Billet. Macron nomme, Macron à Versailles

Le président français Emmanuel Macron a estimé lundi que la « véritable frontière en Europe » était celle séparant « progressistes » et « nationalistes » et que leur affrontement serait « au coeur » des élections européennes de 2019.

Ne vous laissez pas piéger par les contenus de Macron ils n’ont que valeur d’ambiance et de brouillage,  ne vous intéressez qu’à sa démarche. Macron n’agit pas il brasse, il gesticule. Macron nomme, il colle des étiquettes. La performance Macronnienne consiste à envahir l’espace médiatique.

Macron ne réforme peut être rien sur le plan économique, mais il réforme la pensée politique et la conception de la démocratie. Il se laisse aller à une terrible dérive qui consiste non pas à accepter le peuple et sa souveraineté mais à le refuser d’une part et lui nier souveraineté d’autre part. Macron exclut.

Macron depuis le début n’agit que sur les perceptions. C’est non pas un homme, un père c’est à dire quelqu’un qui se coltine le monde, non c’est un fils, un séducteur à sa maman, quelqu’un que de mon temps on appelait un « homme à femmes », non pas en tant qu’amant mais en tant que fils préféré de sa mère. C’est un homme issu de femme, pas de père . Le père n’a pas joué son role, le rôle symbolique  qui fait accéder au monde réel.

Podemos et Chantal Mouffe avaient proposé une autre interprétation des luttes  sociales, un nouveau clivage entre le haut et le bas; entre les élites et les autres. Les conservateurs proposent une ligne de partage entre les mondialistes, les béats de l’ouverture  et les partisans de la défense de l’identité.  Macron opère un glissement il octroie  aux globalistes le qualificatif de « progressiste » afin de récolter des soutiens de gauche , mais il colle aux « conservateurs identitaires » le vocable qu’il veut lépreux de « nationalistes ».

Plus que jamais vous noterez donc que le combat se situe au niveau insidieux du vocabulaire: celui qui nomme prétend prendre le pouvoir, l’exercer, le conserver.

Ces jeux de vocabulaires s’inscrivent dans la post modernité: ce n’est pas le réel des conditions qui importe, non c’est le signe, la dénomination, nous sommes en pleine post modernité. La post modernité fait glisser les signes, les discours sur le réel; elle reconnaît l’impuissance et la fatalité des évolutions systémiques et ne se propose que de les habiller. C’est la structure qui gouverne, pas les hommes. La post modernité, c’est la gestion de l’impuissance, l’exploitation de la crédulité, de la lâcheté, de la veulerie, de l’envie; exploitation qui permet a celui qui joue ce jeu  de bénéficier de la part maudite de nos sociétés, de la prime que constitue l’illusion de la satisfaction de la volonté de puissance. Illusion de puissance et impuissance réelle se confondent et se dépassent dans le simulacre.

Pourquoi ce choix de se situer sur ce terrain? Parce que la réalité est ce qu’elle est , elle ne se modifie qu’à long terme, de façon séculaire; ce n’est pas demain que l’on modifiera la réalité de l’exploitation sociale, la coupure de la domination; la hiérarchie mondiale, ce n’est pas demain que l’on   résoudra les antagonismes, non . Mais c’est dès aujourd’hui que l’on peut bourrer les cranes, travestir la pensée, truquer l’information, parce que l’on a le contrôle des médias, de l’école et que l’on bénéficie de l’Autorité qui permet d’inscrire dans les têtes tout et n’importe quoi.  L’Autorité fait gober n’importe quoi car ‘on a l’estampille.

En clair Macron choisit le combat sur le vocabulaire et les désignations parce qu’il est impuissant réellement. Ce n’est pas lui qui commande. Un homme politique comme Jean Louis Debré affirme que Macron détient tous les pouvoirs, « jamais eu une telle concentration du pouvoir » dit-il.  Il se trompe lourdement et c’est parce que ces gens se trompent qu’ils ne peuvent pas être efficaces; Macron est un impuissant, il ne détient aucun pouvoir, les pouvoirs et les forces sont ailleurs, mais il détient le pouvoir du simulacre suprême  de la parole. Et c’est parce que nos zozos de l’opposition ne l’ont pas compris, Mélenchon inclus, qu’ils se font ratatiner. Si vous doutez de ce que j’affirme regardez la réalité des résultats  du dernier sommet européen: rien! Zéro pointé malgré la publicité, rien échec complet sur tous les points.

Voici la quintessence: les avancées européennes du dernier sommet  , nul ne sait ce qu’elles sont, en quoi elles consistent puisque c’est un constat d’échec, mais elles se qualifient comme « des avancées réelle que d’aucun pensaient impossibles »! Le contenu est remplacé par ce que l’on en pense!

Le « projet français » de réforme de l’Europe,  se heurte à l’affaiblissement de la chancelière allemande Angela Merkel, à l’opposition des pays du Nord et de leur population,  à la montée continue des populismes, y compris dans des Etats fondateurs de l’Union comme l’Italie, Emmanuel Macron a estimé qu’il avait déjà permis des « avancées réelles que d’aucuns pensaient impossibles ».

Le pouvoir est ailleurs dans nos sociétés, il est diffus, il est logé dans le système et tous ces soit disant chefs n’en sont que les larbins, les prétendus gestionnairees , les soit disant gérants. C »est « le système capitaliste crony d’état et de banque centrale réunis » qui est le maître. Et eux ne sont que les pantins pitoyables qui s’agitent , pantins compradores qui en échange de leur docilité sont récompensés par les honneurs, l’argent, les femmes et maintenant pour ceux qui sont passés de l’autre cotéde la barrière sexuelle, les hommes.

Macron s’agite, il personnifie et c’est cela son rôle : personnifier, incarner afin que la tromperie continue. En personnifiant il masque la réalité, ainsi on croit toujours que si on changeait de personne, si on votait pour l’autre, celui d ‘en f ace, cela irait mieux! Le système pour durer a besoin de maintenir la fiction, l’illusion  de l’alternance et ceci passe par la dérive de la personnification.

La personnification est une nécessité , ce n’est pas quelque chose qui est surajouté, non c’est une évolution impérative dans la logique du système. C’est cela la supercherie si on vote pour celui d ‘en face ce sera la même chose. Mais chut il faut maintenir le rêve. Si on ne maintenait pas le rêve alors l’action politique se situerait à un autre niveau, un niveau autre que les gesticulations des marionnettes , alors elle risquerait de venir efficace, dangereuse pour le système.

L’envahissement de la vie publique par le simulacre, le discours ni vrai ni faux.

La gesticulation masque ce qui crève les yeux: la déconnexion. Ce que, lorsque nous parlons finance, nous appelons la disjonction. La disjonction c’est quand le corps est séparé de l’ombre, c’est quand le champ des signes qui étaient censés refléter la réalité est totalement coupé, libéré et qu’il s ‘autonomise en fonction de sa propre logique combinatoire. La déconnexion c’est le contraire du levier d’Archimède, on ne soulève rien, on brasse, on enfume, on ne joue que sur les émotions et les perceptions. Macron qui exhortait les africains à prendre leur destin en mains, à réussir, comme les banlieues, c’était de la deconnexion. Il eut mieux valu un vrai levier plutôt qu’entrer  dans l’univers de la palabre. Le matérialisme a du bon!

Macron traite tous les problèmes qui sont le quotidien des Français de la même façon, la dénégation, l’incantation, l’auto-satisfaction et le rejet des non-croyants, de ceux   qui doutent. Pas étonnant qu’il soit aller s’attirer la complaisance du pape, qui lui aussi est de la même école post-moderne globaliste! Qu’ils ‘agisse de l’humiliation internationale, de la pauvreté, du chômage, de la prédation fiscale, des comptes de l’état, des déficits courants récurrents, du dysfonctionnement structurel des grandes missions  souveraines,  de la sécurité ou de l’immigration: ce sont les autres qui ont tort et ne méritent pas d’exister. Macron pratique le génocide social , sociétal symbolique.

En fait nous sommes deja dans les prochaines élections européennes et dans la perspective de 2022!

Macron: « La frontière véritable qui traverse l’Europe est celle aujourd’hui qui sépare les progressistes des nationalistes (…) Ce sera difficile mais le combat est clairement posé » et sera « au coeur des enjeux de l’élection européenne de 2019 », a-t-il déclaré devant les parlementaires réunis en congrès au château de Versailles près de Paris.

Et cette phrase par son vide vertigineux résume tout  ; digne de Molière, diafoirique:

« Comme au coeur de toute menace née d’une grande opportunité, c’est sur cette crise que nous fonderons les clés de la puissance européenne, de l’indépendance européenne, de la conscience européenne de demain, après 70 ans de paix qui nous ont trop souvent conduit à perdre de vue le sens même de l’Europe », a poursuivi Emmanuel Macron.

En Prime cet extrait de Maxime Tandonnet:

« Le Congrès de Versailles est dans cette logique. Le président s’expose et parade en leader suprême. Mais par là, il écrase le Premier ministre et les ministres, dont le rôle, jadis, était justement de porter la voix de l’exécutif au Parlement et de mobiliser des parlementaires pour une action politique et la mise en oeuvre d’un programme majoritaire. L’illusion de l’autorité détruit l’autorité et l’action n’existe plus par elle-même: elle se confond avec la frime, le paraître, les jeux d’illusions. De fait, l’idée même de gouvernement s’en trouve affaiblie: la question essentielle n’est plus de diriger un Etat mais de jouer avec les émotions collectives. La personnalité de l’actuel chef de l’Etat n’est pas la question essentielle, mais l’étrange dérive d’un système vers le grand spectacle, le show médiatique, la manipulation permanente des esprits, et pire que tout, la fuite du politique devant la réalité, laissant une Nation abandonnée à elle-même, avec ses souffrances et ses inquiétudes. L’exubérance n’est rien d’autre que le voile de l’impuissance. Mais tout laisse penser qu’un changement de tête ne suffirait pas à rompre avec une logique délétère qui dépasse largement l’actuel occupant de l’Elysée. Pour espérer infléchir le cours des choses, il faudra sans doute beaucoup de temps, une prise de conscience collective, qui passe par chacun de nous »

Publicités

9 réflexions sur “Billet. Macron nomme, Macron à Versailles

    1. Si une partie du peuple est désignée comme ennemi cela signifie ipso facto que ce peuple est légitime à combattre. La domination « soft » consiste a empêcher celui qui est attaqué de se considérer comme étant en guerre, Macron commet une erreur de plus en sortant du soft. Mais il faudra beaucoup d’erreurs de ce genre pour que les prises de conscience s’effectuent.

      J'aime

    2. Il faut réécouter ce passage d’une grande violence verbale du discours de Macron à Marseille en avril 2017.

      Macron avait annoncé la couleur mais où étaient les médias et les politiques pour fustiger ces propos inacceptables d’un candidat à la présidence à l’égard de millions de citoyens Français ?

      Comme propos discriminatoires, voire d’incitation non dissimulée à la haine, je n’ai pas souvenir de tels propos d’un candidat dans une quelconque campagne présidentielle.

      https://actu.orange.fr/societe/videos/a-marseille-macron-s-en-prend-violemment-au-fn-il-faut-chasser-le-parti-du-mepris-et-ceux-qui-nous-font-honte-sorto-VID0000002kV1V.html

      J'aime

      1. « Macron depuis le début n’agit que sur les perceptions. C’est non pas un homme, un père c’est à dire quelqu’un qui se coltine le monde, non c’est un fils, un séducteur à sa maman, quelqu’un que de mon temps on appelait un « homme à femmes », non pas en tant qu’amant mais en tant que fils préféré de sa mère. C’est un homme issu de femme, pas de père . Le père n’a pas joué son rôle, le rôle symbolique qui fait accéder au monde réel »

        Je partage parfaitement ce point vue. Macron n’a pas dépassé le stade de l’enfance narcissique développé vraisemblablement dans l’adoration maternelle de l’enfant-Roi. Ses excès d’autorité ne sont rien d’autres que des crises d’autorité de l’enfant à qui rien n’est refusé, où l’on cède en tout. En épousant Brigitte Trogneux, Macron a voulu perpétuer la protection et l’adoration du sein nourricier, la carapace protectrice, l’amour partial car maternel. De son côté Brigitte Macron est dans la bipolarisation de la mère et de l’amante, avec beaucoup plus de succès dans le 1er rôle que dans le 2nd, plus difficile à assumer à 65 ans, quant bien même le port de jupes courtes au delà du ridicule.
        Je pense, sincèrement, que nous avons là un couple Élyséen très Freudien, dont le profil du Président est pour le moins dangereux pour la France.

        J'aime

  1. Bonjour mr Berthez

    Autant je vous lis régulièrement avec intérêt et la plupart du temps approbation, autant dans le cas de cette réflexion, je ne peux pas vous suivre, et ne peux que la déplorer.

    Cette analyse est très misogyne. Doutez vous qu’une femme puisse accéder au monde réel? Je crois qu’au contraire, nous sommes beaucoup plus proches de lui que la gente masculine. Nous ne rêvons pas et défendons nos idées sur la base de valeurs tangibles . Nous n’investissons pas dans des projets à promesse potentielle, sans vraie création de valeur, sans flux à venir. Nous sommes cultivées et curieuses, pragmatiques et non la tête dans les étoiles. Nous anticipons les difficultés et les crises avant que vous n’en ayez conscience.

    Je suis choquée par la phrase « Le père n’a pas joué son role, le rôle symbolique qui fait accéder au monde réel. »

    En espérant que cette réaction vous permette de réviser votre analyse. Bien cordialement,

    ________________________________

    J'aime

    1. Je n’écris pas pour recueillir approbation, mes écrits sont unilatéraux et c’est pour cela qu’ils sont gratuits. On ne peut forcer les gens à faire des efforts et en même temps leur demander de l’argent!

      Si vous acceptez le mode d’emploi de mon service, alors vous approfondissez votre propre réflexion et comme je le dis souvent: une balle perdue n’est pas perdue pour tout le monde…

      Si vous n’acceptez pas le mode d’emploi, vous perséverez à défendre vos schémas, vos points de vue et vous passez à coté de mon projet qui n’est que de contribuer à vous faire réflêchir.

      Je me fiche de vous persuader!

      C’est votre attitude face au texte qu’il faut changer et vous poser la question qu’est ce qui dans ce texte bouleverse mes conceptions, ma tranquilité? A quoi ce type touche-t -il de sensible?

      Votre réponse montre que vous élaborez ce qu’en psychanalyse on appelle une résistance.

      En passant je vous indique que vous commettez un contresens sur l’interprétation de cet écrit. En particulier dans votre notation: « misogyne »!

      Le pouvoir réel dans nos sociétés est détenu, je ne dis pas exercé, en creux, par le manque, par les femmes. L’homme s’épuise à vouloir combler la Femme. Les hommes s’aliénent, se perdent, perdent le sens de leur vie dans cette quête de la femme, la Femme, la mère; ils s’aliénent à lui plaire, à la conquérir, à la séduire parce que les pères ne jouent plus leur rôle symbolique qui est forcer au choix, de forcer à renoncer à la Femme. Le père n’interdit plus or c’est l’interdiction qui fait accéder au monde. C’est l’interdiction qui introduit les limites et c’est par l’interdiction que nous nous constituons comme êtres susceptibles d’agir sur le monde. Ne confondez pas la Femme avec la femme.

      En revanche je concède que dans un monde féminisé et dans le monde de l’enfant-roi, mes affirmations sont scandaleuses.

      Mon objectif n’est pas faire jouir mes lecteurs et lectrices mais de les frustrer.

      Cordialement et scandaleusement votre.

      BB

      Aimé par 2 personnes

      1. Bravo et c’est une femme qui vous l’écrit. !!!

        Par ailleurs en temps que femme je doute qu’on puisse jouir d’un homme féminisé.

        Oui le rôle du père est important, oui je vous rejoins sur l’interdit qu’il doit amener. L’interdit va de pair avec la sécurité avec l’estime de soi, tout un tas d’éléments qui confère un équilibre à l’individu et une force naturelle loin du pauvre individu perdu dans un océan de consommation dont il n’a ni les moyens ni la satisfaction d’exister.

        Je rêve de revoir des Hommes et non des lavettes dans cette pauvre jeunesse ignorante …

        J'aime

  2. Macron entend faire voter les handicapés mentaux et les prisonniers. Faire voter les cons ce n’était déjà pas suffisant, le bellâtre à Mamie du fascisme de Bruxelles est prêt à tout pour règner. Faute de démocratie ils ont inventé les droits du cul au lieu et place des droits de l’homme maintenant nous voilà avec le droit des fous.

    J'aime

  3. Bien que le billet de Monsieur Bertez forme un tout dialectique relativement indépassable, je me risque avec Steve Bannon d’ajouter une couche:

    « C’est un banquier de chez Rothschild qui n’a jamais fait d’argent – la définition même d’un perdant – et qui vendrait son âme pour rien. »
    « Macron consacre toute son énergie à essayer de contenir la vague populiste et c’est tout ce qu’on retiendra de lui. Mais il est impossible de la stopper. La date de péremption de Macron approche à grands pas ! »

    Tiens pendant qu’on y est, une autre avec Michel Maffesoli, :
    « Macron, un oxymore sur pattes… »

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s