Billet. Draghi , je suis Rital et je le reste …

Le pilotage de Draghi devient de plus en plus prudent.

Il retarde sans cesse l’échéance de la normalisation tant au point de vue du bilan de la BCE qu’au point de vue des taux. Il est difficile de déterminer si c’est pour aider l’Italie à traverser une passe qui va s’avérer difficile ou si si c’est pour soigner son héritage. Draghi fait une sorte de « window dressing » de son héritage. Disons le tout net, le tableau est un trompe l’oeil.

Il est évident que Draghi veut partir sur une appréciation positive, il veut pouvoir affirmer, j’ai accompli ma mission, j’ai fait face à la crise financière, j’ai sauvé l’euro, j’ai sauvé la construction européenne, j’ai maintenu l’Italie dans l’eurozone.

Le fameux « the job is done ». Hélas , un « the job is done » qui n’a pas plus de consistance que celui de Georges Bush en son temps. L’action monétaire est semblable à l’action des bombardements, elle détruit, elle masque mais en profondeur les problèmes restent ce qu’ils sont, non résolus.

Pour fanfaronner Draghi   a besoin que les coûts de sa politique, coûts qui ne se manifesteront que bien plus tard, il a besoin que les coûts soient reportés le plus loin possible dans le futur, quand il ne sera plus là. Mais les coûts sont là, ils sont enracinés dans la mémoire du bilan du Système des Banques Centrales européennes,  dans le bilan la BCE, dans le bilan du système bancaire et shadow bancaire et, on l’oublie souvent, dans les profondeurs des marchés. Le bilan de la BCE c’est la stature du Commandeur, celle qui un jour désignera l’heure des comptes.

Son ambition qui était de faire converger les économies européennes, d’obtenir des réformes fondamentales et de corriger des comportements  dysfonctionnels pour une zone monétaire , son ambition n’a pu se concrétiser. Tout reste à faire, le temps a été perdu.

Les mesures de Draghi, « son coûte que coûte », ont été dialectiquement mauvaises , elles se sont retournées! En effet elles ont dissuadé de prendre des décisions sérieuses, des decisions qui auraient été plus faciles à prendre en 2012 et 2013 qu’elles ne le sont maintenant. Elles ont retardée les échéances d’assainissement bancaire, elles ont enraciné le mal. Elles ont, par leur caractère inégalitaire cynique, contribué à la montée du populisme et à l’ingérabilité de nos systèmes. Elles ont fait monter les ressentiments entre les peuples, il suffit de voir la haine à l’égard de Merkel qui se manifeste dans les mouvements sociaux.

Les mesures de Draghi sont restées des palliatifs, des béquilles, en attendant des actions fondamentales qui ne sont pas venues. Les réformes Macron qui allaient dans le sens voulu par Draghi ont du plomb dans l’aile; rien ne vient relayer les mesures transitoires, le politique n’a pas suivi.

Draghi lui a donné les moyens de ne pas suivre.

Pire, l’action de Draghi a contribué à la paresse et à l’attentisme: pourquoi se presser de faire des choses douloureuses si la Banque Centrale paie.

 

Draghi est responsable en partie de la dislocation de la majorité politique de Merkel par la destruction des business models des banques, par la spoliation des épargnants et par la constitution d’un problème colossal, les soldes Target 2. Draghi est responsable de la montée du sentiment anti-euro en Allemagne , en particulier chez les élites. Mais Merkel s’est tirée une balle dans le pied elle même avec la politique migratoire imbécile qui écarte d’elle la CSU et fait monter la concurrence d’AfD.

Draghi n’a été un sauveur qu’au prix d’une agravation des déséquilbres, d’un approndissement des fossés qui séparent les pays européens. Draghi n’a fait que masquer les failles, devenues des gouffres,  par des bridges, des ponts monétaires.

En repousssant la normalisation, Draghi évite que cela lui soit imputé, il laisse la partie la plus difficile du travail à son successeur.

Finalement, Draghi est comme la monnaie qu’il croit avoir crée, mais qui n’en est pas une, Draghi est un faussaire.

Son erreur principale, celle qui signe son échec réel sous une réussite de carton pate, c’est de ne pas avoir travaillé, il n’a pas réflechi à la situation spécifique de l’Europe et de sa monnaie , il n’ a pas intégré les problèmes de la construction brinquebalante , il a transposé, il a imité ce qui se faisait aux USA et dans les pays anglo saxons. Il s’est comporté comme un colonisé, comme un vassal intellectuel, transposant un modèle inflationniste  anglo-saxon, un modèle de déficit spending structurel sur un ensemble dominé par l’othodoxie monétaire,  fiscale et mercantiliste! Il est parti en short au pole nord.

Il eut fallu non pas inonder de liquidités pour masquer les problèmes comme il l’a fait, mais les nommer, les mettre au grand jour, puis élaborer un cadre à l’intérieur duquel une action monétaire originale auarait pu s’insérer en complément et la main dans la main avec le politique, le social  et le fiscal.

Draghi a voulu faire comme les élites ont fait pour toute la construction européenne, il a voulu agir en subreptice, en hypocrite, en plaçant les peuples et les responsables de bonne foi, devant le fait accompli. S’il avait  placé son action dans un projet d’ensemble, clair,  cohérent et  susceptible de débats politiques; au moins il aurait obtenu une légitimité.

En attendant,  la baisse de l’euro qu’il a recherchée et qu’il a obtenue, est un bon soutien de la conjoncture européenne, laquelle donne des signes d’affaiblissement convergents.

Triste constat, un constat à l’Italienne: dévaluationniste! Chassez le naturel il revient au galop. « Je suis Rital et je le reste … »

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2 réflexions sur “Billet. Draghi , je suis Rital et je le reste …

  1. vous m’aviez convaincu dans l’éditorial du 12 juin que la BCE allait annoncer un resserrement et des hausses de taux. Il faut croire que les perspectives de hausse des salaires ne sont pas un facteur déterminant.
    Si les marchés ont finalement acté la volonté de la Fed et la fuite en avant de la BCE l’euro pourrait entamer une chute importante.
    Plus étonnante est la chute du Gold ce jour, avec les taux qui se detendent en toile de fond.
    Finalement le Gold pert toujours, si taux baissent l’appétit en actifs augmentent, si ils montent les débiteurs revendent piur faire fasse à leur échéances

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    1. La gestion de la situation se fait à partir d’appréciations personnellles.

      L’économiste Praet est plus pressé de monter les taux et de supprimer les stimulations que Draghi. Il est évident que dans leur logique, celle de l’establishment, il faut stopper les stimulations et ne pas prednre le risque d’un dérapage; mais dans la logique de Draghi il vaut mieux attendre le plus longtemps possible avant de le faire.

      Les objectifs de Draghi sont personnels et politiques.

      Personnels car il veut éviter un choc financier qui detruirait son travail et politiques car il veut protéger l’italie.

      N’oubliez pas son credo répété hier: l’euro est irréversible.

      Quant à l’or vous serez ruiné avant de pouvoirt anticiper correctement les mouvements de son prix.

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