Chronologie de la crise financière dite de 2008, explication, une crise du néo libéralisme

La crise financière dite GFC vient de loin.

La datation est idéologique, elle vise à transformer ce qui a été un processus long en un évènement ponctuel.

En fait les crises se succèdent et se rapprochent depuis le début des années 80 et ce sont toutes des crises liées à l’excès de dettes; que ces dettes soient au niveau bancaire, au des Savings and Loans, au niveau des pays d’Amérique  Latine, au niveau du Mexique, au niveau des marchés obligataires, au niveau des GSE comme  Fannie et Freddie, au niveau des pays asiatiques, au niveau de LTCM , au niveau de la Russie, au niveau des Telcos et du Nasdaq, au niveau de l’hypothécaire  américain,  au niveau des pays européens…Jusqu’alors il s’agissait de crises que l’on pouvait qualifier de périphériques.

Plus récemment la crise a fait un bond en avant, elle s’est rapprochée des Centres, c’est à dire des pays souverains et des couples banques centrales/gouvernements car ce sont eux qui ont du s’endetter pour soutenir leurs systèmes. Les banques centrales ont été surendettées, eh oui, afin de venir en aide aux institutions menacées de faillites. Leurs bilans  ont  connu une expansion considérable. On a du les inflater de près de 20 trillions.

L’origine de toutes les crises est unique:  création excessive de crédit face à des ressources insuffisantes pour payer les intérêts et rembourser.

Il s’agit non pas de hasards mais de nécessités: pour tourner le système a besoin de produire du crédit. Ce crédit va là ou il est le plus rentable pour les banques, mais au fil du temps il est attribué à des débiteurs de plus en plus pourris, zombies.

Le remède apporté est toujours le même: injection de nouvelles liquidités, création de crédit ailleurs dans d’autres domaines et baisse des taux.

Le remède consiste donc  à transformer une crise de solvabilité en une crise de liquidités et à inonder donc de liquidités. Une mer de liquidités.

Au fil du temps la masse de crédit enfle  car la réforme monétaire de 1971 et les changes flottants ont supprimé les limites à la création de crédit et de monnaie.

Ne pas parler des dettes quand on parle d’économie c’est comme ne pas parler de dopage quand on parle de Lance Armstrong!

Faute de limites et de discipline de crédit les débiteurs sont de moins en moins solvables et la crise éclate. C’est le hasard qui fait qu’elle éclate à un endroit plutot qu’à un autre. Les autorités « nettoient » et on repart de plus belle. Pour de nouvelles aventures!

La raison fondamentale qui est la cause de l’obligation de créer toujours plus de crédit est l’érosion de la rentabilité, l’érosion de la profitabilité du capital. La concurrence est la force, le vecteur qui oblige à la rentabilité sous menace de disparition.

Le capital face à une profitabilité insuffisante est obligé de rogner, de peser sur les rémunérations  salariales et ainsi sur le pouvoir d’achat: les gens n’ont plus assez d’argent pour acheter ce qui est produit, ce qui crée des surplus, des capacités inemployées déflationnistes.

Les autorités font semblant de croire que les tendances à la déflation tombent du ciel, mais non, elles sont intégrées dans le système elles font partie de sa logique de fonctionnement. On produit pour maintenir le profit mais ce faisant on ne produit pas assez de pouvoir d’achat. Un système économique doit produire harmonieusement à la fois assez de profit et assez de demande.

Il y a surproduction, excès de capacités de production, tendance à la baisse des prix et compression des coûts salariaux, tout va de pair.

L’accélération du progrès technologique renforce  ces tendances car il faut de moins en moins de main d’oeuvre pour produire mais de plus en plus de capital. La main d’oeuvre devient excédentaire et le capital devient pléthorique d’où l’insuffisance  de profit.

Tous les ouvrages parus sur la crise escamotent cette chaîne de causalité car c’est c’est le grand secret de notre époque: il ne faut pas que la vérité soit sue et surtout qu’elle soit publique; en effet cela conduirait à s’interroger sur la croissance ininterrompue de la masse de capital à rémunérer!

Alors on présente la crise pour ce qu’elle n’est pas, soit une insuffisance de la demande, soit une rigidité des forces de travail. D’où le diptyque:  stimulation du crédit et flexibilisation de la main d’oeuvre. Les deux se complètent car le crédit rend les échines souples.

Ceci permet de mettre en place des politiques de régression sociale et de suppression des avantages  qui ont été acquis au fil de l’histoire.

C’est le néo libéralisme, il est l’idéologie produite par la crise pour se résoudre sans rien changer de fondamental.

 Chronologie des évènements qui ont marqué la crise: 

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6 réflexions sur “Chronologie de la crise financière dite de 2008, explication, une crise du néo libéralisme

  1. Merci Monsieur Bertez pour l’ensemble de vos analyses qui de façon explicite et technique apportent éclairage et culture économique à vos lecteurs.

    J’étais présent jeudi soir rue Scribe à Paris à l’occasion de la sortie du livre du Père Robert Sirico, en sa présence, livre intitulé « Catholique et libéral ».

    Charles Gave était présent ainsi que Jean-Philippe Delsol dont le compte-rendu de lecture du livre et le discours sur la situation globale furent fort convaincants.

    Pourquoi j’évoque cela en commentaire de votre article du jour : parce que le sentiment, la prise de conscience semblent se generaliser qu’on est au bout d’un système de pensée et de pratiques qui consiste à toujours promettre des lendemains qui chantent en faisant appel à :

    – La deresponsabilisation de tous les agents economiques,
    – La procrastination,
    – La confiscation des libertés des citoyens à la fois par des États incompétents, obèses, corrompus ET également par des conseils d’administration et des institutions non élues auto-déclarées qui systématiquement font dans l’arbitraire et la comptabilité à courte vue…

    Une révolution sociale, anthropologique doit se faire, sans quoi comme toujours, après avoir détruit la valeur facile des monnaies par les endettement et les bulles, on devra encore et encore en passer par… La guerre.

    Aimé par 1 personne

    1. Opinion de DSK (ex FMI) sur cette crise :

      https://www.romandie.com/news/Lehman-Brothers-le-populisme-est-le-produit-direct-de-la-crise-selon-Strauss-Kahn_RP/952038.rom

      DSK ne brille ni par sa culture ni par ses capacités d’analyse!

      Le populisme n’est pas un produit de l’économie, il est un produit de la volonté du système de se reproduire malgré ses limites internes. Se reproduire en prolétarisant les classes moyennes.

      L’ économisme est une façon de présenter une partie de la vérité en s’arrêtant là ou cela commencerait à être génant !

      Le populisme n’est pas causé par la crise ou alors c’est par une causa proxima au sens d’Aristote; mais il y a des causa remota. Le populisme est une nécessité produite par les forces de défense de la société face à une agression.

      Le populisme vient de loin il vient de la naissance de l’idéologie néo-libérale , laquelle est née et a été théorisée au milieu des années 60. Confère la venue de Barry Goldwater dans le combat politique US.

      L’idéologie néo liberale a été produite afin de justifier les orientations et les réformes rendues nécessaires par la baisse de la profitabilité, par les tensions provoquées par le beurre et les canons de Johnson et par la montée des dépenses sociales.

      L’idéologie néo liberale est un tout:

      – surexploitaion de la main d’oeuvre
      -recours au credit
      -arbitrage international du travail
      -délocalisations
      -globalisation
      -immigration
      -destruction de la famille
      -destruction du genre
      -destruction de l’oedipe et de l’idéologie phallique
      -destruction de la nation
      -destruction des identités
      -destruction de la langue
      -destruction de tous les référents et invariants, relativisation générale, désancrage,
      -destruction de la notion même de valeur, elle devient frivole, instable
      -destruction de la notion même de vérité (cf Foucault )
      – tout devient suspendu dans les airs, y compris la monnaie
      -Montée du post modernisme et de l’hyper capitalisme.

      L’économisme est à la fois un voile, une mystification qui masque la réalité complexe et une idiotie propre aux élites.

      Le populisme ne concerne pas que la sphère économique, il concerne l’homme total: le refus de l’Homme Nouveau. Universel, hors sol.

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  2. « Un système économique doit produire harmonieusement à la fois assez de profit et assez de demande. »

    Oui, et c’est seulement à cause de la productivité (physique).

    C’est Henry Ford qui demande à son comptable: « dis-moi, quels sont les secteurs où la part de main d’œuvre est prépondérante ? »
    – l’assemblage des autos, tu y as 70% de ta main d’œuvre.
    – reçu.
    Henry Ford invente la ligne d’assemblage et la productivité (nbre de voitures par an et par employé) explose. Les profits s’ensuivent mécaniquement.
    Alors Ford en fait 4 parts:
    – pour les actionnaires
    – une autre pour l’investissement
    – une aussi pour la publicité
    – et enfin une part pour les salaires qui doubleront.

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