas, elles enchaînent, et vouloir inflater toujours plus équivaut à toujours vouloir s’enchaîner plus. C’est l’une des erreurs des Italiens en ce moment; ils n’osent pas dire clairement que leur programme n’a de sens et de cohérence que s’il osent détruire une masse considérable de capital et donc d’épargne. Leur programme cherche à maintenir des capacités d’endettement, que ce soit dans le cadre de la monnaie des élites, l’euro, ou que ce soit dans le cadre de la monnaie des serfs, le bot-quelque chose. En passant, mais nous lui réglerons son compte un autre jour, le programme DIEM25 de Varoufakis (et de Hamon) pêche exactement par la même absence de radicalité. Seule la radicalité, au stade où nous en sommes, permet de dépasser les contradictions systémiques au profit des masses et des classes moyennes.  Varoufakis en fait prétend gérer les crises du capitalisme en faisant un cocktail moderne: une pincée de Marx, une pincée de Keynes  et une goutte de Minsky.
Nous sommes à un nœud du système où ceci apparaît enfin clairement puisqu’un membre de l’élite ose révéler cyniquement et bêtement ce que nous expliquons, la fonction de carcan des marchés. Carcan, c’est évident à condition de bien avoir présent à l’esprit que le carcan a une fonction non seulement de limite, mais également une fonction disciplinaire: il punit, il fait mal, il torture et à la limite, il humilie. Repensez à ce qui est arrivé à notre triste Tsipras.
Peut-être un leader politique ou social daignerat-il un jour enfin réfléchir et voir dans quelle impasse se sont enfoncées les gauches et les droites conservatrices. Les gauches en voulant toujours plus de dettes et d’inflation et les droites en voulant toujours plus de faux marché de pseudo-liberté alors qu’en réalité ces faux marchés ne font que perpétuer les dominations.
Nous sommes dans un système spécial, jamais vu de capitalisme monopolistique d’état et de banque centrale réunis et ce système est adapté à sa fonction; une fonction de domination, une fonction d’extraction, un fonction de division.
Une fonction de reproduction, de restauration et d’élargissement de la profitabilité au service d’un capital de moins en moins légitime.

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9 réflexions sur “Billet, comprendre cette phrase: les marchés vont se charger de mettre les populistes au pas. Un texte indispensable pour comprendre

  1. Ces moments où le système se dévoile dans sa vraie nature, fut-ce par la  » maladresse  » d’un commissaire, sont fascinants.
    Après les expériences islandaise ( à ma connaissance les seuls à avoir eu le courage de sanctionner leurs responsables de banques ), grecque et maintenant italienne, je continue de m’étonner de la veulerie intellectuelle et morale des populistes de tous poils.
    Le système a encore de beaux jours devant lui.

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    1. Mon cher c’est le peuple par excellence qui est lâche, le peuple préfère courber le dos que se battre pour sa liberté, le peuple préfère sa carte de crédit, son mode de vie imposé, sa malbouffe ,ses illusions de se prendre en mains, ils sont cyniques en haut, mais s’ils le sont autant c’est qu’ils savent qu’en bas le peuple ne vaut pas plus qu’eux .

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  2. «  » la monnaie des serfs, le bot-quelque chose »

    ne vouliez-vous pas dire « le bit-quelque chose »?
    Sinon merci pour ce billet passionnant, éclairant… et déprimant car je suis maintenant sûr que, pas plus que les Grecs en leur temps, les Italiens ne vont renverser la table… Ils n’ont pas les outils intellectuels nécessaires.

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    1. « billet passionnant, éclairant », assurément, une description très pédagogique de « ce qui est ».
      Ayant décrit les faits avec justesse on peut les changer. C’est le coté réjouissant de ce texte.
      La notion d' »intention » n’est pas assez développée dans notre société. Si malgré les apparences de bonne volonté on arrive pas à un monde meilleur, c’est que quelque chose n’est pas clair. En tout cas c’est une preuve d’échec. Si « des gens en lutte à mort entre eux » c’est une preuve d’échec assez grande pour en chercher les causes et remettre en question les méthodes et l’équipe aux affaires. Aurons nous la maturité de voir cela ?

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    1. Absolument pas car ce ne sont pas les banques les ultimes responsables de la financialisation, ce sont les Banques Centrales car ce sont ellles qui donnent aux banques et au shadow banking les moyens de faire ce qu’ils font.

      Coupez les robinets des banques centrales, limitez leur possibilité de créer de la monnaie et le système redeviendra sain et orthodoxe. le credit sera contenu, les deficits aussi et les ressources seront correctement allouées.

      C’est la création de monnaie non disciplinée qui solvabilise toutes les pratiques perverses et le maintien en vie des zombies et du capital fictif.

      Le mal est à la tête, ou au coeur du système, c’est la disparition de la discipline monétaire.

      Parallèlement il serait nécessaire de modifier le système monétaire international afin que la création liquidités internationales ne soit pas un sous produit des déficits américains.

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