Editorial: le foot c’est une réponse à la crise…

L’actualité c’est le foot; le sens de tout ce que vous voyez et entendez c’est de vous faire oublier la crise, les régressions, les humiliations, les brimades. Le pouvoir est pour le foot, pour sa récuperation et le monde du foot est complice…Ne parlons pas de Bouygues! 

Michel Onfray : « le foot c’est une réponse à la crise, c’est un moyen de créer du collectif.

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Quand en 2009 nous avons annoncé la fin du processus de globalisation, nous avons été précurseur.

Précurseur logique, dialectique: notre jugement n’était qu’intellectuel, fondé sur le constat que les processus de globalisation venaient de trouver leurs limites dans la crise financière.

La globalisation a été fondée, au sens de fondations, par la construction du système BWII, Bretton Woods II.

Ce système, c’est un système hierarchisé au sein duquel les USA ont une position privilégiée: ils  importent des richesse du Reste du Monde, le ROW et échange ils émettent des promesses, des créances, des morceaux de papier qui sont des reconnaissances de dettes. Ils peuvent le faire car leur système est sûr, et rentable, profitable. Dans le BWII, les USA jouent le rôle de créateur de la demande mondiale en échange du droit régalien de piller l’épargne du Reste du Monde, du ROW.

Par construction le système est dissymétrique, impérial et le déficit americain fait partie de la règle du jeu , c’est un déficit vital pour le ROW, le ROW en a besoin. Toute la planète en a besoin, monétairement, financièrement et économiquement: c’est un système, c’est le Système.

Dans le système BWII, tout tourne bien tant que les USA importent les richesses réelles et que les créanciers accumulent les morceaux de papiers, les assets financiers.

Mais il vient un moment ou la rentabilité des créances, la rentabilité des assets financiers  est insuffisante compte tenu de la masse de fonds qu’il y a  à investir, à employer. Le capital en quête de rentabilité et de performance croît plus vite que la masse de profits, que la masse d’opportunités. La masse de capitaux à recycler devient disproportionnée par rapport  à la rentabilité et au profit qui sont offert . C’est la Loi de l’accumulation du capital: il vient toujours un moment ou il y a trop de capital pour les opportunités de le mettre en valeur, la vitesse d’accumulation du stock de capital est plus grande, toujours plus grande que la vitesse de création des possibilités de mise en valeur. Le capital croit par miracle, en dormant,  les possibilités de mises en valeur croissent dans la sueur, les efforts, les privations  et les larmes. L’un est magique, l’autre est réel.

Alors la machine infernale se met en marche, le débiteur, c’est dire les USA cherche à produire des actifs financiers qui, tout en étant de plus en  plus risqués et moins rentables , donnent l’apparence du contraire. Le débiteur se lance dans la production de véhicules qui semblent sûrs grâce à l’ingénierie financière, des véhicules   qui  offrent des rendements en apparence élevés mais qui sont en fait pourris, subprime.  Bref pour offrir un rendement a ce stock colossal de capitaux en quête d’emplois, on monte dans l’échelle du risque tout en le dissimulant. C’est ainsi que sont apparus les ABS, les MBS, les synthétiques, les montages divers en mezzanines dont la seule logique était transformer l’eau des égouts en eau claire.

Il a fallu produire des actifs car la demande était là, et ces actifs, pour les enfiler aux gogos internationaux on les a habillé, on les a maquillés. On a mis du rouge à lèvres sur les groins des porcs. On a réussi à faire croire que tout était aussi bon que la monnaie, tout était money- like, c’est à dire que l’on pouvait en les revendant récupérer tous ses sous, tout son capital.

Et puis un jour le pot aux roses de l’escroquerie a été découvert et la Fed et le Trésor ont fait ce que nous avons vu, ils  ont créé de la fausse monnaie pour que ceux qui voulaient vendre puissent le faire; la Fed a satisfait au money like, à la liquidité en créant de la monnaie tombée du ciel de la monnaie qui n’en était pas vraiment. Et c’est  ce que l’on fait depuis 2009 et c’est ce que font les banques centrales des vassaux , la BCE, la BOJ, la BOE, la BNS. La Banque Nationale de Chine le fait aussi, mais sous une autre forme.

Tout ceci conjugué est l’expression:

-de la crise puisque ce sont ses remèdes

-de l’état du monde, puisqu’il y a convergence et coopération pour sauver l’ordre mondial

-la dernière manifestation de cet état de fait a été en février 2016 , consensus de Shanghai, reflation concertée

Le sens profond de la crise, de toute crise c’est de dire: ce n’est plus possible, on ne peut aller  plus loin.

En 2008, la crise a signifié que les limites avaient été atteintes; en 2016 l’élection de Trump avec sa volonté de stopper les déficits et de briser la mécanique mondiale du recyclage  a concrétisé l’impossibilité d’aller plus loin. Trump est une forme de l’expression des limites, mais cette fois les limites sont concretes, ce sont les limites de la désindustrialisation américaine, du chômage des ouvriers manufacturiers , de la décadence de certaines régions.

La crise remplace les limites que les hommes dans leur inconscience et prétention ont voulu franchir, forcer.

Depuis les années 60 /70 le système viole les limites, il fonctionne par sur-stimulations et transgressions dont le recours excessif à l’endettement est une facette, l’une des facettes. L’autre aspect, c’est la destruction des tissus industriels, l’érosion de l’épargne, son pillage avec sa conséquence la destruction des classes moyennes. La montée des inégalités fait partie intégrante du système, on ne peut y échapper puisque l’on crée de la monnaie, du crédit et de l’effet de richesse lequel ne peut profiter qu’à ceux qui ont les plus gros patrimoines. l’argent va à l’argent. Pour bénéficier du crédit gratuit, pour rafler toutes les richesses, il faut être riche.

Le monde a déjà connu de phases de globalisation par le passé et elles se caractérisent toujours par :

-des innovations technologiques et scientifiques avec leurs cortèges d’illusions qui prétendent que plus rien ne sera comme avant

-un laxisme monétaire fondé sur l’idée que l’avenir est sans limites, l’homme maîtrise tous les aléas, on peut anticiper la croissance à venir à l’infini, c’est le temps des apprentis sorciers

-le gout du risque, l’enthousiasme qui conduit a un développement exponentiel de la spéculation et du jeu

-une montee des théories fausses qui viennent ratifier l’optimisme puis l’exubérance

Dans ces phases, la coopération globale est la règle car tous les participants profitent de l’enrichissement et le surproduit mondial croit  ce qui met de l’huile dans les rouages sociaux domestiques et dans la mécanique géopolitique. Le butin à se partager est colossal et même si les uns profitent plus que les autres, le niveau des richesses s’élève pour tous. Le niveau des richesses permet la coopération et entretient les illusions sur la concertation, la paix , l’ordre du monde pacifique.

Vient la crise et la question à chaque fois se pose: que faire?

Tenter de continuer sur la lancée de la phase de globalisation/prise de risques/laxisme monétaire/ coopération ou bien retourner en arrière, et résoudre les problèmes, résorber les déséquilibres que l’on a crée? Et la réponse des élites est toujours la même car elles ne veulent rien abandonner de leurs acquis; elles forcent le destin, elles choisissent la fuite en avant, c’est à dire qu’elles font encore plus de tout ce qui a conduit à la crise.

C’est ce qui s’est passé dès 2009/2010. le « kick the can », la fuite en avant.

Hélas, le boulet des problèmes non résolus continue de peser. La fuite en avant est de plus en plus difficile, le rendement des mesures de stimulations artificielles est de plus en plus médiocre. Et vient un moment ou aussi bien sur le plan domestique que sur le plan international, la prise de conscience se fait que la rareté refait surface, que la lutte redevient nécessaire pour préserver sont statut et ses avantages acquis et que finalement la Loi du plus fort doit refaire surface.

Ceci s’est passé des 2014/2015, les consensus domestiques ont vacillé et la coopération internationale s’est volatilisée avec éclatement des « G », ces grand-messes de la coopération,  puis avec la montée du populisme, puis avec le Brexit et la venue aux affaires d’un Président américain kleptocrate certes, mais spontané, imprévisible, imbu de lui même, fragile qui n’a de cesse de briser, de détruire conformément à l’analyse que nous en avons fait dès le premier jour: la mission de Trump est une mission objective de destruction du système, une mission de « tabula rasa », une mission de mise en place … du chaos.

Ce qui s’est passé lors du récent G7 avec Trump qui pisse littéralement sur les vassaux par le biais méprisant d’un tweet est l’aboutissement. Pour ceux qui n’auraient pas pris conscience, l’évidence s’impose, c’est clair et net: les limites sont là, le rouge est mis. C’est la concrétisation expressionniste de ce que nous affirmons; le processus de déglobalisation est en marche

Nous sommes en guerre sociale à l’intérieur et en guerre « tiède » avec compétition stratégique à l’extérieur. Et les forces qui sont à l’oeuvre sont des forces de destruction, pas des forces de conciliation car de la même façon que l’on a cherché la fuite en avant au lieu de retourner en arrière ; on cherche la fuite en avant dans la violence, la force, la menace, les contrôles, pour , coûte que coûte maintenir l’ordre ancien.

On cherche à maintenir l’ordre ancien par la force et la coercition, les sanctions, les punitions, les intimidations aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Pensez aux lois scélérates qui ratifient le monde Orwellien du contrôle des discours et des esprits  en France par exemple.

Nous sommes dans la violence et je précise en passant que le secret de l’adaptation c’est non pas la révolte idiote ou la rébellion verbale , non le secret de l’adaptation c’est la prise de conscience que l’on est en guerre .

Nous sommes en guerre à l’extérieur et en guerre à l’intérieur. C’est en masquant la réalité de cette guerre, en vous baisant sur les simulacres  de consensus que l’on se débrouille pour vous faire perdre  vos capacités à vous défendre.

La stratégie consiste a ne pas déclarer les guerres pour que les ennemis ne soient pas perçus comme tels. Et si vos ennemis ne sont pas perçus comme tels,  alors vous ne pouvez vous défendre, vous acceptez, vous renoncez.

 

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