Succès d’Airbnb et autres : la régression près de chez soi

La régression du pouvoir d’achat produit de nombreuses mutations: mutations dans l’alimentation avec le développement des repas bon marché, à petits prix; mutations dans les transports avec l’auto-exploitation des travailleurs de Uber, mutations dans les hébergements avec les succès d’Airbnb. On commence à voir des phénomènes comparables dans les services de santé.

La restriction des dépenses conduit à tout.

Ce mouvement qui a touché les hébergements et les transports touche aussi l’alimentation hors du domicile, la restauration. On note aussi une prolifération de services commerciaux de revente, de seconde main dans de nombreux secteurs. On pourrait multiplier les exemples, mais l’idée est claire.

Ce qui passe pour un progrès parce qu’utilisant la technologie et les plate-formes, ce qui passe pour un progrès est une régression dans son fondement. Le clinquant imbécile de la technologie masque l’appauvrissement et la destruction.

Régression parce que les compétences disparaissent, on se contente de peu dans ces nouvelles voies. Les diligences, les règles, les contraintes légales, sociales, fiscales, les normes de sécurité   ne sont pas respectées et c’est d’ailleurs ce qui attire les promoteurs de ces formes d’activité. La possibilité d’échapper à un cadre lourd, contraignant, coûteux suscite l’offre de services.

Régression parce que les « salariés » rechutent bien souvent dans la jungle de la non protection et de l’auto-exploitation avec des horaires étendus et des revenus inférieurs  au SMIC. En grande partie ces innovations sont des moyens quasi légaux d’échapper au coût du travail réglementé, aux charges.

La caractéristique de  ces innovations est presque toujours le court-circuit, la de-professionnalisation et la destruction des fonds de commerce anciens. Cette caractéristique permet des tarifs réduits dans de nombreux secteurs d’activité au prix d’une paupérisation souvent radicale de ceux qui exercent leur activité dans le cadre ancien; on l’a vu dans le domaine des taxis, de l’hôtellerie et l’artisanat.

Ce que nous voulons faire comprendre, c’est que le développement de ces formes dites modernes est en réalité ambivalent, il y a du bon, du moins bon et du mauvais.

La de-professionnalisation a ses inconvénients même si ils ne se manifestent que sur le long terme. Ainsi la concurrence déloyale qui sévit dans l’hébergement empêche la revalorisation des salaires des personnels régulièrement employés et elle incite au travail noir. Elle pousse/oblige  à la réduction des investissements . Elle recrée un sous prolétariat que l’on peut croiser le matin dans les rues des grandes villes , sous prolétariat que l’on voit déambuler  avec des sacs de draps bien trop lourds et de produits d’entretien  pour aller faire le ménage dans les Airbnb!

L’une des conséquences de ces soit disant progrès chéris par les Macron du monde ultra libéral, c’est le bouleversement de l’équilibre des secteurs traditionnels. Le bouleversement le plus visible c’est la raréfaction de l’offre locative permanente et la flambée des loyers. Il y a des phénomènes d’éviction qui se développent à grande vitesse.

Face au formidable succès d’Airbnb, des métropoles européennes comme Paris, Amsterdam, Berlin ou Barcelone organisent la riposte pour éviter une flambée des loyers ou des prix, mais aussi une raréfaction de l’offre de logements.

L’économie dite collaborative n’est pas si collaborative que cela, c’est une économie dans laquelle les « salariés  » sont sur-exploités beaucoup plus durement que les salariés officiels. L’économie dite collaborative est promue et  gérée par des requins encore plus avides que les capitalistes traditionnels.

Le patron de l’une des 10 plus grandes entreprises  du monde global, genre Unilever ou Procter,  avait envoyé son fils travailler chez  Deliveroo pour lui apprendre à se débrouiller seul, au bout d’un mois il a retiré son fils de chez Deliveroo pour conditions de travail inhumaines et il a donné ordre à toutes les societés de son groupe, un groupe colossal, de cesser toute relation avec le livreur!

Le modernisme montre quelquefois son vrai visage, et c’est celui hideux du retour du vieux, de l’ancien. C’est pour cela que les élites et les kleptos l’adorent.

C’est le 11 août 2008 qu’était lancé le site internet Airbed & Breakfast;  dix ans plus tard, la société avare en informations financières, vaudrait 31 milliards de dollars, selon une estimation réalisée à l’occasion d’une levée de fonds au printemps 2017.

Passée à une vitesse phénoménale du statut de start-up à celui de géant de l’économie collaborative, au même titre qu’Uber par exemple, AirBnB propose près de 5 millions de logements, dans 81.000 villes et près de 200 pays.

La société aurait  su capter « une demande montante, touristique et professionnelle, pour un hébergement plus libre et spacieux au coeur des grandes villes » disent les propagandistes.

Mais pour l’hôtellerie notamment, le succès d’une activité de location en ligne non soumise aux mêmes contraintes légales, sociales, sécuritaires et fiscales constitue une concurrence déloyale avec un colossal  manque à gagner.

Paris, premier marché mondial d’Airbnb

Et du côté des municipalités, « de nombreuses inquiétudes » sont nées, car ces locations alimentent la hausse des prix et des loyers, note l’Apur, amenant nombre de métropoles européennes -mais aussi New York ou Tokyo- à réglementer de plus en plus cette activité.

Ainsi Paris, premier marché mondial d’Airbnb avec quelque 60.000 logements à louer, l’a-t-il assigné en justice, ainsi que son concurrent Wimdu. Et un encadrement renforcé -sanctions accrues contre les propriétaires dans l’illégalité, premières amendes pour les plateformes- a été voté au parlement français en juin.

En Espagne, les villes font preuve d’ingéniosité – limitation aux rez-de-chaussée, entrée indépendante exigée – pour contenir ces locations, tandis que Palma de Majorque s’apprête à les interdire purement et simplement, après les avoir vu bondir de 40% entre 2013 et 2017.

A Madrid, où 9.000 appartements seraient loués à des fins touristiques dont 2.000 sans licence, la municipalité de gauche radicale s’est fixé pour objectif, d’ici fin 2018, d’en sortir 95% du cadre d’une offre locative légale.

Barcelone les habitants sont en pointe du combat 

Et à Barcelone, où les habitants protestent face aux tapages nocturnes de fêtards de passage, plus aucune licence ne sera attribuée à des appartements isolés dans le centre historique.

Aux Pays-Bas, Amsterdam a signé un accord « unique en Europe » en décembre 2016 avec Airbnb, rendant impossible la location d’un appartement pendant plus de 60 jours par an.

En Allemagne, Berlin, dont les prix immobiliers ont fortement grimpé ces dernières années, avait adopté en mai 2016 une politique particulièrement stricte: seule la location d’une pièce de son appartement est autorisée, sous peine d’une amende de 100.000 euros. Mais la ville l’a assouplie depuis le 1er mai.

Le 15 juin dernier, des responsables de cinq municipalités, Lisbonne, Madrid, Barcelone, Amsterdam et Paris – bien qu’absent, Berlin y est associé – se sont réunis pour la première fois, pour « faire état de l’ampleur du phénomène et comparer (leurs) politiques publiques » dit à l’AFP Ian Brossat, adjoint au Logement (PCF) de la maire de Paris Anne Hidalgo.

Et 12 municipalités européennes se réuniront le 5 juillet à Bruxelles avant de rencontrer, à l’automne, la commissaire européenne au marché intérieur Elzbieta Bienkowska.

« Nous sommes confrontés au double langage de la plateforme qui d’un côté joue les bons élèves et dit qu’elle va respecter la loi, et de l’autre, mène un lobbying intense à Bruxelles », explique M. Brossat.

Les plateformes de location touristiques ont déposé des plaintes auprès de la Commission européenne pour contester les législations nationales de la France, l’Espagne, la Belgique et l’Allemagne, mais celle-ci ne prévoit pas pour l’instant, d’ouvrir de procédure d’infraction envers l’un de ces pays.

 

En prime un article de BB  publié dans la presse

« Le développement de ce que l’on appelle l’économie du partage est lié à l’appauvrissement relative de nos sociétés.

Les uns ont un revenu insuffisant et ils ont besoin de le compléter, les autres ont un pouvoir d’achat qui ne permet pas de satisfaire leurs besoins, donc ils cherchent à dépenser moins d’argent et s’orientent vers des prestations dites « économiques ».

 

Le AirB&B, le système Uber, les systèmes Deliveroo s’analysent tous de la même façon, c’est-à-dire que l’on prend une activité qui était auparavant de type pleinement professionnel et qu’on en descend le statut à celui de petit boulot, travail complémentaire ou ressource complémentaire.

Les AirB&B ne fait pas exception puisque d’un côté, celui qui dispose d’un logement excédentaire le met en location pour compléter ses revenus et, de l’autre, celui qui veut voyager, mais n’en a pas totalement les moyens, utilise cette prestation directe.

 

Vu sous ces deux aspects, il y a évidemment du positif et du négatif.

 

Le positif d’abord, c’est l’augmentation des revenus et la possibilité de satisfaire plus de besoins, ce qui est évidemment un progrès. Les marchés s’élargissent. L’offre de biens et services est augmentée tandis que la demande aussi est augmentée grâce à des consommateurs qui autrement n’auraient pas accès à ces prestations.

L’activité, par conséquent, évolue favorablement par les retombées que tout cela peut entraîner. S’agissant du AirB&B par exemple, services annexes de transports, restauration, bistrots, visites touristiques, etc.

Pour résumer, l’avantage consiste en ceci que l’on élargit des marchés en descendant en gamme, en touchant des clientèles de niveaux plus bas.

 

Les inconvénients sont symétriques des avantages.

 

Les prestations ne donnent pas la garantie des professionnels. Les abus sont multiples et ne sont pas contrôlés. Certains abus vont même jusqu’à l’escroquerie dans les prestations et dans leur commercialisation.

Le circuit court et la déprofessionnalisation équivalent très souvent à des tricheries que ce soit des tricheries sur la qualité de l’offre, des tricheries vis-à-vis du fisc, des tricheries vis-à-vis de la règlementation sur l’occupation des locaux, des tricheries sur les emplois.

En effet, il est peu probable que s’agissant du AirB&B, les personnes que l’on voit passer le matin dans les rues du quartier avec des sacs de draps et des flacons de produits d’entretien soient déclarés.

Cette économie du partage est en réalité bien souvent sinon une économie souterraine, du moins une économie partiellement clandestine.

 

Les conséquences pour les professionnels hôteliers sont positives et négatives.

 

Les prestations bon marché élargissent la clientèle potentielle et beaucoup de gens qui commencent par un AirB&B finissent à l’hôtel, et puis pourquoi se plaindre d’une animation touristique et professionnelle supplémentaire.

 

Parmi les inconvénients, il y a l’hygiène. Les hôtels sont soumis à des normes d’hygiène, d’entretien et de maintenance extrêmement serrées.

Ces normes ne sont pas respectées dans les logements de type AirB&B. Ces logements favorisent la diffusion, par exemple, des punaises de lit. Les hôteliers ont des abonnements pour traiter régulièrement tous ces problèmes et ils subissent malheureusement dans certains cas des transferts.

C’est la même chose s’agissant du personnel. Beaucoup de gens qui voudraient travailler, faire des ménages, préfèrent le faire au noir car, ainsi, leurs prestations sont maintenues. Ceci restreint le pool de main d’œuvre et on sait qu’il y a pénurie dans l’hôtellerie.

 

Enfin, dernier point important parmi beaucoup d’autres. La commercialisation de ce type de locations est en partie scandaleuse.

Les portails hôteliers utilisent le fonds de commerce et l’attrait que constituent les hôtels pour attirer sur leurs services et ainsi détourner la clientèle hôtelière en offrant des prix comparatifs apparemment plus attrayants.

Les portails attirent sur un produit qui est l’hôtellerie et ensuite détournent le client qu’elles ont attirés vers des offres apparemment plus avantageuses.

 

Finalement, tout cela se régularisera de soi-même par la concurrence, la réglementation et la transparence, mais cela demandera du temps. »

 

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