Billet: c’est l’Aventure

Abel Gance:

« J’ai conçu Napoléon comme un homme qui est entraîné vers la guerre par un engrenage formidable et qui essaie toujours , et en vain, de l’arrêter. A partir de Marengo, la guerre est devenue sa fatalité. Il fait tous ses efforts pour l’éviter mais il est obligé de la subir. Là est le drame. Napoléon c’est le conflit perpétuel entre le grand révolutionnaire qui voulait la Révolution dans la paix et faisait la guerre dans l’espoir d’établir une paix définitive. »

La plupart des théories, sinon toutes, pour guider l’action des élites, banquiers centraux, gouvernements et institutions sont fondées sur la théorie des anticipations rationnelles de Robert Lucas. Vous avez entendu parler des billevesées des anticipations rationnelles, des marchés efficaces et autres outils utilisés par les Diafoirus de l’économie n’est ce pas?

Un survol de l’histoire montre à l’évidence que cette théorie est un tissus d’imbécillités. La plupart des grands évènements s’analysent autrement que par les anticipations rationnelles êtres humains et en particulier des êtres humains qui détiennent les pouvoirs.

Vous avez compris que je préfère les déterminations matérielles, matérialistes ou systémiques au soit disant effets des volontés de ceux que souvent j’appelle les zozos.

La théorie du commerce international par exemple n’est là que pour ratifier le besoin  du système du capital (excédentaire) de maintenir son taux de profitabilité en se délocalisant et en multipliant les arbitrages du travail pour le payer moins cher.

Dans les sciences humaines, les théories bidons sont un discours de pouvoir  sur les hommes, ce sont des discours qui ne rencontrent pas le réel, qui lui sont parallèles.  Elles  ne servent qu’à faire croire que l’on peut agir sur lui. C’est le « suivons les puisque je suis leur chef » généralisé.

Macron ne conduit rien, il ne fait que prendre des postures, il obéit au système européen lequel dépasse tout le monde et impose sa logique objective de laminage.

Les chefs et pseudo élites sont des champions de surf, ils surfent sur des vagues qu’ils ne contrôlent pas. Les volontés au stade des grands ensembles, des grands systèmes,  sont au mieux des rationalisations pour faire croire au pouvoir de ceux dont précisément le sens de la vie, l’animus,  est de satisfaire leur volonté de puissance en se servant de la crédulité des peuples comme tremplin ou marche pied. Marche-pied c’est mieux car cela exprime clairement qu’on leur marche dessus. On marche, on s’élève, en piétinant les échines courbées.

La théorie des anticipations rationnelles est utile aux élites car ainsi, elles se présentent comme les détentrices  de la rationalité. Rationalité tombée du ciel, bien sur. C’est, comme le dit si bien Jean claude Guillebaud dans « La force de conviction » un succédané de la religion, elle en a pris la place. Donc ces théories, pseudo et faux savoirs,  imposent  le cadre, les règles et elles s’arrogent le droit de délimiter le champ de bataille social et global. Regarder notre Macron qui parle comme si il était détenteur de la vérité, de la raison, du savoir alors qu’il ne fait que de la petite réthorique de bas étage d’apprenti  communicant.

Fixer les règles du jeu au quel doivent se soumettre les peuples, par la violence d’état tel est en fait leur seul pouvoir, ce n’est pas un pouvoir sur le réel, le gros réel, le lourd réel, non c’est un pouvoir sur ses semblables.

Notre système de démocratie formelle n’a aucune légitimité souveraine, remontée du bas vers le haut, il n’a de légitimité que celle de la force, de la violence d’état imposées par une élite qui n’est plus produite par la société civile, mais sponsorisée par les ultra riches; une élite qui surplombe, qui est sur un promontoire. La rationalité de cette élite si elle en a une, n’est pas une rationalité universelle, même pas générale, non c’est une rationalité de classe, une logique  catégorielle.

Comment imaginer la rationalité des anticipations qui ont conduit à la crise de 2008, quand le chef qui prétend administrer la rationalité, Bernanke, déclare, la veille de la conflagration que la crise est contenue? Comment croire à la rationalité de leurs décisions monétaires alors qu’en privé ils admettent que » la monnaie, on ne sait plus très bien ce que c’est » ? Comment croire à la rationalité de Trump qui ne cesse de violer le principe de non-contradiction; comment croire à la rationalité d’Erdogan qui a une gestion des affaires économiques et monétaires suicidaires?

Nous n’avons ni carte du territoire, ni boussole, nous sommes guidés par des aveugles au mieux,  et des illusionnistes au pire.

Le script n’est écrit nulle part.

C’est l’Aventure.

Charles Kindleberger

« So much of social science is dependent on various actors making rational decisions. Economics has regularly proven that “actors” certainly fail to act rationally as manias, crashes and panics in repeated form are proof « 

6 réflexions sur “Billet: c’est l’Aventure

  1. Sauf que Trump est l’exception qui confirme la contreRègle énoncée par Monsieur BERTEZ.
    Trump est le grand déglobalisateur. Pas avec de la com’ mais avec du réel pur et dur: baisse du dollar, mise en coupe réglée de la FED, protectionnisme et réindustrialisation à l’ancienne des US. La grande anticipation de la supercrise inévitable et les mesures prises pour la contrecarrer à l’avance (du jamais vu, Monsieur BERTEZ a raison sur ce point).
    Regardez Trump dans ses déclarations officielles télévisées, le maître du Logos.
    Oubliez les tweets qui ne sont que pour rendre hystériques les zigomards.

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  2. Tout est lie, global,
    Nous sommes entrés dans la « machinerie » La Matrix, l‘engineering a tout les niveaux
    Shadow banking, algorithmes, communications/espionnages, medias sociaux conglomérats, Les « space « programmes, l’AI, les Quant computeurs/ D wave, Le blockchain, le tranhumanisme, le climat ect..

    L’humain est de plus en plus réduit à une dimension utilitaire ou même considéré comme devenu obsolète, inutile, et il n’y a pas que le « wealth gap » qui s’élargit mais également le fossé du savoir, avec des insiders, des initiés faisant partis de cercles qui détiennent savoir, argent et pouvoir

    On ne pourra que subir la domination des cartels/conglomérats /consortiums, la concentration des capitaux et de la science
    Si collectivement
    On ne se pose pas les questions du pourquoi, comment et qui profite le plus des nouveaux instruments de savoir technologiques, scientifiques et financiers
    On ne se recentre pas sur l’humain, l’humanisme et les aspects spirituels

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  3. D’accord avec votre théorie pour les gens qui sont dans le flux, dans la ligne, style Macron. C’est différent pour les accrocs, les rebelles, tout au moins ceux qui ont compris qu’une certaine rébellion jouait dans les mains du Système, en entretenant l’illusion démocratique.

    Comme vous le savez, je crois que vous prenez trop Trump au premier degré, que vous vous laissez tromper par les leurres qu’il balance à hautes doses. Oui, ses déclarations et nombre de ses actes sont contradictoires et même idiots, mais, à mon sens, ce n’est qu’une façade, je suis persuadé que Trump sait ce qu’il fait (pas forcément où il va : on peut faire des choses sans connaître d’avance le résultat) qu’il a deux ou trois, pas plus, principes solides qu’il applique avec persévérance.

    Mettez-vous à sa place : vous êtes un anti-Système repéré, identifié et vous avez un pouvoir, grand en théorie, mais cerné d’ennemis qui ont aussi des pouvoirs conséquents, notamment celui de dire le Bien et le Mal à travers les medias. Que faites-vous ? il y a de bonnes chances que vous répondiez : « Exactement ce que fait Trump ». Dire tout et son contraire, faire tout ou son contraire, être insaisissable, brouiller les pistes, faire toujours plus gros. C’est la technique de la terre brûlée médiatique : Trump se décrédibilise, mais pas plus que les medias qu’ils entrainent avec lui. Et si plus aucune parole publique ne vaut rien, n’est-ce pas celle du président des Etats-Unis qui surnagera ? C’est risqué, c’est radical, il fait peut-être cela à l’instinct ou après mûre réflexion, mais pouvez-vous affirmer que c’est totalement idiot ?

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    1. « pouvez-vous affirmer que c’est totalement idiot ? »

      Oui je l’affirme !

      La fonction de Trump le dépasse, elle est pure fonction de destruction ou si on se permet la vulgarité: sa fonction dans le système à ce stade historique c’est de « foutre la merde dans le monde washingtonien » lequel est devenu fou .

      Le système americain est un colossal dysfonctionnement.

      Mais ceci ne peut faire l’objet d’un débat puisque le futur reste à écrire qui révèlera le sens objectif de l’élection de Trump.

      Tant que les faits ne sont pas là pour trancher nous sommes dans le domaine de l’opinion… ou de la foi.

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      1. « Mais ceci ne peut faire l’objet d’un débat puisque le futur reste à écrire qui révèlera le sens objectif de l’élection de Trump.

        Tant que les faits ne sont pas là pour trancher nous sommes dans le domaine de l’opinion… ou de la foi. »

        En lisant votre première phrase, je m’apprêtais à écrire « Je pense que vous avez tort mais l’avenir tranchera entre nous ». Les grands esprits se rencontrent 🙂

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